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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Note de lecture

Références du document annoté

Le cycle économique infernal de la financiarisation de l’enseignement supérieur

"MOOC fiction"

Dominique Boullier
12 mai 2013, mediapart.fr

Titre : Le cycle économique infernal de la financiarisation de l’enseignement supérieur. "MOOC fiction"

Auteur : Dominique Boullier, sociologue français, rédacteur en chef de la revue Cosmopolitiques, professeur des universités à Sciences Po Paris et spécialiste des usages du numérique et des technologies cognitives

Source : Mediapart [http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-g-boullier/130513/le-cycle-economique-infernal-de-la-financiarisation-de-l-enseignement-superieur-mooc-ficti]

Date de publication : 12 mai 2013

      L'auteur décrit les 6 phases d'un phénomène de libéralisation de l'enseignement supérieur qu'il croit observer, non seulement en France, mais maintenant à l'échelle internationale – l'essor des MOOCs constituant la 5ème étape soit, justement, celle de l'internationalisation extrême du problème.

      Le premier des 6 stages du processus est la conséquence directe de la pression politique des tenants du libéralisme plaidant pour une intervention moindre de l’État dans tous les secteurs pour des raisons d'économie et donc, par extension, dans l'éducation. La baisse des crédits publics ( ou leur maintien à un niveau stable indifféremment de l'inflation des coût de fonctionnement ) et la nécessité qui en découle de trouver des financements privés creusent alors les inégalités entre filières et établissements selon leur notoriété et leur capacité à attirer des investisseurs.

      De là s'amorce un cercle vicieux, les établissements trouvant encore les moyens financiers d'offrir un accueil et un enseignement de qualité à leurs élèves obtenant de meilleures notes au classements internationaux, donc recevant plus de demandes d'inscription ( dont la marge d'augmentation des frais est plus élevée puisque l'école est plus « prestigieuse » ), attirant les meilleurs enseignants-chercheurs, bénéficiant d'une meilleure position dans l'attribution d'aides... Parallèlement les établissements moins bien considérés voient chuter leurs inscriptions et donc leur rentrées financières, aggravant l'écart avec les « premiers de la classe » qui imposent peu à peu leurs propres modèles standardisés de recherches ou de méthodes pédagogiques au monde entier via leur domination maintenant objective dans les classements.

      Les élèves, de leur côté, étant de plus en plus incités à se tourner vers les grandes universités, sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les prêts étudiants pour payer les frais d'inscriptions devenus vertigineux ( situation déjà bien réelle aux Etats-Unis par exemple ). Ce phénomène contribue à la création d'une bulle de crédit sur le dos des étudiants ainsi précarisés dès leur entrée dans l'enseignement supérieur !

      Dans le même temps, la compétition entre grands établissement s'accroît à cause de la pression financière toujours réelle. Le besoin d'une audience toujours plus large et internationale pour capter le plus possible des meilleurs étudiants et enseignants les poussent alors à se tourner vers ce nouvel outil : les MOOCs. Les investisseurs accourent à l'appel des grandes « marques universitaires » tels Harvard ou le MIT, pressentant la possibilité d'un important retour sur investissement via les modèles économiques « freemium » ou « à double versant » bien connus des investisseurs du web 2.0.

      Face à une telle offensive, les universités du monde entier n'ont d'autre choix que de sauter dans le train en marche : c'est la 5ème étape, celle que nous vivons actuellement selon Dominique Boullier. Que ces nouveaux venus rejoignent une plate-forme déjà existante ou crée la leur propre, l'investissement est important pour ces établissements - qui ont déjà pour certains des soucis financiers – et les bénéfices faibles compte tenu de la concurrence ( à leur désavantage ) avec les grands noms du monde universitaire ; grands noms qui ressortent d'autant plus au milieu de l'offre gigantesque, la précipitation avec laquelle certains rejoignent le mouvement ne laissant pas le temps pour l'innovation sur la forme et concentrant donc l'attention sur les cours « prestigieux ».

      Enfin, en guise de 6ème étape, Boullier évoque un futur selon lui probable : les investissements s'avérant moins rentables que prévus ( voire à perte ) compte tenu des coûts élevés nécessaires à un enseignement en ligne réellement de qualité, les acteurs privés retirent leur participation ( ou la maintienne sous condition d'aides publiques ). La bulle spéculative créée par les MOOCs explose ( voire, pourquoi pas, celle des prêts étudiants aussi comme certains le craignent ), faisant perdre des sommes colossales aux établissements ayant investit en matériel ou en embauche de personnels spécialisés ( et perdant éventuellement une part de leurs entrées en frais de scolarité si le crédit étudiant s'effondre ), et entraînant des défauts de paiement importants pour certaines universités.