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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

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Les sites de rencontre et leur impact social

Charlotte Guinet, Gabriel Nivelle, Violette Ochando, Edouard Mesnildrey (M1 MEEF Documentation)
Cette synthèse propose un panorama des sites de rencontre et de leur fonctionnement. Après un rappel historique de leurs évolutions et un éclaircissement sur les principes des sites et leurs fonctionnalités, notamment le matching, nous verrons quels sont leurs objectifs visés ainsi que leur impact sur la société et le rapport social entre les êtres. Cela implique inévitablement des dérives et une logique commerciale où l'amour et le mal-être deviennent une source de profit.
(déposé le 2013-12-12 13:11:13)

Les sites de rencontre et leur impact social

En l'espace de quelques années seulement, le web est devenu le lieu privilégié de la drague. Les sites de rencontre permettent, principalement aux jeunes, de ne plus être seuls, mais tout en restant célibataires.

C'est à travers cette opposition que nous avons décidé d'étudier les sites de rencontre et leur impact social. Pour cela, il était nécessaire de comprendre quelles sont les caractéristiques qui leur sont propres et qui permettent aux sites de rencontre d'avoir un si grand impact sur notre société actuelle. Cependant, comme toute chose sur le net, les sites de rencontre sont ouverts à un certain nombre de dérives, plus ou moins extrêmes.

I. Caractéristiques

Il y aurait près de quatorze millions d’abonnés sur les sites de rencontre en France. 5% auraient trouvé l’âme sœur, ce qui n’est pas un chiffre si infinitésimal. C’est un phénomène de masse, signe de notre société où la pression sociale dicte des normes. En effet, être seul est mal vu.

Petit historique

Les sites de rencontre sont nés aux Etats-Unis et ont par la suite acquis un certain succès, une notoriété et une visibilité dans les médias qui leur ont fait une place de choix dans une société de plus en plus mondialisée. Ils ont acquis une place dans le monde contemporain et sur le plan international. Ils apparaissent en France début 1997 avec Netclub. Puis progressivement apparait tout un panel de sites proposant des offres ciblées. Ainsi suivent juste après Netclub, Amoureux.com et Affection. Par ailleurs, les médias leur offrent un écho et une renommée comme le dit Pascal Lardellier.

D’après celui-ci, la plupart des femmes inscrites sur un site de rencontre déclarent réellement chercher l’âme sœur, alors que les hommes rechercheraient plutôt du sexe, en premier lieu du sexe qui pourrait déboucher sur une relation sérieuse, alors que pour les femmes ce serait l’inverse.

Logo netclub

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Logo amoureux.com

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Comme l’explique Pascal Lardellier dans son ouvrage Le Cœur net, paru en 2004, jusqu’au milieu du 20ème siècle, les institutions comme le mariage, la famille, la religion organisaient la société. Ainsi, les Français se mariaient par convention. Mais par ailleurs, les femmes n’étaient pas aussi émancipées que de nos jours. En effet, les femmes célibataires de plus trente ans déclarent privilégier leur carrière. Ainsi, si auparavant les mariages étaient encore plus ou moins arrangés, aujourd’hui les femmes ont acquis une liberté qui laisse moins de place à la relation, au couple. En définitive, elles ont le choix, chose qui n’était aussi pas aussi évidente il y a encore moins d’un siècle.

Ainsi, d’après Lardellier, le développement des sites de rencontre est un signe de notre temps, c’est-à-dire qu’il est totalement naturel étant donné la place croissante des célibataires dans notre société, due à la faillite des institutions traditionnelles. L’une des principales idées de Lardellier est que l’on aime comme notre époque nous autorise.

Des cibles, un public, une stratégie

Les sites de rencontre constituent un business. L'une de leurs caractéristiques concerne le ciblage particulier d'un public. Tout site vise un public particulier, au-delà des célibataires puisque c'est le public premier, en toute logique, visé.

On constate également que les personnes ayant un profil similaire se rassemblent. « Qui se ressemble s’assemble » dit l’adage, or il semble qu’il trouve sa vérification dans ce qu’on appelle l’homophilie, c’est-à-dire le fait d’aimer et de rapprocher de son semblable. Force est de constater que parmi la multitude de sites de rencontre qui existent sur le Net sentimental, ces sites ont leurs critères et leur public spécifiques, selon la communauté, les origines sociales, les préférences sexuelles... Tout et rien à la fois !

Didier Lestrade, dans son article « Derrière Grindr, le géant Craigslist », nous montre bien que la communauté gay est empreinte à un ciblage particulier par les sociétés qui lancent les sites de rencontre. Ils servent pour ainsi dire de « cobayes » aux nouvelles technologies dans le domaine de la recherche de partenaires amoureux ou sexuels. Comme il l'explique, ces sociétés exploitent la détresse sentimentale homosexuelle et l'activité sexuelle pour se faire de l'argent. L'application Grindr est d'ailleurs née avant Blendr, son homologue hétérosexuel (Grindr est une application par géolocalisation permettant de faire des rencontres). Pour lui, on cible les homosexuels, friands des nouvelles technologies pour se retrouver, pour tester des applications.

