Chargement en cours

Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Tweet de @TheePharoah
Tweet de @TheePharoah

L'usage des médias sociaux dans les événements politiques

En quoi les médias sociaux s’inscrivent comme arme politique pour rassembler et mobiliser ?

Céline Berment, Céline Pelcot, Magali Pichot
Véritable bouillon d’informations et outil de rassemblement, les médias sociaux et en particulier les réseaux sociaux Facebook et Twitter sont désormais utilisés en politique. En effet, les électeurs sont désormais sollicités sur un terrain numérique ou manifester leurs pensées devient plus facile et où ils peuvent trouver d’autres citoyens partageant leurs opinions. Mais, n’est pas community-manager qui veut, mauvaises formulations, réactions inappropriées et publications inadaptées ne sont donc pas rares. De plus, l’humour étant l’un d’un facteur clé permettant de diffuser une publication, les détournements se multiplient. Créateurs d’actualités, les médias sociaux vont-ils parvenir à créer des mouvements durables ? Nous dirigeons nous vers une disparition progressive de la place publique? De cet instant où tout le monde se réuni pour s'intéresser aux mêmes choses, où les personnes responsables de la diffusion de l’information sont identifiées et en nombre limité.
(déposé le 2014-12-11 16:08:44)

L’usage des médias sociaux dans les événements politiques

Introduction

Depuis quelques années la nature de l’exercice politique a évoluée. Télévision, affichage, radio, presse… ces médias sont sans cesse sollicités par les politiciens. Mais aujourd’hui, Internet et ses médias sociaux sont de plus en plus prisés dans l’univers politique.

Toucher les citoyens, améliorer son image, posséder un excellent outil de prise de parole sont autant de raisons pour les politiciens d’agir sur les médias sociaux.

La classe politique a alors bien compris qu’Internet et le web social sont des éléments majeurs à prendre en considération dans leur exercice politique.

Le numérique et les médias sociaux sont partout : 68% des français sont inscrits sur un réseau social et 42% sont des utilisateurs actifs de Facebook (Selon les statistiques sur réseaux sociaux du Blog du modérateur). Les médias sociaux se présentent alors comme un nouveau canal d’expression pour les citoyens, qui n’hésitent plus à lancer le débat, à manifester leurs opinions, leur soutiens ou mécontentement sur ceux-ci.  

Cette ouverture du monde politique au numérique nous amène alors à nous demander en quoi les médias sociaux s’inscrivent comme arme politique pour rassembler et mobiliser ?



I- Les médias sociaux : Un outil de prise de parole pour les politiciens…

Depuis quelques années, les élus politiques ont compris que leur exercice politique ne se jouait plus seulement sur les médias traditionnels. Le web et les réseaux sociaux sont devenus des outils majeurs de prise de parole.

    A- Les médias sociaux et la politique : une stratégie gagnante ?  

        1/ Les enjeux du web social dans l’exercice politique

Désormais, les politiciens opèrent une communication mutlicanale. Publications sur Facebook, Tweets, photos sur Instagram ou encore vidéos sur Youtube se sont greffés aux traditionnels communiqués de presse et meetings politiques.  

En effet, être présent sur les réseaux sociaux permet aux politiques d’être accessible et proche des citoyens. Il est évident qu’annoncer ses déplacements sur Twitter ou montrer la préparation de son futur meeting sur Instagram permet de se rapprocher de son électorat et surtout de garder contact avec lui. C’est un véritable outil de fidélisation et de création de sentiment d’appartenance chez les citoyens.

Photo instagram de Nicolas sarkozy - 21 Octobre 2014

Photo instagram de Nicolas sarkozy - 21 Octobre 2014

“Avec les lecteurs du groupe Nice Matin, un beau moment de dialogue #Nice”
http://instagram.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

“Avec les lecteurs du groupe Nice Matin, un beau moment de dialogue #Nice”

Les médias sociaux permettent également de pouvoir toucher une cible, qui est de nos jours beaucoup plus difficile à apprivoiser par la sphère politique : les jeunes [15-25 ans].

