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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Tron (1984)
Tron (1984)

Que représente la métaphore du cyberespace ?

Comment l'utopie du cyberespace est-elle devenue réalité ?

Sandy Clairel, Corentin Chupin, Mathieu Tirard
(déposé le 2014-12-11 14:06:01)

Le  1er octobre 2014, le président russe Vladimir Poutine déclarait "indispensable d'élaborer des mesures visant à protéger le cyberespace russe". En décembre, une cyber-attaque nord-coréenne contre le studio de cinéma Sony retardait la sortie du film "The Interview". Les termes faisant référence au cyberespace et à ses dérives font régulièrement les gros titres de l'actualité.

Si le cyberespace a d'abord servi de contexte narratif à un célèbre roman de science fiction, il est aujourd'hui devenu bien réel. Il s'agit d'un espace sans frontière, un lieu intemporel dans lequel l’information est diffusée, partagée en quelques secondes sur l’ensemble de la planète. En effet, la démocratisation des technologies de l’information et de l’internet a crée un nouvel espace accessible à tous qui transforme les habitudes et les relations sociales.

Il est donc justifié de s'interroger : 
Comment un espace virtuel peut-il impacter aussi fortement le quotidien ? 
Que représente la métaphore du cyberespace pour la société et l’individu ? 
Quel est l’impact sur la vie réelle en terme de productivité, de relations familiales, amicales ou professionnelles ? 

L'utopie du cyberespace

1 - Un monde virtuel

Le terme cyberspace est employé dans la culture populaire comme un équivalent d’Internet. Ce mot chargé d’un puissant imaginaire apparaît tout d’abord dans la littérature puis au cinéma.

Le cyberespace est communément décrit par les auteurs de science-fiction comme un monde virtuel. Mis en scène par la littérature, l’idée d’un monde virtuel connecté aux ordinateurs apparait dans les années 60, peu de temps après l’apparition de l’informatique. Inspirés par l’univers des jeux vidéos (Pong en 1972 ou Pac Man en 1980), différents auteurs adaptent les mondes virtuels à la littérature. 

Les deux thèmes fondamentaux de l’imaginaire du cyberespace sont le jeu vidéo comme modèle du monde virtuel et l’ordinateur comme portail d’entrée. 

Tron (1984)

Tron (1984)

Représentation des personnages dans le système informatique.

2 - Naissance du terme "cyberespace"

Le terme "cyberespace" est né au début des années 1980 sous la plume du romancier de science-fiction William Gibson. Le 20 août 2013, lors d'une interview donnée à la New York Public Library, il a dévoilé les secrets des concepts qui l'ont rendu célèbre. Il explique que pour sortir des voyages spatiaux et des fusées, il a imaginé le cyberespace plus ouvert aux possibilités narratives. Pour le terme en lui-même, M. Gibson déclare que "c'était tout simplement celui qui sonnait le mieux, le mot voulait dire quelque chose, ou en tout cas semblait vouloir dire quelque chose."

Pour William Gibson, le lien entre jeu vidéo et cyberespace est explicite, pour lui : "la matrice tire son origine des jeux vidéo les plus primitifs" . Dans son best-seller Neuromancer paru en 1984, le cyberespace est décrit comme : "une hallucination consensuelle vécue quotidiennement par des dizaines de millions d’opérateurs dans tous les pays… Une représentation graphique de données extraites des mémoires de tous les ordinateurs du système humain. Une complexité impensable. Des traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit, des amas et des constellations de données. Comme les lumières de villes dans le lointain. " (Gibson, 1984).

D’après Gibson, le cyberespace constitue une fiction dont les thèmes principaux sont les modes de télécommunication en réseaux extrêmement performants, l’évolution hypothétique de certains projets de chercheurs en intelligence artificielle ainsi que les promesses d’immersion totale des tenants des technologies de la réalité virtuelle. Cette "autre" réalité générerait des formes de vies communautaires inédites, fondées sur des rapports entre individus. Grâce à des représentations iconiques (ou avatar), les individus pourraient établir des interactions similaires à celles de la vie réelle mais sans interactions physiques.