*

Whitney Wolfe est l'une des fondatrices du site Tinder, utilisé en France comme site de rencontre, répertorié comme tel, mais qui, selon ses dires dans une interview donnée aux Inrocks, est plutôt un site « à la Facebook » destiné à trouver des amis. Tinder est une application utilisant un système de géolocalisation dans le but d'effectuer des rencontres. En se basant sur quelques informations issues de Facebook (likes, photos, amis en commun), l'application nous propose, lorsque l'on passe près d'une personne ayant des affinités en commun avec nous, de choisir d'entrer en contact avec en cliquant sur un coeur, ou bien de la refuser en cliquant sur une croix. Si l'un comme l'autre ont cliqué sur « coeur », il y a « match ».

Cependant, le site utilise le matching, technique très utilisée par les sites de rencontre, et on décide de qui l'on veut contacter en cliquant sur un coeur. Même si la fondatrice s'en défend, son utilisation en France et le fait même que l'on choisisse les rencontres avec un coeur laisse quand même bien entendre que le but est plus orienté vers une rencontre amoureuse.

Tinder est résolument une application conçue pour les filles. D'ailleurs, 45% des utilisateurs sont des femmes, ce qui est un grand pourcentage pour un site de rencontre, la moyenne se situant en général entre 20 et 30% de femmes pour le reste d'hommes. Wolfe déclare donc que ce n'est pas une application de dating, que c'est aux utilisateurs de décider. Elle évoque notamment le fait que c'est pratique pour faire des sorties. Si l'application est utilisée en France à des fins sentimentales, c'est selon elle parce que les Français sont culturellement des dragueurs. Tout comme l'application vise les filles (refuse de mettre des publicités car elle peut gêner l'utilisatrice, pas de photos douteuses, manière d'utiliser le GPS sans dire précisément où l'on se trouve, toujours le choix de refuser...), elle vise aussi les gens hype des grandes villes, pour que cela s'étendent ensuite aux plus petites villes et à tout le monde. On vise une élite, des gens « à la mode », pour promouvoir son site. De plus, la communication se fait à travers la presse féminine, donc vers les femmes.

La stratégie commerciale est donc ici de prendre le contre-pied des sites de rencontre, qui sont plus utilisés par les hommes, pour exploiter « le filon » féminin, mais en fonçant dans les stéréotypes, comme la presse féminine ou l'effet de mode, bien que celui-ci ne touche pas uniquement que les femmes.

Page(s) de publicité

Quelles sont d'ailleurs les stratégies employées par les différents sites de rencontre concernant la communication ? Les publicités murales par exemple. Celles de Meetic jouent en général sur des couleurs pâles, douces et à travers des messages assez génériques nous font comprendre que l'on peut trouver l'amour n'importe où. Finalement, le moyen de trouver l'amour serait donc de passer outre le lieu, mais via les sites de rencontre ! Meetic étant le plus connu de ces sites, le caractère générique de ses messages peut se comprendre dans le fait qu'il n'a pas à marquer puisqu'il est inconsciemment ancré comme une référence commune de ce genre de site.

Publicité Meetic

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Sur celle-ci, on voit même qu'un stéréotype de couleur a été utilisé. Du rose pour les publicités adressées aux filles, du bleu pour celles adressées aux garçons.

Même dans leurs campagnes de publicité, les sites de rencontre utilisent les stéréotypes liés aux deux sexes, dans le choix des couleurs donc. Les publicités AttractiveWorld font de même avec du rose pour les filles et du bleu pour les garçons !

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Le choix du noir en fond et les fauteuils assez « classes » de la deuxième publicité vont de paire avec le crédo du site, que se veut pour les célibataires exigeants. Le noir pour montrer que ce n'est pas donné à tout le monde et que l'on ne peut pas le voir à moins de faire partie de cette « élite » et les fauteuils viennent rappeler que tout ceci est réservé à une élite.

Un autre exemple : les publicités d'Adopteunmec.com. Le site est connu pour faire des publicités atypiques, décalées et qui font le buzz, soit parce qu'elles amusent, soit parce qu'elles choquent. En effet, le site, qui fait sa communication sur le modèle d'un supermarché, propose des offres à ses utilisatrices, car rappelons que le principe du site est pour les femmes de faire leurs courses et d'adopter un homme. L'homme devient alors un objet. Et c'est autour de ce contre-pied, qui prend de revers le principe de la femme-objet, que tourne ce site.   

Voici quelques exemples de publicités :

Publicité Adopteunmec

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Publicité Adopteunmec

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Ce que l'on peut remarquer, c'est bien le côté décalé qui montre des hommes, sous leurs caractéristiques physiques, se faire marchander dans des pubs et des slogans qui rappellent celles des supermarchés, des magasins. L'idée d'homme-objet est mise en avant. L'écriture est rose et blanche, comme quoi, l'importance du rose lorsque l'on s'adresse aux femmes semble être une règle en matière de publicité !