En 2012, 83% des jeunes, âgés de moins de 25 ans sont inscrits à un réseau social (Selon une étude de Statec sur l’utilisation des TIC par les particuliers). Les médias sociaux font partie intégrante de l’univers des jeunes. Il est alors plus simple d’attirer leur attention dans le domaine de la politique car ils seront plus réceptifs aux messages diffusés sur ce type de média.

Aujourd’hui il paraît alors indispensable pour un politicien d’être présent sur les médias sociaux, notamment pour son image. En effet, cela fait “moderne” et ne pas y être actifs peut lui être défavorable. Un élu politique non présent sur les réseaux sociaux sera invisible et passera pour un “outsider” voir même un “has been”.   

Outre un outil de parole, les médias sociaux peuvent être source d’information pour les politiciens. Cela leur permet d’avoir des réactions, des points de vue de la part des citoyens internautes. Ils sont ainsi au plus proche de la population et peuvent aborder au mieux les sollicitations de celle-ci.

De même, le monde politique est rythmé par la concurrence entre les candidats des différents partis et les médias sociaux peuvent alors être des outils de veille pour voir et surveiller ce que fait son concurrent.

Les médias sociaux se présentent alors comme un outil de dialogue et de partage d’idées pour les personnalités politiques et leur public.

Le débat politique revit sur les réseaux sociaux
Le débat politique revit sur les réseaux sociaux (Vidéo)

Vidéo

Pour beaucoup, la politique rime avec ennui. En moyenne, un citoyen suisse sur deux exerce son droit de vote. Pourtant, sur les réseaux sociaux ou les blogs, de plus en plus d'internautes s'empoignent autour des thèmes de l'actualité politique.

2/ L’exemple de Barack Obama : un tournant pour les médias sociaux en politique.

Barack Obama a bien compris ces enjeux. Le président des États-Unis a parfaitement mené sa campagne politique de 2008 sur le terrain, mais aussi et surtout sur les médias sociaux.

Sa première campagne présidentielle a été rythmée par de nombreux messages, photos, graphiques et vidéos reprenant les principaux axes de sa politique. Être présent sur les réseaux sociaux fut alors une véritable stratégie pour conquérir ses électeurs cela a été l’un des facteurs de sa réussite aux présidentielles de 2008. Selon Zach Green, consultant en réseaux sociaux des politiques américains : «On assiste à la première vraie présidentielle sur les réseaux sociaux».

Photo du président pour annoncer sa réélection en 2012.

Photo du président pour annoncer sa réélection en 2012.

"Four more years". Une phrase simple et efficace pour annoncer sur le réseau social Twitter la réélection de Barack Obama.
http://twitter.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Cette photo aura été la photo la plus aimée depuis la créa­tion de Face­book avec 2,1 mil­lions de « j’aime » et le post le plus par­tagé de l’existence de Twit­ter avec plus de 420 000 ret­weets en deux heures. (Selon le Figaro, dans son article : Obama rééelu : l’événement le plus tweeté de l’histoire).

Mais, l’utilisation des médias sociaux pour Barack Obama ne s’arrête pas seulement à son exercice politique. Ses différents profils et comptes sont alimentés quotidiennement. On peut alors y retrouver des photos décontractées du président, des vidéos de lui accompagné de ses proches lors de moments de loisirs ou encore des images de lui avec sa famille.

Barack Obama et ses deux filles

Barack Obama et ses deux filles

Cette photographie nous montre Barack Obama et ses deux filles installés devant la télévision.

Barack Obama est devenu une véritable personnalité politique, une “star”. Il a réussi à fédérer des millions de personnes à la fois aux USA mais aussi dans le monde entier.

C’est un homme politique très actif sur le web social : il possède près de 15 réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Myspace, Tumblr, Spotify…), on compte plus de 12 000 tweets sur son compte Twitter et des milliers de vidéos ont été publiées sur la chaîne officielle Youtube de la Maison Blanche.

Barack Obama est aujourd’hui à 43 321 553 fans sur Facebook et plus de 48 millions d’abonnés sur Twitter.