3 - Un succès populaire

Au cinéma, Tron sort en 1982 et décrit un monde virtuel accessible via une borne d’arcade de jeu vidéo. Ecrit et réalisé par Steven Lisberger, le film relate l'histoire de Kevin Flynn, un programmeur qui se retrouve bien malgré lui à l'intérieur d'un système informatique. De la même manière que dans le cyberespace de Gibson, le personnage peut se déplacer et interagir dans ce monde virtuel.

Quinze ans plus tard, les frères Wachowski s’inspirent de nouveau du concept avec Matrix sorti en salle en 1999. Dans le film, la matrice est une prison de l'esprit pour ceux qui sont branchés au réseau, maintenus dans l'illusion, connectés par une prise fichée dans le système nerveux cérébral. La matrice est décrite comme un monde dangereux, un monde sans lois et sans limites.

Fin de Matrix
Fin de Matrix (Vidéo)

Vidéo

Citations de Néo, décrivant la matrice dans le film Matrix
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Le cyberespace devient donc un concept populaire, inspirant la littérature, le cinéma, mais aussi les jeux vidéo. Les jeux de rôles massivement multijoueurs (MMORPG) comme World of Warcraft (2004) ou Second Life (2003) propose au joueur de créer un avatar, à son image ou non, qui peut interagir avec d'autres avatars, se déplacer et découvrir les différents mondes virtuels offerts par les jeux.

Cyberespace : de l'utopie à la réalité

Le cyberespace a commencé à étendre sa toile hors des romans, films et séries de science-fiction lorsque la technologie s’est démocratisée et que l’informatique et internet sont entrés dans les foyers.

1 - L'accès pour tous au cyberespace

L’informatique a longtemps été considérée comme comme un outil pour les entreprises pour effectuer de gros calculs compliqués inutiles à un particulier. Lorsqu’Apple a parlé de donner accès à tout utilisateur lambda à l'informatique et de ce fait à un flux d'informations très important, l’idée est apparue utopique, comme s’il s'agissait à l’époque d’un idéal impossible à atteindre. La commercialisation du premier ordinateur personnel, l'Apple II, a pourtant eu lieu en 1977. 

Présentation de l'Apple II :

Présentation de l'Apple II
Présentation de l'Apple II (Vidéo)

Vidéo

L'apple II à était le premier ordinateur personnel qui à rendu possible l'aventure du cyberespace pour tous.
Licence : YouTube Standard Licence

Cinquante ans plus tard, en 2007, Apple lance l'Iphone qui une nouvelle fois révolutionne l'accès à l'information. Grâce à cet outil, l'utilisateur rassemble tous les médias dont il se sert habituellement en un seul appareil. La consultation du web depuis un support mobile devient de plus en plus répandu.

Si Apple a contribué à favoriser l’accès au cyberespace, des développeurs tels que Richard Stallman (à l’origine du logiciel libre) ou Ken Thompson (l’un des fondateurs du système Unix) ont également apporté leur pierre à l’édifice. Ils ont travaillé de façon à rendre le cyberespace collaboratif. Ils ont fait en sorte de donner libre accès au code source des applications pour permettre leur évolution. Cette philosophie du partage est à la base de la création de ce nouvel univers informatique. Pour les penseurs du cyberespace, la collaboration est la valeur universelle qui permet à chacun d’apporter sa contribution pour façonner un monde nouveau qui ne ressemble à aucun autre.

L'apparition du logiciel libre permet en effet de sortir des contraintes de la réalité. Le cyberespace se base sur une absence de contrainte physique. La création de la licence GNU/GPL renforce cette idée en diffusant l'accès aux ressources des logiciels. Il est donc possible d'évoluer dans le cyberespace et de le faire évoluer. Il est vu comme un espace autonome qui peut grandir et se forger seul grâce aux actions de ses utilisateurs.

 

Richard Stallman

Richard Stallman

Créateur du mouvement GNU / GPL et du logiciel libre

2 - Un espace de liberté

Le terme cyberespace est relié pour la première fois à internet dans les années 90 par John Perry Barlow, co-fondateur de l’Electronic Frontier Fondation (EFF). Dans sa Déclaration d’indépendance du cyberespace publiée en 1996, il décrit le cyberespace comme un lieu ou chacun peut évoluer sans contraintes puisque l'Etat et la loi n'ont aucun poids au sein de cet espace autonome. En effet, il considère que l'absence de contraintes physiques permet d'accéder à un niveau d'évolution interne sans limites. Pour lui, le cyberespace a la capacité de se développer de façon exponentielle et dépasse largement les capacités d'actions des autorités.  Il s’agit d’une "terre vierge", d’un "nouveau monde" dans lequel l’internaute est un pionnier qui peut fixer ses propres lois, frontières, limites ou horizon. Il y a là une comparaison évidente avec le mythe des premiers pionniers américains.