Trouver l'amour passe déjà par une bonne communication, et une bonne publicité est une publicité qui attire le public. Soit celui-ci se pose des questions sur ses rencontres avec les pubs de Meetic, soit il se dit qu'il va trouver des gens de la même sphère que lui sur AttractiveWorld, soit il sourit ou se scandalise sur les pubs d'Adopteunmec. Chaque site a sa stratégie, mais plus les publicités font parler d'elles, plus le site y gagne. Mais tous n'ont pas le même message. Meetic semble s'adresser aux gens en mal d'amour, AttractiveWorld aux personnes « branchées » et Adopteunmec plutôt aux personnes qui recherchent une relation, sans forcément se prendre au sérieux, le côté fun et décalé étant mis en avant et permettant d'avoir un aspect moins sérieux que peut avoir celui des sites de rencontre plus traditionnels comme Meetic.

Le matching

Le matching a été une révolution dans le monde des sites de rencontre. Il se base sur des algorithmes, appelés « love algorithms » aux USA. Ce procédé consiste à prendre les renseignements des personnes inscrites sur le site de rencontre et de les comparer, créant un pourcentage d’affinités possibles. Comme le montre la vidéo sur les «  love algorithms » d’OKCupid.

Inside OKCupid
Inside OKCupid (Vidéo)

Vidéo

Le créateur du site OKCupid présente comment il a mis en place les algorithmes de matching de son site.
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Une série de questions est posée lors de la création du profil et en fonction des réponses données, le candidat est dirigé vers des personnes pouvant potentiellement être un bon « match ». Comme le souligne l’article du rslnmag.fr, la rencontre romantique repose essentiellement sur l’efficacité du site X le temps qu’on y investit. Sont alors créés les « super-profils », où la personne créant ce profil exemplaire mise tout sur une suite de chiffres qui donne au final une somme de points, comme à l’école, avec un minimum requis. Ce minimum d’ailleurs est souvent très haut placé (exemple d’Amy Webb et son super profil n’acceptant au minimum des « matchs » de 700 points). L’algorithme permet certes d’aider les personnes se sentant perdues à trouver efficacement un partenaire, mais fait disparaître le côté mystérieux, aventureux de la rencontre amoureuse. Rencontrer quelqu’un devient un investissement pareil à celui qu’on peut faire en bourse.

Mais l’algorithme a sûrement ses limites. Prenons l’exemple tiré de l’article du nytimes.com. Cet article fait référence à un nouveau site, Yoke.me, qui élargit le matching du site de rencontre à Facebook. En effet ce site a pour but de faire rencontrer à la personne inscrite quelqu’un  avec qui il ou elle partage un ami commun. Pour cela, ils se servent des données enregistrées sur Facebook comme la ville, la date de naissance, des photos que plusieurs personnes ont liké, etc. L’idée peut paraître ingénieuse, permettant de simplifier la rencontre amoureuse, mais les algorithmes ne sont pas assez poussés. Par exemple, la journaliste raconte que des amis à elles ont été confrontés à des limites telles que « on avait le même anniversaire donc on nous a connectés ». Et ce genre de problème est récurrent sur tous les sites de rencontres qui promeuvent le matching.

Big Bang Theory
Big Bang Theory (Vidéo)

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Présentation des love algorithms et ses critiques (notamment sur les fausses informations, la non-fiabilité de celles-ci) à travers une scène comique de la série Big Bang Theory.
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L’algorithme ne peut pas remplacer le cerveau humain et se base uniquement sur des données. Or, ces données sont souvent tronquées : on exagère son profil, voire on l’invente carrément. A partir de ça, toute la série d’algorithme est erronée et on se retrouve souvent avec des « matchs » qui ne conviennent pas. De toute façon, est-ce qu’on recherche vraiment quelqu’un qui nous ressemble ?

II. Impact des sites de rencontre sur le social et sur la société

Les sites de rencontre ne sont pas isolés au sein du paysage numérique. Ils s’intègrent à toute une panoplie de services parmi les médias sociaux comme Facebook, Twitter ou les chattingforums, pour ne citer que ceux-là.

Du réel au virtuel

A la différence de ces derniers cependant, les sites de rencontre permettent à leurs usagers de préparer en différé leurs réponses puisqu’ils sont asynchrones, alors que les chatting forums, forums numériques et virtuels où l’on peut rencontrer et discuter avec d’autres internautes en direct, sont eux précisément synchrones, c’est-à-dire qu’ils impliquent pour les utilisateurs des discussions en temps réel. C’est ce qu’explique Pascal Lardellier dans Le Cœur net. Ainsi, les sites de rencontre constituent une sorte de sphère virtuelle et privilégiée, paradisiaque pour les timides qui peuvent partir à la pêche (ou c’est une espèce de terrain de chasse pour les vétérans) d’autres singles. Ces timides peuvent ménager leur propre sensibilité en se cachant derrière leur écran numérique. Plus besoin de se faire violence et d’éviter les occasions, se cantonnant au statu quo, le filtre d’Internet constitue presque une panacée ou un remède miracle.

Le coeur NET - P. Lardellier

Le coeur NET - P. Lardellier

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Ainsi, on voit bien comment les sites de rencontre impactent les possibilités et les pratiques sociales et permettent à certaines catégories de sortir de l’ombre ou de leur réserve naturelle sous couvert d’anonymat. De plus, ils permettent à cette même catégorie d’usagers mais aussi à tous les autres, grâce aux différents sites de rencontre et à la multiplicité de l’offre de cibler les profils, de différer sa réponse et de prendre le recul nécessaire afin de peaufiner leur jeu de séduction.