B- Une nouvelle manière de communiquer

1/ Un outil d’organisation et de mobilisation

Aujourd’hui smartphone, ordinateur portable ou tablette ont remplacé le traditionnel agenda.

Les médias sociaux sont devenus des outils d’organisation et de mobilisation par le monde politique.

Pour communiquer sur leurs activités, les élus peuvent passer désormais par les médias sociaux. Par exemple, pour inviter les citoyens à leurs différents événements, les élus peuvent envoyer des invitations sur Facebook. Avec l’outil de création d’événements, on peut alors en un simple clic et un simple message diffuser de manière rapide et immédiate son invitation auprès du public.

De plus, la diffusion du message est multipliée : le citoyen internaute peut recevoir son invitation sur sa page Facebook avec une notification, ainsi qu’un mail et parfois même une autre notification sur son smartphone.

Les différentes activités des politiciens sont alors amplifiées et les médias sociaux deviennent un relais d’information.

        2/ Une information dynamique

Comme on peut le voir, Internet et ses médias sociaux sont très importants dans la politique. Écoute, prise de parole, création d’une communauté, rapprochement, analyse… autant de raison qui font des réseaux sociaux un outil majeur dans la communication des politiciens.

Les réseaux sociaux permettent aux politiciens de s’exprimer à chaque instant sans qu’une interview soit programmée. Ainsi, des réactions spontanées et parfois peu réfléchies sont visibles sur le web. Cependant, c’est cette spontanéité que recherchent les internautes. En effet, ils sont informés de l’actualité presque instantanément ce qui leur permet de réagir aussitôt à des faits politiques ou plus divers. Ils se sentent impliqués dans la vie politique. Les politiciens quant à eux profitent de cet afflux de personnes sur leurs réseaux pour diffuser des messages importants pour leur stratégie de communication.

Le réseau social Twitter est particulièrement utilisé pour cette communication spontanée car il permet de faire passer un message plus ou moins ambiguë en un clic.


Municipales : les avantages et les limites des réseaux sociaux pour les candidats
Municipales : les avantages et les limites des réseaux sociaux pour les candidats (Vidéo)

Vidéo

Depuis quelques années, les réseaux sociaux sont devenus un moyen de communication privilégié pour les hommes et les femmes politiques. Sont-ils pour autant incontournables aujourd'hui pour les candidats ? Dans les grandes villes peut-être plus que dans les campagnes. En tout cas certains candidats y croient, et sont bien présents sur la toile.
Licence : YouTube Standard Licence
Source : youtube.com

 

II- … Mais aussi pour les citoyens

    A- Quand les citoyens manifestent leurs soutiens

        1/ Un nouvel échange entre l’homme politique et les internautes

Comme nous l’avons vu précédemment, il est désormais devenu indispensable pour les politiciens d’êtres présents sur les  médias sociaux. D’une part car ils constituent un moyen de toucher les électeurs et futurs électeurs dans leurs sphères “privées” et ce de manière instantanée, mais aussi et surtout parce que c’est sur ce type de média que les citoyens vont exprimer leurs opinions, qu’elles soient positives ou non.

Les médias sociaux constituent un merveilleux outil de prise de parole pour la population qui peut désormais très simplement et gratuitement s’exprimer de multiples façons.

D’une part, grâce aux réseaux sociaux aimer, partager, retweeter, commenter les messages publiés par les politiciens et ainsi véritablement manifester leurs opinions et ce de manière instantanée, chose qui n’était pas aussi simple avant puisque les médias classiques (journaux, télévisions, radios ... ne sont pas accessibles à tous.

Les internautes ont donc le sentiment de participer aux actions entreprises par les politiciens qu’ils soutiennent ce qui renforce fortement leur sentiment d’appartenance à un même parti uni et soudé.

Prenons l’exemple d’un homme politique très médiatisé, l’ex président de la république française, Nicolas Sarkozy.

Sur sa Fan Page Facebook (https://www.facebook.com/nicolassarkozy?fref=ts), il poste des messages à caractère formel, mais aussi et surtout des messages ayant pour but de faire réagir les sociaunautes présents sur cette dernière.