En 1997, Jacques Attalli explique dans Le Monde pourquoi le cyberespace est un "7ème continent", un espace à part entière qu'il faut s'empresser de découvrir et de conquérir.  Dans une vision libérale, il affirme que cet espace est et doit rester complètement libre et dénué de contraintes afin de favoriser les échanges. Ce septième continent, entièrement virtuel se base cependant sur des fondements physiques bien réels. En effet, les câbles, les data centers sont des infrastructures lourdes bien réelles.

Les États ont bien évidemment mesuré le potentiel du cyberespace et se sont empressés de s'y installer pour y prendre du pouvoir. Ils mettent à leur tour à disposition des compétences technologiques et techniques afin de favoriser l’accès aux contenus et agir sur la rapidité des échanges, encourager le commerce en ligne et les achats par correspondance via internet. 

Le cyberespace est pour résumer un lieu virtuel ancré dans la réalité. Pour accéder au cyberespace, il faut des ressources matérielles bien réelles (ordinateur, téléphones…) et des applications informatiques (navigateurs, logiciels….) mais aussi et surtout des personnes réelles qui souhaitent se rencontrer et échanger.

Le cyberespace peut être pensé comme une métaphore car il représente une comparaison entre le monde réel et le monde virtuel. Loin d'être une vulgaire copie, le monde virtuel ouvre le champ des possibles. Il s'agit d'exploiter les ressources du monde réel pour créer un espace de vie sans contraintes. Il est désormais nécessaire d'exister dans ce monde réel et ainsi augmenter les possibilités du réel.

Le cyberespace en tant que société virtuelle autonome et autogérée serait un outil idéal pour construire un nouvel écosystème vertueux dans lequel les valeurs incontournables seraient le bien commun et le partage. Sur le plan économique, on parle de "weightless economy", d'économie sans poids. Le pourvoir du cyberespace serait tel qu’il pourrait même améliorer le réel et le quotidien des internautes. 

Après avoir exposé les fondements du cyberespace, il reste maintenant à savoir si le cyberespace est aujourd'hui cet eldorado économique et démocratique.

Le Cyberespace : un écosystème numérique

Internet abolit le privilège d’accès à la publication jusque là détenu par les professionnels des médias. En effet, le média internet n’a pas été conçu selon le modèle traditionnel (émetteur>masse de récepteurs), bien au contraire, le modèle de communication d’internet (émetteur/récepteur>émetteur/récepteur…) transforme le récepteur de l’information en émetteur. Le concept clé de rétroaction de la cybernétique allié à la puissance du média internet a rapproché la communication interpersonnelle (entre individus) et la communication de masse (de l’annonceur vers le grand public) sur une même interface : le cyberespace.

En permettant à chacun d’être une source contributive, le cyberespace est devenu un immense espace de communication, d’échange et de partage. Pour Pierre Lévy, auteur de l'Intelligence collective - Pour une anthropologie du cyberespace, "Le cyberspace désigne l'univers des réseaux numériques comme lieu de rencontres et d'aventures, enjeu de conflits mondiaux, nouvelle frontière économique et culturelle”.

La question prend donc ici tout son sens : Que représente la métaphore du cyberespace pour la société et pour l’individu ? Quel est l’impact sur la vie réelle en terme de productivité, relations familiales, amicales ou professionnelles ?

1 - L'écosystème numérique : un enjeu économique et sociétal

En sciences de la nature, l'écosystème désigne les interactions constantes observables entre des populations animales et leur environnement naturel. C’est un milieu homogène constitué de multitudes d’espèces. Ici, la notion d’écosystème est appliquée à des dispositifs artificiels que sont les ordinateurs, les tableaux numériques interactifs, la messagerie électronique...