En revanche, les sites de rencontre ont induit une pratique de zapping relationnel sur le net. Les utilisateurs l’expliquent bien : rien de plus facile que de passer à un profil ou à une personne différente dès que l’on est lassé par sa précédente rencontre.

D’ailleurs, les nouvelles applications dont il a été question précédemment ont un impact sur les pratiques sociales des usagers des sites de rencontre. Certains l’expliquent bien : ils s’envoient un message sur leur portable et à peine quelques heures plus tard, ils peuvent avoir une rencontre sexuelle puis passer à une autre relation quelques jours après. Ainsi, les rencontres sont plus superficielles, plus momentanées et surtout beaucoup plus faciles qu’auparavant. Si avant le dernier quart du vingtième siècle, le marché des célibataires n’existait pas, c’est qu’il y avait moins de célibataires, les gens se mariaient par convention. Mais avec l’émancipation des femmes et la libéralisation des mœurs, moins de rencontres, moins de mariages, et donc paradoxalement plus de célibataires puisque de nos jours, on choisit plus facilement son partenaire et le mode de relation qu’on souhaite avoir. Paradoxalement, sans les conventions, il est plus difficile d’avoir une relation durable et donc l’accroissement des célibataires constitue une véritable manne pour les sites de rencontre.

La façon de se rencontrer aussi a changé. Autrefois, on se rencontrait dans le réel, on se plaisait ou pas, et ensuite seulement on nouait une relation. Désormais, nul besoin de ces préliminaires : quelques algorithmes suffisent pour le matching, c’est-à-dire pour trouver des affinités, et on se connaît (ou pas vraiment ?) dans le virtuel. C’est ce que Lardellier nomme « la relation AZERTY », une relation qui débute dans le virtuel pour peut-être s’ancrer dans la vie réelle. « AZERTY », les premières touches du clavier numérique pour figurer cette entrée dans le virtuel, par le biais du clavier.

Clavier

Clavier "azerty"

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Homophilie et communautarisme

On dit toujours « qui se ressemble s’assemble ». Dans notre société actuelle ayant tendance à vivre sur le rythme du « métro/boulot/dodo », les personnes ont beaucoup moins de temps à consacrer pour la recherche d’un(e) partenaire. Alors les sites de rencontre interviennent, plein de promesses telles que « l’amour n’attend pas », « trouvez votre âme sœur / partenaire idéal/ la personne qui vous correspond le mieux », etc.

Ce filon est de plus en plus populaire car les gens veulent appartenir à une communauté, qu’elle soit religieuse, politique, d’opinions ou autre. On retrouve de plus en plus de sites de rencontre communautaires pour les amateurs d’écologie, pour les gens de droite, de gauche, pour les passionnés de sport, de leurs animaux de compagnie…

Ce constat est particulièrement présent dans les grandes villes, où la plupart des gens, hormis leurs collègues de travail, n’ont pas le temps de rencontrer beaucoup de personnes puisque lorsqu’ils sortent, c’est en groupe, en communauté.

Un article de Slate paru fin août présente ces sites d’un nouveau genre, en prenant comme exemple un site de rencontre pour les amateurs de salade. En effet, les amateurs de salade se créent un profil et consultent les profils des autres amateurs en fonction de leurs ingrédients préférés, de leurs envies détox, etc.

Ce type de site est très en vogue et surfe sur la vague de « l’ultra-nichisation » : on aurait tendance à penser qu’on trouverait plus facilement l’amour parmi sa propre communauté, que l’on soit geek, motard, musulman, végétarien ou intello.

D’ailleurs, pour répondre à la popularité de ces sites niches, le sociologue Jean-Claude Kauffmann répond qu’il est plutôt illusoire de vouloir trouver l’âme sœur sur ce genre de site puisque « tout couple repose sur un système complexe qui mélange une complicité et des complémentarités qui nécessitent de la différence ». En effet, selon lui, l’acceptation de l’autre dans un couple se fait par étapes, par adaptation de la vie à deux, et les sites communautaires ne préparent absolument pas à cela.

Quand les sites sortent du virtuel : la numérisation du quotidien

L'aspect purement virtuel des sites de rencontre peut rebuter certaines personnes. De même, certains utilisateurs de ces sites, une fois sortis de la toile, n'arrivent pas à s'adapter à la drague réelle. C'est dans ce but que certains sites essayent de sortir de la bulle virtuelle pour investir la vie réelle et replacer les rencontres « IRL ».

Toutes les applications de rencontres basées sur la géolocalisation réinvestissent déjà le monde réel, en permettant l'interaction, bien que virtuelle, avec des personnes actives et qui paraissent bien plus réelles qu'à travers un écran (on sait qu'elles existent, qu'elles sont là, qu'elles sont disponibles). On peut citer Tinder, Grindr, Blendr comme exemples.