Page Facebook de Nicolas Sarkozy

Page Facebook de Nicolas Sarkozy

Capture d'écran de la Fan Page de Nicolas Sarkozy
http://www.facebook.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Dans ce post, il incite les internautes à s’inscrire à sa prochaine réunion publique. Il obtient ainsi une approximation rapide et gratuite du nombre de participants. De même, il devient aisé d’obtenir une idée de l’impact d’un message via le nombre de mentions j’aime ainsi que via le nombre de retweet par exemple.

Dans un second temps, les internautes peuvent aussi rechercher des personnes partageant les mêmes opinions.

Prenons le média Facebook, ce réseau social permet aux internautes de créer gratuitement des “Fan Pages”, c’est à dire des pages thématiques ayant pour but de rassembler les ‘fans” d’un même sujet en une communauté. Au sein de ces communautés, les administrateurs (les créateurs de la page, qui ont notamment la capacité de publié en son nom) peuvent partager leurs idées avec les autres membres venus les rejoindre. Une fois rassemblés, les sociaunautes obtiennent donc une voix plus importante et l’impact de leur message est décuplé.

Autre média, Twitter. Cette plateforme de micro-blogging offre aux sociaunautes qui en sont membres la possibilité de faire des recherches thématiques via les hashtags, ces mots précédés d’un “#” visant à rassembler les tweets traitants d’un même sujet.

C’est ainsi qu’on émergés différents mouvements d'oppositions, notamment contre l’ancien dirigeant du FMI Dominique Strauss-Kahn lors de l’affaire l’opposant à Nafissatou Diallo. En voici un exemple avec le groupe “Comité de soutien à la présumée victime” apparu peu après les faits.

2/ Facebook et Twitter : deux outils de prise de parole

Parmi les nombreux médias sociaux, deux se distinguent. Tout d’abord, Facebook, leader incontesté du monde des réseaux sociaux avec 1,35milliard d’utilisateurs selon www.alexistauzin.com. Il permet l’interaction entre les individus via des publications, des identifications au sein de ces dernières, des commentaires, des messages privés, la création d’évènements, le partage de publications etc …

Pour que des publications apparaissent dans le “fil d’actualité” de l’internaute, il faudra donc qu’il ait l’auteur des dites publications “en ami”, c’est à dire dans ses contacts, ou bien qu’il ait réalisé la démarche d’aimer la page responsable de ces publications.

Cependant, Facebook est concurrencé depuis plusieurs années par une plateforme de micro-blogging au succès grandissant : Twitter !

284 millions d’inscrits en novembre 2014 selon www.alexistauzin.com, Twitter est devenu une véritable mine d’informations,  aussi bien pour des internautes lambdas que pour les journalistes eux-mêmes. Il n’est donc pas rare de voir émerger des informations exclusives sur ce média. Ce fut notamment le cas lors de l’affaire Ferguson que nous développerons plus amplement par la suite. Grâce à cet outil, les internautes ont la possibilité de rédiger de courtes publications (140 caractères maximum) associées à un ou plusieurs sujets via les hashtags qui permettent de classer la multitude de tweets envoyés par catégories. Twitter s’inscrit alors comme un média chaud, où l’information est brève et instantanée.

Ces deux réseaux utilisent donc deux algorithmes de publications différents.

B- Quand les citoyens prennent le pouvoir

1/ Manifestations, revendications et influence

Nous avons vu qu’à travers les médias sociaux, les internautes pouvaient exprimer leurs accords et leurs soutiens, mais il en va de même pour leurs désaccords et leurs oppositions. En effet, contrairement au médias classiques où seule une partie bien définie de la population peu s’exprimer (les journalistes, les hommes politiques, les personnalités influentes etc …), les médias sociaux offrent un pouvoir de parole à l’ensemble de la population. De véritables leaders d’oppositions sont de cette façon apparus à travers la toile, qu’ils disposent d’un blog, d’une chaîne YouTube, ou bien d’un autre compte lui permettant de s'exprimer librement et surtout d’être entendu. Ainsi, l’ensemble des citoyens peuvent manifester leurs désaccords avec le pouvoir en place par exemple.

