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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

marketing viral Croix Rouge
marketing viral Croix Rouge

Image sur internet : viralité et vie privée.

Alexandre Guérin, Noria Bencella, Bertrand Bellair, Hélène Unbekandt (Licence professionnelle ATC Webmestre))
Qu'est-ce que la viralité sur internet ? Comment infecte-t-elle la sphère privée ? Pourquoi les images privées peuvent-elles devenir virales ? Où en est la législation ? Est-elle en mesure d'élaborer un vaccin qui protégerait notre vie privée ? Telles sont les questions soulevées dans cette note de synthèse et auxquelles nous tentons de répondre. L'objectif : prendre du recul et comprendre les rouages d’un processus en s’interrogeant sur son but et ses instigateurs pour devenir critique et alerte. Être conscient, être immunisé.
(déposé le 2013-12-12 14:13:45)

Image sur internet : viralité et vie privée

Introduction

Avec l'émergence des réseaux sociaux et la progression des produits high-tech, la frontière entre vie privée et vie publique s'amoindrit. En effet, les smartphones possèdent tous un appareil photo et une fonctionnalité de partage, fonctionnalité qui se retrouve désormais sur les appareils photo numériques. Il est donc plus aisé de partager sa vie sur internet. Or, publier une image sur le web, c'est s'exposer à une éventuelle viralité et, de ce fait, à certaines conséquences.

Nous pouvons nous demander quels sont les dangers et les bénéfices de la viralité sur la vie privée.

Tout d'abord nous proposerons une définition de la viralité, aussi appelée buzz, en faisant une analogie avec la médecine. Puis, nous tenterons de comprendre pourquoi il existe un tel besoin de la mise en scène de soi, les dégâts qui peuvent en découler et les bénéfices que certaines personnes ont su y déceler.

I - Description et analyse de la viralité sur internet

Pour définir ce que peut-être la viralité sur internet, interrogeons-nous, dans un premier temps, sur ce que son analogie médicale peut nous apprendre. Une fois le principe de fonctionnement biologique acquis, celui-ci nous permettra de transposer et de comprendre sa signification et son emploi dans le domaine de la communication.

1 - Analogie médicale

La viralité implique l’idée de contagion. En épidémiologie, cette contagion vise à propager un matériel infectieux entre divers sujets contemporains. Dès lors, nous allons examiner en détail les trois éléments suivants, l’agent infectieux, les sujets et la propagation.

a. L’agent infectieux

Il s’agit d’un agent biologique responsable d’une maladie infectieuse. Il est le moteur de l’infection. Son but n’est autre que celui d’exister et de survivre en se multipliant à travers des sujets hôtes. Il peut être classé selon son type, bactérie, virus.

Pour notre réflexion, c’est le type du virus qui va nous intéresser. En effet, il a obligatoirement besoin d’une cellule hôte pour survivre, se multiplier et se déplacer. De fait, c’est le sujet infecté qui le rend actif et contagieux.

Il peut également être classé selon son groupe infectieux, pathogène ou non, et d'un niveau de contagiosité faible à élevé.

b. Les sujets

N’étant que vecteur hôte du virus, les sujets ne font que subir la présence de ce dernier. Ils peuvent être classés selon trois états :

  • Le sujet contaminé et contagieux touché par l’agent infectieux ;
  • Le sujet sain car non entré en contact avec l’agent infectieux ;
  • Le porteur sain touché par l’agent infectieux mais qui est immunisé aux effets du virus.

c. La propagation

La propagation détermine comment le virus va entrer en contact avec le sujet et quelle en sera l’ampleur. Elle peut-être classée selon : son type (direct, indirect), sa voie d’admission, son mode de diffusion (épidémie).

Retenons donc que c’est l’agent viral qui est l’auteur et l’acteur de l’infection. Son but est de se multiplier quoi qu’il arrive pour survivre. Mais cet agent a obligatoirement besoin d’un sujet infecté pour rendre active sa propagation, faute de quoi il meurt.

2 - Viralité sur internet

Transposons maintenant ce fonctionnement à la viralité sur internet en adaptant toutefois certains points pour dépasser l’analogie biologique. Notons que contrairement à la viralité médicale où l’agent viral détermine le but de l’infection, pour la viralité sur le web c’est le sujet dernièrement infecté qui donnera un nouveau sens à la propagation au moment où il choisira de partager l’élément viral. Le sujet devient l’acteur et la viralité ne sera bonne ou mauvaise qu’en fonction du but qui aura motivé sa contagion.