L'article « Plan cul au coin de la rue » d'Anne-Claire Genthialon paru dans Les Ecrans nous donne un panorama  de ces applications, qui permettent aux usagers via la géolocalisation de rencontrer des gens ayant les mêmes intérêts qu'eux. C'est avec les smartphones que s’est développé ce principe de géolocalisation, qui donne relativement précisément la distance entre deux personnes. Yuback, par exemple, utilise une carte virtuelle pour montrer où est l'utilisateur en temps réel. Pour le créateur du site, J-F Thorion cela « favoriserait des rencontres réelles, naturelles et non virtuelles ». Le public féminin n'est pas emballé par ce type d'applications de géolocalisation, ce qui a engendré la création de Tinder.

Mais les sites « à l'ancienne » se lancent sur cette piste. Comme Meetic, le plus connu des sites de rencontre dans l'hexagone, qui se lance dans l'organisation de soirées entre célibataires, comme nous l'apprend un article du Monde de Maud Noyon mis en ligne le 20 décembre 2012. Ces soirées se déroulent dans des bars, des pubs, et permettent aux membres du site de rencontrer d'autres membres. Des thèmes sont même choisis pour faire en sorte que chacun soit sûr d'y trouver la perle rare !

Cette volonté de réinvestir est très bien expliquée par Jessica Delpirou, la directrice de Meetic France : « Dans nos études, on entend les célibataires nous dirent : « quand je sors, je ne sais jamais à qui je vais m'adresser ». Partant de ce constat, Meetic a décidé « d'appliquer les recettes du web à la vie réelle ». On organise donc des soirées suivant les âges, les goûts, les attentes. En prenant les bases de données comme appui, le site tend ainsi à faire en sorte que les chances de rencontre soient maximales et paraissent également plus authentiques, car ancrées dans la vie de tous les jours.

Les soirées semblent marcher toutefois, car à l'époque de parution de l'article de Maud Noyon, le site organisait environ 50 soirées par mois dans 35 villes différentes. Et puis, le fait de pouvoir inviter trois amis célibataires avec soit séduit également, tout comme l'aspect « discret » de ces soirées, où le lieu n'est pas réservé et où les membres ont seulement un petit sigle Meetic sur eux.

Bien entendu, il y a là la volonté pour le site de se refaire une santé avec ces soirées. En effet, au premier semestre 2012, 100 000 utilisateurs ont été perdu, soit 13% des inscriptions. Mais il est toutefois intéressant de voir que les rencontres reviennent s'installer dans la vie réelle, malgré le média virtuel. Car ces soirées ne sont pas sans rappeler les rallyes d'autrefois qui permettaient aux célibataires d’alors de peut-être y rencontrer l'amour.

Le « moi » numérique

Ce concept de « retour » à la réalité permet également d'éviter les pièges des sites, notamment sur la survalorisation de soi ou le mensonge. En se rencontrant dans la vie réelle, on voit les gens tels qu'ils sont. Ce n'est pas le cas sur la toile. En effet, chacun gère son image virtuelle et montre les bons côtés de soi. Il y a une tendance à l'hypernarcissisme, à l'embellissement de son image et de l'image que les autres ont de nous. On met l'accent sur quelques points de notre personnalité, en les mettant en avant et en les « améliorant », et on est plus discret sur d'autres.

Cette tendance naturelle est bien décrite par Stéphane Rose, auteur d'un livre sur les sites de rencontre intitulé Misère sexuelle.com, le livre noir des sites de rencontre et basé sur l'expérience de l'auteur sur ces sites durant plusieurs années, interviewé dans Les Ecrans par Anne-Claire Gentholion. Sur ces sites, les utilisateurs donnent à voir une version idéalisée d'eux-mêmes « pour susciter l'envie » (Rose). L'auteur donne l'exemple d'un homme noir qui met la photo d'un homme blanc ou encore de femmes mentant sur leur âge, leur poids, leur métier, etc.

Dans  l'article du New York Times de Jenna Wortham « Taking A Chance on Love, and Algorythms », Kevin Slater, un développeur de jeux vidéo et étudiant en algorithmes dit d'ailleurs en parlant d'un profil Facebook qu'il « montre une version amélioré de nous-mêmes » ou l'on se rend plus attirant, ce qui inclus qu'il est « impossible dans la vraie vie d'être la même personne que sur Facebook ». Si cela s'applique à un réseau social, fait plus pour se faire des « amis », il est évident que cela s'applique également aux profils sur les sites de rencontre.

Stéphane Rose met aussi en avant le fait que le mensonge le plus commun est de faire croire que l'on est seul. Ce qui peut naturellement entraîner de grandes déceptions. Mais la déception sur ces sites vient aussi des « critères de sélection, des tests de personnalités réducteurs ». Sur internet, on donne à voir une version idéalisée de soi mais on idéalise aussi l'autre. Ce qui fait que l'internaute cherche un idéal qui n'existe pas. Le choix est tellement grand que l'on ne fait plus l'effort d'apprendre à connaître l'autre, on le passe sur des critères bien singuliers. On est moins « indulgent, moins patient ».

En ce sens également, revenir au réel peut être bénéfique. Car on prend plus le temps de découvrir l'autre, de discuter avec, sans le « passer » sur des critères très réducteurs. Tout comme on n'a moins de chance de se faire passer sur de simples critères bien réducteurs de nous-mêmes aussi !