Nous pouvons ici prendre pour premier exemple la Fan-Page Facebook du mouvement d’opposition au président François Hollande “Les Sans-Dents”.

Page Facebook des

Page Facebook des "Sans-Dents"

Page Facebook des "Sans-Dents".
https://www.facebook.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Apparu peu après la publication du livre de l’ancienne compagne du chef de l’état, Valerie Trierweler. En effet, dans son ouvrage Merci pour ce moment, cette dernière fait référence à une expression que son ancien conjoint utiliserait pour désigner les personnes issues de la casse populaire : “Les sans-dents”. Dès lors, choqués par de tels propos, des milliers de français se sont rassemblés sur cette page afin d’exposer leur mécontentement et leur indignation. Le nombre de mention “j’aime” sur cette page a été tellement important ( 46 278 mentions j’aime le 26 octobre 2014) qu’elle a même servit de point de départ à plusieurs manifestations. Elles ont été orchestrées via la rubrique “Facebook events”, c’est à dire la fonctionnalité facebook qui permet aux utilisateurs de créer des évènements. Voici l’exemple de la manifestation des “sans-dents” de Nice administrée via un événement Facebook :

Événement Facebook: Rassemblement des “Sans-Dents” de Nice

Événement Facebook: Rassemblement des “Sans-Dents” de Nice

Événement créé sur le réseau social Facebook organisant un rassemblement des "Sans-Dents" à Nice
http://www.facebook.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Ce mouvement dispose également d’un site internet extrêmement épuré (il ne dispose que d’une seule page) et dont les fonctions principales sont d’être présent sur le web et de renvoyer vers les réseaux sociaux associés à ce mouvement à savoir la Fan page déjà évoquée et le compte Twitter suivant :

Compte Twitter des “Sans-Dents”

Compte Twitter des “Sans-Dents”

Compte Twitter créé afin de rassembler les "Sans-Dents".
http://twitter.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Ainsi, pour ce mouvement, les réseaux sociaux sont devenus bien plus importants que le site internet classique puisqu’ils permettent aux internautes, c’est à dire aux membres de la communautés des “Sans-Dents” d'interagir entre eux et d’échanger leurs idées via les statuts et les commentaires, ce que ne permettent pas les sites web.

Facebook devient donc un outil d’expression mais aussi et surtout un outil de rassemblement permettant aux internautes de manifester leurs soutiens comme leurs oppositions.


        2/ L’exemple de Ferguson

Mais Facebook n’est pas toujours l’outil d’expression privilégié par les internautes, Twitter est aussi très prisé par les internautes.

Prenons l’exemple de l’affaire Ferguson. Aux Etast-Unis, plus précisément dans le Missouri dans la ville de Ferguson, un jeune garçon de 18 ans de couleur noire nommé Michael Brown à été abattu de neuf balles dans le corps par un policier blanc alors qu’il n’était pas armé. Les version des témoins divergent de celles de la police locale qui a d’abord assurée que l’adolescent aurait tenté de s’emparer de l’arme de l’un des agents.

A peine l’accident était-il survenu qu’un premier tweet avait déja fait son apparition, celui du rappeur Thee Pharoah.

Tweet de @TheePharoah

Tweet de @TheePharoah

Le premier tweet ayant pour thème la mort du jeune adolescent à Ferguson.

Très vite suivit de nombreux autres tweets reprenant le hashtag #Ferguson. Ainsi, comme le précise Mathieur Dejean dans son article “Ce que nous dit #Ferguson du rôle des réseaux sociaux dans le cycle de l’information” publié sur le site Slate.fr (cf fiche de lecture) “«Ferguson est devenu #Ferguson». La plateforme de micro-blogging a transformé une bavure policière étouffée par les médias classiques en un évènement médiatique incontournable.