Examinons maintenant les trois éléments de la viralité, le contenu viral, les internautes et la propagation.

a. Le contenu viral initial

Sur le web, l’agent infectieux devient un contenu viral. Créé par un auteur, il a toujours un but propre au moment de sa mise ligne. Cependant le contenu sera retransmis tel quel ou modifié pendant sa propagation, le but initial souhaité par l’auteur aura toutes les chances d’être réinterprété et changé en fonction de l’envie de l’internaute qui repartagera l’élément.

Le contenu viral peut être classer selon :

Son type : Images, vidéos, articles, Tweet, slogans.

Pour cette note de synthèse, les deux types que nous allons retenir seront les images et les vidéos.

Son but : marketing commercial/marketing undercover, caritatif, personnel et gratuit, détournement/réappropriation récréative.

Son étendue virale :

  • Groupe 1 : Auteur seul.     
  • Groupe 2 : Auteur, son cercle privé + les premiers relais de tendances (tastemakers).     
  • Groupe 3 : Cercles de communautés actives.     
  • Groupe 4 : Médias + Ensemble de la population (M. et Mme Tout le monde).

Exemples :

- Gangnam style (Type vidéo / But marketing et commercial / Groupe 4)

Gangnam style
Gangnam style (Vidéo)

Vidéo

Psy
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- Agence gigistudio.overblog.com -> Exemple de fake vidéo à des fins d’autopromotion sur le marché du travail du trucage vidéo (Type vidéo / But marketing et commercial / Groupe 2)

fake bus crash
fake bus crash (Vidéo)

Vidéo

Agence gigistudio
Licence : Tous droits réservés -- Copyright

- The Airfood project (Type vidéo / But caritatif / Groupe 2)

The Airfood Project
The Airfood Project (Vidéo)

Vidéo

YouTube
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- Croix-Rouge (Type image / But caritatif / Groupe 3)

marketing viral Croix Rouge

marketing viral Croix Rouge

- Affaire Findus (Type image / But détournement / Groupe 4)

Détournement

Détournement

- Le chat qui pète (Type vidéo / But récréatif / Groupe 3)

pètocat
pètocat (Vidéo)

Vidéo

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- Le chat qui pète dans Dexter (Type vidéo / But marketing et scénaristique / Groupe 4)

Chat qui pète quand il a le hoquet
Chat qui pète quand il a le hoquet (Vidéo)

Vidéo

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- Le cendrier du Grand Sachem (Type image / But personnel et gratuit / Groupe 2)

b. Les internautes

En regardant l’exposé que Kevin Allocca - trends manager chez Youtube - a tenu à la conférence TED de New York en november 2011, il nous donne 3 éléments nécessaires et indispensables pour qu’un contenu devienne viral. Ceux qui donnent le ton, les communautés de participation et l’inattendu.

L’auteur initial poste sa vidéo mais le buzz ne prend pas. Il faudra attendre qu’un tastemaker ou faiseur de tendances tombe sur cette vidéo et qu’il la partage pour que la viralité soit lancée. Il y apposera un commentaire positif ou négatif pour que son cercle communautaire puisse relayer le message.

Ensuite, la communauté s’activera soit en la partageant, soit en se l’appropriant pour en faire autre chose comme par exemple des remixes.

Cependant, pour que cela fonctionne, l’auteur initial doit créer quelque chose d’inattendu pour susciter l’intérêt des viewers et des tastemakers. Car c’est de cet intérêt que naîtra la popularité du contenu et la réussite de la propagation.

Kevin Allocca: Why videos go viral
Kevin Allocca: Why videos go viral (Vidéo)

Vidéo

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Les sujets peuvent être classés en six catégories :

  • L ’auteur du contenu viral ;
  • Le tastemaker qui déclenche l’accès vers son réseau au contenu viral ;
  • Le viewer actif qui repartage ou modifie le contenu ;
  • Le viewer passif ayant regardé le contenu viral mais sans le repartager ;
  • L ’internaute sain qui n’est pas encore entré en contact avec le contenu viral ;
  • Le porteur sain partageant le contenu viral mais sans jamais le visionner.

c. La propagation

Le partage offre la possibilité aux internautes qui le souhaitent de diffuser, commenter et même modifier un élément créer par quelqu’un d’autre. C’est cette facilité qui favorise la démultiplication des échanges. Il faut également ajouter que le besoin de sociabilité des être humains renforce également la propagation des contenus viraux. La liste des éléments partagés par un individu renvoie à l’image qu’il veut montrer de lui-même au reste de son réseau. Les créateurs de contenu viral l’ont bien compris et peuvent désormais tenter de manipuler le comportement des internautes  pour réussir une campagne virale.