Durant ces 20 dernières années, les technologies du numérique ont envahi le quotidien de 2,23 milliards d'internautes dans le monde. Selon Médiamétrie, la France comptait 40,24 millions d'internautes en janvier 2012 (+ 4,9% par rapport à janvier 2011) soit 71,6% des Français de 11 ans et plus. Sites internet, blogs, email, plateformes de téléchargement, de streaming, réseaux-sociaux… un internaute passe en moyenne 5 heures par jour dans le cyberespace (4h via un ordinateur et 1 heure via un mobile).

L’économie numérique, définie par l’Insee comme "tout ce qui relève des techniques, logiciels et matériels, utilisés dans la transmission, le traitement et le stockage de données et d'informations, principalement l'informatique, l'internet et les télécommunications" représentait un quart de la croissance de l’économie française en 2010. 700 000 emplois ont été créés entre 1996 et 2011.  Internet a donc créé beaucoup d'emplois mais il a aussi rendu obsolètes des technologies, des processus de production et détruit de nombreux emplois. Comme le disait Shumpeter : "c'est un processus de destruction créatrice". Aujourd'hui encore l’investissement dans de nouvelles infrastructures de réseaux constitue un enjeu stratégique pour la croissance française et européenne.

E-commerce, e-paiement, e-administration, e-learning etc., le cyberespace facilite le quotidien des citoyens et des consommateurs qui y réalisent de très nombreuses activités quotidiennes. Des individus ou communautés sans pouvoir politique ou notoriété ont pu grâce à Internet répandre des idées, des tendances et ainsi influencer toute la société :

  • Anonymous : mouvement hacktiviste composé d’anonymes qui défend la  liberté d'expression en général et sur internet en particulier.
  • My major company, KissKissBankBank : plateformes de financement participatif.
  • La ruche qui dit oui : site internet de mise en relation en producteurs et citadins.
  • France-troc.com, Lecomptoirdutroc.fr : sites qui remettent le troc au goût du jour et proposent une alternative au modèle capitaliste ultra-libéral.

Fait encore plus éloquent sur l’impact que le cyberespace peut avoir sur la société, c’est qu’il a servi de base arrière au Printemps arabe de 2010 à 2014. Ces mouvements révolutionnaires survenus en Tunisie, en Egypte, en Libye et Yemen ont également été qualifiés de révolution 2.0 par les médias occidentaux tant l’usage des réseaux sociaux aurait joué un rôle moteur dans la montée contestataire. Mounir Bensalah, militant et blogueur marocain auteur de "Réseaux sociaux et révolutions arabes ?" modère le propos en déclarant que : "la révolution Facebook ou Twitter, tels que ces évènements ont été qualifiés, sont un mythe et un fantasme nés de raccourcis journalistiques. Ils ont indéniablement accompagnés ce qu'on appelle les révolutions arabes, puisqu'ils ont servis à mobiliser, à informer et à s'informer. Voire à attiser la colère. Ils ont en outre permis d'attirer l'attention des médias étrangers, empêchés de travailler librement dans les pays fermés, et de les alimenter en images".

Même si l’espace informationnel, offert par les progrès technologiques et internet, a permis des avancées sociales majeurs, les principes fondamentaux d’accès à la liberté, de création d’un monde égalitaire sont plus que jamais remis en cause aujourd’hui. En effet, comme dans le monde réel, les initiatives les plus charitables côtoient les plus malsaines. Plus que réel, le cyberespace est devenu omniprésent. Le phénomène a pris une telle ampleur que "réfuter le cyberespace, condamne les individus à l’isolement, les entreprises à la décroissance et même les nations à la dépendance". (Bruno Doucende, Mai 2014, www.Synertic.fr).

2 - Une nouvelle donne pour les relations humaines

Le cyberespace est une réalité pour de nombreux adolescents addicts à leur smartphone. Ils entretiennent des amitiés sur Facebook, draguent sur Meetic ou commentent leur émission de télévision préférée en direct… Attention aux préjugés, il n’y a pas que les jeunes qui passent beaucoup de temps dans ce "monde parallèle", les retraités y organisent leurs loisirs, les agriculteurs y réorganisent leur réseau de distribution et tous jouent à CANDY CRUSH !

Le phénomène s’est accéléré ces dernières années avec l’arrivée en masse des smartphones, tablettes qui relient les internautes à leurs applications à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit. Les applications, les systèmes et les serveurs ne se trouvent plus seulement accessibles depuis le bureau ou le domicile, ils sont disponibles partout. Ce nomadisme numérique rendu possible par l’informatique en nuage communément appelé le Cloud (pour Cloud Computing en anglais) a profondément modifier l’accès à l’information et les relations sociales.