III. Leurs dérives

Une des dérives des sites de rencontre est l'hypernarcissisme, les usagers des sites de rencontre mettant en avant leurs qualités pour séduire l’autre. On le voit, les sites de rencontre peuvent provoquer des dérives. On citera notamment les nombreuses déceptions qu’ont pu connaître certains usagers.

Autre dérive à évoquer : le cybersexe.

Cybersexe

Cybersexe

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Lardellier évoque même le mythe du cyborg avec le SAO (Sexe Assisté par Ordinateur) en des termes futuristes : bientôt les micros capteurs et les prothèses électroniques permettront de sentir la présence de l’autre et de faire l’amour à la fois avec et sans l’autre, faisant entrer un peu plus le virtuel dans le réel. Mais n’est-ce pas un peu hasardeux comme projection ?

La rencontre devient un business : marchandisation des corps

Partis d’une bonne intention, celle de permettre aux gens de trouver l’amour avec un grand « A », les sites de rencontre sont devenus un marché à part entière. On ne trouve plus l’amour, on vend des profils, des opportunités. Certains sites tels que Adopteunmec.com ont misé sur cette apparence pour accroître leur popularité. En effet, le concept de ce site est de mettre les hommes dans une vitrine virtuelle et de se faire adopter en étant mis dans des paniers par les femmes, comme si elles faisaient leur shopping. L’ambiance est plutôt bonne enfant même si ce site est plus réputé pour ces plans d’un soir qu’autre chose. En revanche, d’autres sites eux n’ont pas cette approche et pourtant on parle bien de marchandisation des corps. Prenons l’exemple de jesuispuceau.fr ou rencontre-puceau.com, qui proposent aux femmes ou aux hommes un panel d’hommes vierges, inscrits sur ce site dans un seul but : coucher. On peut parler ici de sexisme dans le sens où ces hommes qui s’inscrivent seront mis eux aussi en vitrine, mais comme du bétail à déflorer.

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Un autre exemple flagrant nous vient de l'interview de Stéphane Rose dans les Inrocks, déjà évoqué plus haut. En effet, celui-ci a voulu quitter Meetic et à eu bien de mal à le faire. Après avoir enfin réussi à parler à un interlocuteur du site, il a expliqué à celui-ci qu'il voulait mettre fin à son abonnement, pour la simple raison qu'il avait trouvé quelqu'un. Or, l'interlocuteur a tout fait pour le faire rester sur le site, notamment en lui proposant un mois d'abonnement gratuit.

Cet exemple flagrant montre à quel point, derrière l'idée d'aider les gens, se cache avant tout une volonté de faire du profit. En l'occurrence, c'est la preuve que Meetic ne souhaite pas vraiment que les gens finissent en couple, leur intérêt est avant tout de garder les abonnés. Ce qui explique pourquoi ces sites sont addictifs : tout est fait pour que le « client » reste, et non pas pour qu'il trouve l'amour, ce qui est sensé être son but principal. En tant que société dans une logique de profit, le groupe a donc moins d'intérêt à ce que les gens trouvent l'âme sœur.

Addiction aux sites de rencontre

L’addiction aux sites de rencontre est un phénomène qui touche de plus en plus de personnes. Le fait de séduire, d’être séduit, débute sur un jeu mais peut très vite dériver comme n’importe quelle addiction.  De l’autre côté d’un écran, on ne peut pas se défendre et les autres nous perçoivent seulement via le profil qu’on a créé alors on est jugé sans être connu. Dans cet article - clic -, Thierry Roth explique que l’addiction aux sites de rencontre ressemble à n’importe quelle autre addiction : la personne accro ne pense qu’à ça, à se connecter et vérifier qui a consulté son profil ou écrit un message.

Exemple : « J’étais au cinéma, c’était horrible, ça ne captait pas, je suis sortie deux fois pour regarder si je n’avais pas de mails », me dit une analysante. « Des mails de qui ? » lui demandais-je. « Je ne sais pas, de mecs avec qui j’ai pu être en contact récemment, ou d’autres, des nouveaux ». De plus, comme le système est bien fait, des alertes mails viennent tenter les inscrits des sites, même s’ils ont décidé de ne plus fréquenter ce site, qu’ils soient en couple ou pas. Les inscrits sur ces sites sont forcés, poussés à consommer, à y revenir pour alimenter les statistiques de ces sites qui ne prennent pas en compte l’aspect addictif de cette procédure sur les usagers. C’est encore plus parlant sur les sites payants, où le côté addictif se traduit souvent par un ou des renouvellements d’abonnement.

Stéphane Rose d'ailleurs affirme que ces sites peuvent rendre addictif à la fois aux femmes (pour les hommes), aux rencontres, au sexe et même au support en lui-même. Certains utilisateurs, même après avoir trouvé quelqu'un, continuent de consulter leur profil pour voir qui les contacte ou ce que deviennent certaines conquêtes ou « cibles » qu'ils ont eu.

Dans l'article « Plan cul au coin de la rue », il y a l'exemple de Julien, 35 ans, utilisateur de Grindr qui dit que l'application lui permet de faire du « commerce de proximité » et d'avoir « un plan cul en cinq messages ». L'application s'avèrerait bien marcher lorsque l'on recherche une relation sexuelle, et pour faire des « rencontres en voyage » tel que le dit Julien. L'application est dans les favoris de son smartphone et devient donc comme un réflexe lorsqu'il part quelque part pour se trouver quelqu'un. Ce réflexe conditionné peut être vu comme un signe d'addiction à l'application.