Suite à cette affaire, un autre mouvement a même fait son apparition. En effet, peu de temps après le décès du jeune garçon, de nombreux internautes se sont mobilisés en publiant un tweet regroupant deux photos, l’une les montrant de manière formelle et professionnelle et l’autre sous un aspect beaucoup plus sombre, adoptant un style “streetwear” et souvent en train de fumer. Ces tweet sont accompagnés d’un hashtag #IfTheyGunnedMeDown. En voici quelques exemples

Tweet de @DevinDinero

Tweet de @DevinDinero

Captures d’écrans de tweets repranant le hashtag #IfTheyGunnedMeDown.
http://rebloggy.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Tweet de @King_Ghidorah5

Tweet de @King_Ghidorah5

Captures d’écrans de tweets repranant le hashtag #IfTheyGunnedMeDown
http://rebloggy.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

 

Ce mouvement avait pour but de dénoncer la façon dont les médias peuvent déformer certaines situations en utilisant des images qui n’ont pas de liens direct avec l’affaire dont il est question.

Cette affaire a été occulté des médias classiques mais aussi de Facebook. La raison ? L’algorithme de facebook place les actualités et les informations concernant nos “amis” au sommet de notre fil d’actualité, ainsi, celui-ci ne contient que les publications des pages que nous avons pu aimer et celle de nos contacts. Sur Twitter, contrairement à Facebook, les publications ont toutes le même poids et sont classées en fonction de leurs date de publication. Ce média peut donc être qualifié de média chaud et de création immédiate. De même, Twitter permet l’effet “boule de neige” via l’ajout de hashtags (servant à classer les publications selon leurs thèmes) et via les retweets. Suite à cette affaire, le réseau Twitter avait été surnommé “Black Twitter”.

III- Un média à utiliser avec précautions

Comme nous l’avons vu précédemment, les réseaux sociaux sont des outils de communication efficaces et accessibles à tous. Cependant, ils sont à manier avec précaution. De nombreuses erreurs et  dérives sont commises par les politiciens (et/ou leur entourage) ainsi que par les citoyens.


    A- Une communication qui doit progresser

La gestion de la communication sur les réseaux sociaux n’est pas encore le point fort de nos responsables politiques français. Réactions non maîtrisées, contenu non adapté ou informations inutiles, nos élus politiques ont encore des choses à apprendre.

1/ La conquête des médias sociaux : Un parcours semé d’embûches


Le grand public les utilise afin de partager ses expériences, ses souvenirs, ses opinions, ses convictions où plus simplement pour garder contact avec ses proches.

Les politiciens français essaient de s’adapter et de s’approprier ces derniers. Mais, ils n’ont pas encore une utilisation maîtrisée de ceux ci et ce trouve confronté à des obstacles.

Tout d’abord, ils doivent faire face à un obstacle conséquent: les coûts.

En France, les dépenses consacrées à la campagne présidentielle sont plafonnées selon un décret à 16,851 millions d’euros pour les candidats au premier tour et à 21,509 millions pour ceux du second tour. Alors qu’aux États-Unis, ces mêmes dépenses ne sont pas limitées. C’est ainsi que pour sa campagne de 2008, Barack Obama a récolté plus d’un demi milliard de dollars en ligne. 3,5 millions ont été injecté dans Google Search pour du référencement et 550 000 dans les réseaux sociaux. Il semble alors plus difficile d’opérer une communication d’envergure sur le web social pour les candidats français en vue de leurs moyens.

De plus, les coûts ne sont pas le seul obstacle auquel ils doivent faire face. En effet, outre le budget alloué, les techniques d’utilisations divergent elles aussi. Ils ne se servent pas des médias sociaux de la même manière que leurs confrères outre-atlantique.


La culture politique française est différente de celle des États-Unis. Il est vrai que même si des similitudes existent, le ton employé y est bien souvent plus fédérateur, alors qu’en France, l’ironie et la critique sont plus souvent utilisés afin de réunir contre certaines entités. Une différence de perception qui porte parfois préjudice aux politiques français.

Autre raison qui peut expliquer le manque d’impact de la communication sur les médias sociaux des politiciens est leur manque de confiance en ceux ci. Ils leur reprochent de colporter la rumeur et de ne pas avoir assez de contrôle dessus. Ils hésitent alors à agir sur le web social et freine alors leur communication.