Les réseaux sociaux prennent en effet une part de plus en plus importante dans la vie de tous les jours.  Il existe plus de 200 sites dits de réseaux sociaux sur lesquels les français sont connectés en moyenne 1h30 par jour. Pour la sociologue, Elisabeth Clément-Schneider, le cyberespace est un espace public en réseau dans lequel les adolescents interagissent comme leurs parents le faisaient dans les parcs ou les centre-ville.

Conversation Prism

Conversation Prism

Une cible sur la quelle sont répertorié l'ensemble des réseaux sociaux classé en 26 catégories.

Les réseaux sociaux sont un moyen de s’auto-définir en tant qu’individu à travers des compétences (profils professionnel), des passions (sport, musique, lecture...) ou des engagements (militants, associatifs...). C’est une présentation interactive à laquelle autrui participe, en postant un like, un re-tweet, un commentaire. Pour Danah boyd, chercheuse américaine en sciences humaines et sociales spécialisée dans l'étude des médias sociaux et leurs utilisations par la jeunesse, les mondes virtuels sont des miroirs numériques dans lesquels il faut agir sur sa propre identité pour exister.

Beaucoup de chercheurs et de journalistes s’interrogent sur l’impact des communautés virtuelles sur la société réelle. Au sommaire d’Envoyé spécial du jeudi 23 octobre 2014, le reportage « Manip sur le net » analysait les dérives de la communication sur le web. Aujourd’hui la notoriété dans le monde réel se joue sur les réseaux sociaux et certaines marques, stars de la chanson ou personnalités politiques n’hésitent pas à tricher pour booster leur popularité. Achat de fans, commercialisation de faux followers, liens truqués (voir le cas de Lady GAga accusée d'avoir triché pour augmenter le nombre de vues de sa vidéo YouTube) ou bloggeur "indépendants" transformés en vitrines du web, les tricheries trop fréquentes révèlent une vraie frénésie.

Une étude américaine a comparé les réseaux sociaux à une drogue aussi voire plus tenace que le tabac ou l'alcool. Les résultats montrent que les étudiants, plus touchés par ce phénomène, se disent pour beaucoup incapables de s'empêcher de mettre à jour leur statut. "Certains connaîtraient des symptômes similaires au manque, allant même jusqu'à la crise d'anxiété, voire l'épisode de dépression". La encore un nouveau mot en lien avec les dérives du cyberespace a fait son apparition : la cyber-addiction. (Réseaux sociaux : plus addictifs que l'alcool ou la cigarette ? - www.maxisciences.com).

La  logique cybertarienne qui prône un monde de liberté absolue se révèle donc totalement utopique. En effet, comment une communauté humaine, réelle ou virtuelle, pourrait-elle fonctionner sans lois ? Le témoignage de l'avocat Eric Barbry dans l’émission Envoyé spécial, explique que derrière un blog sponsorisé, il y un acte juridique. C’est un exemple évident qui démontre pourquoi les pouvoirs publics ont le devoir d’intervenir pour régir les relations entre internautes et protéger les libertés individuelles. De quoi remettre en question la genèse du projet cyberespace : un espace d’information et de communication dans lequel la loi et la réglementation ne devaient pas avoir de place.

Manip sur le net
Manip sur le net (Vidéo)

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3 - Une nouvelle relation d’humain à objets

Avec l’avènement des objets connectés, l’intrusion du cyberespace dans la vie de tous les jours est encore plus évidente.  L’arrivée des objets connectés dans notre quotidien risque de brouiller encore plus les frontières du réelle et du virtuelle. "Les objets connectés sont un fantasme devenu réalité pour les consommateurs" (Jouanito, La complémentarité entre réseauxMai 2014). En effet, lorsque les agendas communiqueront avec les radios-réveils et les cafetières de façon à réveiller les individus dans les meilleures conditions, le quotidien aura l’air d’un vieux bon film ou roman de science-fiction.