Dans cette idée, Didier Lestrade explique que pour les gays, regarder qui est disponible via Grindr dans une ville inconnue est devenu un réflexe dès qu'ils entrent quelque part. On retrouve cette idée de réflexe de faire appel à l'application plutôt que d'aller parler directement à la personne. De même, il constate que certains utilise Grindr pour se localiser ou se renseigner, ce qui montre  bien que ce réflexe addictif a été intégré par l'utilisateur qui « hybride » les fonctions de l'application.

Mais derrière ce besoin de toujours être connecté, il y a bien sur une idée de surveillance des usagers qui est accrue. Déjà parce que l'on peut savoir où se trouve telle personne à tel moment, mais aussi parce que l'on peut regarder et surveiller les agissements d'un groupe de personnes particulier, de voir leurs destinations préférées, leurs envies à tout moment. Pour Grindr, le fait qu’il se soit « banalisé » dans le milieu gay comme le dit Lestrade, cela permet de voir les agissements de la communauté gay, leurs lieux de rencontre, etc. Ce côté surveillance est encore plus questionné lorsque les applications se servent de Facebook, dont le principe est de vendre tout ce que l'on y met et dont le rapport au respect de la vie privée est sans cesse interrogé. Yoke.me ou Tinder sont des exemples de ces applications. Or, si elles se servent des données Facebook, quand est-il du respect de la vie privée sur ces applications spécifiques ? Cette question a le mérite d'être posée, surtout celles qui sont gratuites, car comme le dit la règle, sur Internet, si c'est gratuit, c'est que c'est vous le produit.

L'exemple de Badoo : l'inscription à l'insu

Badoo se vante sur son site de son nombre d'abonnés (199 millions selon les derniers chiffres). Mais lorsque l'on voit certaines affaires auxquelles le site a eu à faire face, on comprend mieux pourquoi il y a un nombre aussi important d'utilisateurs. En effet, dans un article du Monde intitulé « Les pièges de l'amour sont (aussi) numériques », Laure Bellot nous donne des exemples de personnes qui ont été inscrites à leur insu sur le site.

Page Badoo

Page Badoo

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Il y a d'abord le cas de Léa, qui s'est retrouvé inscrite sur Badoo sans le savoir via un mail alors qu'elle est mariée depuis 10 ans. Elle l'a découvert en voyant son profil apparaître sur Google avec son nom et son âge. Son profil a fini par être supprimé après plusieurs demandes faites à Badoo, mais il était toujours sur Google plus de six mois plus tard. Ensuite, il y a le cas d'un prêtre au Royaume-Uni qui s'est retrouvé inscrit sur le site et suite à la plainte d'une paroissienne à l'évêché s'est retrouvé démis de sa paroisse.

Que se soit en France ou au Royaume-Uni, il y a plusieurs cas de plaintes de ce genre qui sont faites à Badoo, que se soit pour des inscriptions de personnes contre leur gré ou encore une « utilisation de carnet d'adresse sans information préalable » (Bellot). Le site dément bien sur ces accusations. Mais voilà une dérive de site de rencontre qui se crée du profit et de la popularité en utilisant et en manipulant les usagers.

La rencontre dérive... sur des sites qui ne sont pas prévus pour au départ

Et le meilleur exemple est l'exemple de Craigslist, très bien résumé par Didier Lestrade dans l'article « Derrière Grindr, le géant Craigslist ». Craigslist est un site de petites annonces à la manière d'Ebay, qui selon Lestrade a un impact encore plus gros que Grindr. Déjà parce qu'il ne concerne pas seulement que les gays, mais également parce que c'est le site de petites annonces numéro 1 aux Etats-Unis, bien qu'il soit encore peu connu en France. L'impact de Craigslist vient du fait que l'on peut rechercher ou vendre quelque chose à un niveau local. Le site possède un item appelé « relations », où nul abonnement ni commission n'est demandé. Et c'est en ça que ce site devient un concurrent direct des sites de rencontre à proprement parler. Sur Craigslist, tout est à vendre, à des prix imbattables, y compris les corps. C'est devenu en somme le « royaume des petites annonces de cul » comme le dit Lestrade. Et la banalisation de Craigslist dans ce but banalise également la prostitution libre et consentante des gens. Pour les gays, dans une société où les hétérosexuels sont de plus en plus attirés et ouverts aux relations entre même sexe et où la bisexualité est devenue « la nouvelle normalité » (Lestrade), Craiglist est un moyen de répondre à ce mélange entre les orientations sexuelles et leur permet de trouver un homme rapidement, en complément de Grindr.

Craigslist Mayhem

Craigslist Mayhem

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Mais c'est aussi plus dangereux que sur les sites spécialisés, où on peut tomber sur n'importe qui, sans forcément avoir communiqué quoi que ce soit sur le lieu ou autre information, ce qui peut donner lieu à certains abus, plus ou moins graves. De même, le site participe à la propagation du VIH et des IST. Les chercheurs Chan et Ghoose ont d'ailleurs démontré que le SIDA avait une augmentation de 14% de contaminés à cause Craigslist, puisqu'il se trouve être un « agent amplificateur de germes infectieux » (Lestrade). En contrepartie, son influence permet également de suivre l'évolution des épidémies locales, ce qui lui donne une importance sociétale et de retrouver l'origine d'une épidémie, tout comme il pourrait servir à détecter les épidémies qui pourraient se propager et ainsi les prévenir.