Facebook, Twitter... Pourquoi les politiques n'aiment pas les reseaux sociaux ?
Facebook, Twitter... Pourquoi les politiques n'aiment pas les reseaux sociaux ? (Vidéo)

Vidéo

Les hommes politiques, bien que parfois actifs sur les réseaux sociaux, restent également très septiques les concernant. C'est en effet l'outil rêvé des propagateurs de rumeurs...
DECIDEURSTV
Licence : YouTube Standard Licence
Source : Youtube

2/ Un média qui demande rigueur et exigence

La communication sur les réseaux sociaux est particulière : précision, contrôle et empathie sont à mettre en oeuvre.

Chaque contenu posté en ligne est susceptible de susciter un buzz, cependant, celui-ci peut aussi bien être positif que négatif, dans ce cas on parlera de bad buzz.

Pour éviter cela et pour que les stratégies de communication des politiciens leur soient profitables, il est indispensable de respecter quelques règles fondamentales. En effet, l’intonation (via la ponctuation et les verbes utilisés), le réseau sélectionné, les illustrations, les hashtags choisis et même l’heure de publication sont autant de variables qui doivent êtres prises en compte par toute personne souhaitant s’exprimer publiquement sur les réseaux sociaux.

Étant amené à utiliser ces moyens de communications, les politiciens font alors appel à des community-managers qui se chargent de leurs campagnes électorales tout en préservant leurs images de marque.

Par exemple, une des techniques qui est très courantes pour montrer que l’on a de nombreux supporters est l’achat de fans et de followers.

En effet pour paraître plus influent sur le web social, les hommes et femmes politiques n’hésitent pas à utiliser cette pratique.

Ainsi Marine Le Pen aurait plus de 300.000 faux abonnés, Mélenchon 227.000  et Fillon près de 151.000…(selon l‘article http://iletaitunepub.fr/2014/10/28/les-faux-abonnes-twitter-personnalites-politiques-en-france/)

Les faux abonnés Twitter des personnalités politiques en France

Les faux abonnés Twitter des personnalités politiques en France

Graphique du nombre de faux abonnés sur le réseau social Twitter des personnalités politiques en France.
http://iletaitunepub.fr
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Manipulations politiques dans les réseaux sociaux
Manipulations politiques dans les réseaux sociaux (Vidéo)

Vidéo

Extrait d'un reportage de la télévision suisse intitulé fort justement " Facebook, mensonges et politique "
Licence : YouTube Standard Licence
Source : youtube.com

B-  Les médias sociaux ne sont pas dépourvus de dangers

1/ Les dangers des médias sociaux

Les politiques cherchent sans cesse à capter l’attention des électeurs et des médias mais cela peut leur porter défaut. En effet, caricatures, détournements, mauvaises interprétations, etc. apparaissent sur la toile.

Cette nouvelle utilisation d’Internet dans la communication des professionnels de la politique se développe de jours en jours puisque les utilisateurs sont de plus en plus nombreux.

Manipuler les réseaux sociaux est une pratique accessible à tous mais nécessitant tout de même une réflexion. En effet, la pratique de cette activité (la gestion de communauté) est d’ailleurs devenue un secteur professionnel à part entière. C’est le rôle du community-manager et n’est pas community-manager qui veut …

Sur les médias sociaux, en particulier Facebook, l’humour est un des aspects à prendre en compte si l’on souhaite que le contenu diffusé soit vu et surtout repris et partagé !

Dans notre contexte politique d’aujourd’hui, où les citoyens sont lassés et déçus des décisions politiques françaises, chaque propos et contenu mis en ligne peut très vite être transformé par les internautes pour dénigrer et critiquer. Ce fut notamment le cas avec la campagne de Nicolas Sarkoy “La France Forte” qui a été reprise et detournée de multiples façons sur la toile.

Exemple du détournement de la campagne de Sarkozy “La France forte”

Exemple du détournement de la campagne de Sarkozy “La France forte”

Parodie du slogan de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2012.
http://www.vivelapub.fr
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Malgré les efforts des conseillés en communication de François Hollande, sa cote de popularité n'atteint que 13% selon les derniers sondages du baromètre TNS Sofres pour le Figaro Magazine. En effet, l’émergence grandissante des moyens d’informations favorise une concurrence accrue de l’information, et donc une surenchère permanente qui les a fait s’orienter vers une zone grise où les frontières de la vie privée sont parfois franchies.