Qu’est-ce qu’un objet connecté ? Un objet qui communique avec d’autres objets ou avec son utilisateur par l’intermédiaire des smartphones, tablettes, ordinateurs… Lunettes, smart watch, bracelets Jawbone, radio-réveil, tableaux de bord connectés sont déjà commercialisés. Et ce n’est qu’un début. Selon l’étude du cabinet Gartner, plus de 30 milliards d'objets connectés seront utilisés dans le monde en 2020. D’autres études portent le chiffre à 80 milliards. Dans le domaine de la santé, du sport ou des loisirs, les objets connectés permettent de collecter, de stocker et d’échanger des informations sur des terminaux mobiles : tensions, rythme cardiaque, kilomètres parcourus, photos, vidéos…

Dans le milieu professionnel, les objets connectés amélioreront encore les performances et la productivité. Des chaînes de production, des camions et des containers connectés permettront d’optimiser l'approvisionnement, la logistique et d’intervenir rapidement en cas de problème. De nombreux secteurs d’activité vont exploiter les objets connectés pour développer de nouvelles solutions commerciales. L’objet connecté sera bien plus qu’un support publicitaire, il permettra aux annonceurs d’améliorer leur connaissance de l’utilisateur et du contexte d’utilisation pour créer de vrais services à forte valeur ajoutée.

Les objets connectés semblent donc être une aubaine pour l’être humain pour se simplifier la vie. Mais comment gérer cette interopérabilité c’est-à-dire l’interconnexion des réseaux et des objets entre-eux ? Pour être plus riches, plus intéressants et plus interactifs, les objets connectés seront aussi connectés aux réseaux sociaux et pourront donc donner accès à une grande masse de données personnelles permettant de reconstituer la vie d’un individu et de ses proches. Cet immense volume de données correspond à un nouveau domaine technologique appelé "Big Data". Il s'agit de solutions destinées à "offrir un accès en temps réel à des bases de données géantes".

Le risque pour le citoyen, le consommateur est la sécurisation de ces données. Comment faire confiance aux objets connectés et au Big data pour garantir les libertés individuelles ? Un article paru dans le Monde.fr le 9 décembre dernier titrait : "High-tech : les Français toujours plus accros mais aussi de plus en plus méfiants" révélait que les français se montrent de plus en plus préoccupés par la protection des données personnelles. "Ils sont 47 % à être convaincus que quelqu’un ou quelque chose a eu un jour un accès indésirable à leurs données personnelles".

Conclusion

Depuis sa création au début des années 80, le concept utopique du cyberespace est devenu une réalité pour une grande majorité d'individus. Le cyberespace et son flot d’information perpétuel sont aujourd’hui devenus incontournables. Particuliers, sportifs, hommes politiques, associations, administrations, marques etc., toute entité terrestre se doit d’avoir une existence dans cet univers virtuel pour exister et impacter le monde réel.

Pour les fondateurs, le cyberespace devait être un espace de libre échange intellectuel et économique, libéré des règles et des contraintes de la vie réelle. Malheureusement, la puissance du média a attisé la convoitise des gouvernements, des actionnaires mais aussi celle des délinquants. Les enjeux, les intérêts et les abus ont perverti le projet initial. En effet, les frontières deviennent de plus en plus floues. Les deux mondes s’entremêlent, les principes fondamentaux et les modèles économiques ont dû s’apprivoiser pour coexister.

L'avènement des objets connectés est la prochaine étape cruciale. Alex Pang, de l’Institut pour le Futur explique que : “les chercheurs et les designers créent une nouvelle génération d’objets et d’interfaces qui ne monopolisent plus notre attention, mais surfent à la limite de notre conscience. Nous n’avons plus à choisir entre le cyberespace et le monde réel, nous avons constamment accès au premier tout en étant partie intégrante du second. A cause de cette perspective, l’idée d’un cyberespace séparé du monde réel s’effondre”.

Ainsi, à travers les objets interconnectés et le Big Data, des robots capables de prendre des décisions pourront tout savoir sur nous, même ce que l’on ignore encore. Les progrès technologiques vertigineux vont simplifier la vie au détriment certainement des libertés individuelles. Ne peut-on pas imaginer à terme que le monde soit gouverné par des machines ? Les objets connectés ne sont plus de la science-fiction. La question est de savoir s’il faut les adopter, les craindre ou les boycotter ?

 
 

Notes de lecture

Les objets connectés : notre futur serein ou restreint ?

Déclaration d'indépendance du cyberespace

Envoyé spécial : « Manip sur le net »

Le 7eme continent