Craigslist n'est qu'un exemple de site où les rencontres se font, il y en a d'autres. On peut par exemple penser à Facebook, qui est pour certains un moyen de faire des rencontres amoureuses ou sexuelles, ou également à feu MSN, qui était un lieu de drague et « d'amour virtuel » en cam to cam, mais plus généralement aux chats, aux forums, aux blogs... Le fait que les sites ne soient pas spécialisés fait que les rencontres sont cependant moins contrôlées et donc plus dangereuses, même si des cas échappent au contrôle des sites.

De nouveaux outils « révolutionnaires »

Cet objet ressemblant à un galet pourrait être l’avenir de la rencontre 2.0. Il se prénomme le Zoda et est Français.

Zoda - CCC
Zoda - CCC (Vidéo)

Vidéo

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Comme le montre la vidéo, le Zoda est un « détecteur d’âme sœur » que l’on met dans sa poche et qui fait ensuite le travail tout seul : il suffit de croiser une personne munie d’un Zoda dans la rue et que celle-ci corresponde aux critères enregistrés. Cet outil est révolutionnaire dans le sens où on a plus besoin d’être sur internet pour faire des rencontres, mais on est toujours dépendant d’un outil, même si ce n’est plus un ordinateur.

Autre outil révolutionnaire qui pourtant fait partie de nous : notre ADN. En effet, des sites comme genepartner.com ou datingdna.com mettent en place un service où la personne inscrite donne un prélèvement d’ADN et le matching se fait en fonction du patrimoine génétique, comme l’explique Ellen Degeneres dans la vidéo ci-dessous.

Dating DNA
Dating DNA (Vidéo)

Vidéo

Dans le cadre de l'émission d'Ellen Degeneres, un aparté est fait sur les sites de rencontres qui sortent de l'ordinaire, dont celui avec le matching selon l'ADN.
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La rencontre perd tout son côté romantique et se base sur des résultats conservés dans une enveloppe.

Conclusion

Les sites de rencontre sont un lieu parfois pour permettre aux gens de « briser la glace » selon J.-F. Thorion (« Plan cul au coin de la rue ») afin de savoir qui est seul et de voir d’autres personnes que ses propres connaissances quotidiennes. Cependant, les algorithmes qui caractérisent les sites de rencontre et qui mettent en œuvre ces rapprochements entre personnes ne peuvent déterminer si celles-ci sont compatibles ou non, quelque soit la complexité et l’apparente omniscience de ces algorithmes. Car de simples ressemblances peuvent-elles suffire pour amener deux personnes à s’aimer ? Rien n’est moins sûr.

De plus, pour Stéphane Rose, les sites de rencontre sont voués à disparaitre tôt ou tard car il y a en effet très peu de sites qui connaissent un fonctionnement aussi important que Meetic par exemple. Nombre d’entre eux ne connaissent qu’un succès restreint, voire pas de succès du tout. Les sites de rencontres sont souvent considérés comme pratiques pour des rencontres sexuelles, mais il n’en reste pas moins que c’est un sentiment honteux qui accompagne les personnes disant trouver l’amour sur les sites de rencontres. D’après l’IFOP, 82% des personnes avoueraient y avoir rencontré quelqu’un, mais 36% de ces derniers ne le diraient que difficilement aux autres. Par ailleurs, les inscrits y cherchent majoritairement des aventures sans lendemains plutôt qu’une relation sérieuse (62%) tandis que 78% des non-inscrits confient qu’ils s’y verraient pour trouver une relation sérieuse. Toujours selon les chiffres de l’IFOP, 26% des personnes inscrites sur les sites de rencontre n’ont jamais eu aucun rendez-vous en les consultant, et de ces rendez-vous, 68% donnent lieu à une relation, 66% à une relation sérieuse.

Pour Jenna Wortham, les sites de rencontre n’en sont seulement qu’à une étape primitive de leur histoire. Il nous faut donc attendre de voir quelles seront les prochaines évolutions dédiées aux sites de rencontre pour savoir qui de quel courant de pensée vis-à-vis des sites de rencontre aura su analyser de la meilleure façon leur histoire et leurs évolutions.

Bibliographie

 
 

Notes de lecture

Derrière Grindr, le géant Craigslist

Les pièges de l'amour sont (aussi) numériques

La revolucion del amor (y otras citas) por internet

Meetic sort du tout-virtuel

Taking a Chance on Love, and Algorithms

Les français et les sites de rencontre : sondage réalisé à l'occasion des Etats généraux de la rencontre

Rencontres : les sites ont tendance à décupler nos névroses

Plan cul au coin de la rue : les applis de drague par géolocalisation se multiplient sur smartphone. Objectif: des contacts au plus près

Internet permet-il de vraies histoires ?

Tinder : On a tué la honte de faire des rencontres en ligne