2/ Les dérives et mauvaises interprétations: exemple de Valérie Trierweiller

Tweet de Valérie Trierweiller

Tweet de Valérie Trierweiller

Tweet maladroit de Valérie Trierweiller dans lequel elle apporte son sontien à Olivier Falorni.
http://twitter.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Ce que beaucoup de politiciens n’ont pas compris, c’est que leurs statuts de personnalités politiques sont  associés à une certaine notoriété qui les suis également sur les médias sociaux. Ainsi, les internautes, lorsqu’ils consultent leurs profils, ont certaines attentes concernant le type, les formulations et les sujets de leurs publications. Ces dernières seront d’ailleurs décortiquées et analysées par les journalistes de la même façon que leurs déclarations classiques (communiqués de presse, interviews etc).

La publication récente du livre de Valérie Trierweiller ne peut qu’affecter l’image de marque de François Hollande qui, jusqu’alors, avait gardé une image personnelle relativement bonne: sympathique, intègre et proche des gens.

À titre d'exemple et comme nous l’avons vu précédemment, on y apprend notamment que François Hollande surnomme les gens pauvres «les sans-dents»...

En racontant les meilleures anecdotes de la vie intime du président de la République, ce livre dont on parle déjà en continu sur tous les plateaux de télévision contribue à faire s'épanouir l'image d'une politique nationale réduite au people, ce qu'il est possible de regretter mais qui s'explique par le fait que la politique se nourrit d'irrationnel et d'affect.

François Hollande est en fait la première victime du storytelling (le fait de raconter une histoire à des fins de communication). Faute d'avoir su écrire son histoire ou s'inscrire dans une histoire, les médias l'écrivent quotidiennement à sa place.

Conclusion

Les médias sociaux ont permis un changement dans la relation des élus politiques avec leurs publics. Nos élus y trouvent un excellent outil de communication et les citoyens un outil de prise de parole et de débat efficace.

Véritable bouillon d’informations, les médias sociaux mettent en lumière des évènements occultés des médias classiques tout en rapprochant les individus et en les invitant à manifester leurs opinions. Ils font apparaître une variable inexistante au sein des médias traditionnels : l’opinion publique.

Malgré tout, erreurs, mauvaises interprétations ou dérives peuvent venir entraver la communication des hommes et femmes politique sur les médias sociaux.

Si il est vrai que les médias sociaux permettent un échange nouveau entre les élus politiques et les citoyens, leur efficacité reste alors limitée et aléatoire.

Nous pouvons maintenant nous demander comment va se former l’équilibre entre médias traditionnels et médias sociaux, cette multiplication des informateurs et relayeurs d’informations va t-elle décrédibiliser les sources classiques (télévision, journaux …) qui ont d’ores et déjà souffert du succès médias alternatifs ? Enfin, sachant que les journalistes trouvent maintenant certaines de leurs informations sur les réseaux sociaux, jusqu’où vont se combiner ces deux types de médias que tout semble opposer mais réunis autour d’une même thématique : l’information.

 
 

Notes de lecture

A Ferguson, les réseaux sociaux redonnent une voix à une communauté qui se sent méprisée

Les réseaux sociaux au coeur de l'exercice politique

A Ferguson, le chef de la police présente (enfin) ses excuses pour la mort de Michael Brown

Ce que nous dit #Ferguson du rôle des réseaux sociaux dans le cycle de l’information

Politique et médias sociaux: vers des stratégies de marques ?

Ferguson : Comment les réseaux sociaux ont attiré l’attention du monde ?

Responsables politiques et réseaux sociaux : un douloureux apprentissage

Les politiques et les réseaux sociaux : Facebook va-t-il tuer les médias traditionnels ?

Les réseaux sociaux, nouveaux médias d’information ?

Les réseaux sociaux et l’échange entre l’homme politique et les internautes : le cas de Facebook après les élections présidentielles en France