Malheureusement, la viralité a ses règles et ses usages qui nécessitent leur parfaite compréhension. Faute de quoi, l’auteur de contenu viral peut perdre tous les bénéfices de sa campagne ou pire être tourné en ridicule. L’exemple du quotidien leparisien.fr relaté et expliqué en 2008 dans l’article d’André Gunthert intitulé « Le Parisien découvre la viralité » éclaire ce point de vue.

http://flipbook.20minutes-blogs.fr/archive/2008/02/25/le-parisien-decouvre-la-viralite.html

La réalisation d’études de marché permet aux créateurs de contenus viraux de vérifier la pertinence de leurs campagnes de diffusions. Nous avons trouvé une infographie de l’agence autrichienne Vi Knallgrau présentant les résultats d’une étude sur la viralité des publications sur Facebook pour les entreprises. Elle nous donne une liste de paramètres à prendre en compte pour choisir le moment de parution d’un contenu viral.

http://www.kommunikation.steiermark.at/cms/bilder/487874/80/150/269/54b6168e/Facebook-Studie-Infografik_teil1.jpg?W=900

Ainsi, la viralité sur internet peut-être classée selon :

Son type :

  • Direct : Le contenu viral est transmis directement de sujet à sujet par contact (Réseaux sociaux, mail, mms, bouche à oreille, etc) ou simplement accroché par contact visuel pendant que le sujet surfe sur la toile ;
  • Indirect : Le contenu viral est transmis par l’intermédiaire de supports ou vecteurs hors internet comme la radio, les journaux télévisés, les émissions de compilations de buzz (Les chaines d8 et d17 avec leur «zap» qui comblent leur grille de programmes avec des vidéos issues du net), les séries télé etc.

Son contenu :

  • Images (+69%*)
  • Vidéos (-85%*)
  • Autres

Mise en avant pendant les pics de vues (+41%*)

*chiffres d’efficacité pour les entreprises selon l’enquête de l’agence Vi Knallgrau.

  • Ses options de parution rendant la propagation plus efficaces
  • Choix du réseau social à utiliser
  • Fréquence de post (La rareté est plus efficace selon l’agence Vi Knallgrau)
  • Horaires de parution (Optimal vers 10-11h et 19-20h selon l’agence Vi Knallgrau)
  • Longueur du post (une à trois lignes selon l’agence Vi Knallgrau)     
  • Type de post (Enquêtes, sondages, questions, contenu récréatif)
  • Avec image et texte court
  • Jours de publication (Privilégier dimanche, samedi ou mercredi selon l’agence Vi Knallgrau)
  • Utiliser les fonctions de mise en avant des réseaux sociaux pendant les pics de vues.

Son mode de contagion :

  • Épidémie (augmentation rapide de la visibilité d’un contenu viral)
  • Endémie (recherche coutumière de nouveau contenu viral dans une communauté ou une population active ou créative)
  • Pandémie (lorsque une majorité de la population d’une large zone géographique a vu le même contenu viral)
  • Zoonose (animal vers l’homme : Phénomène des Lol cats. Pour vous détendre, nous vous invitons à regarder l’émission Pire sur lemouv.fr en ouvrant le lien ci-dessous).

Exemple : http://www.lemouv.fr/evenement-pire-harlem-p-cats

Retenons de la viralité sur internet les informations suivantes, c’est l’internaute qui est consciemment ou inconsciemment l’acteur de la diffusion. Il peut modifier le sens du contenu indépendamment du but initial souhaité par l’auteur. La viralité est source de création et de détournement. Les marques qui pratiquent ce type de campagne doivent suivre le flux de propagation tout en essayant de le diriger un temps soit peu avec de l’autodérision, du second degrés ou du trash assumé. L’effet de curiosité étant éphémère, les campagnes doivent être courtes mais inattendues. Enfin, qui dit nombre de vues énorme sur internet comprend manne financière potentielle avec les régies publicitaires.

Ces principes, l’industrie et les acteurs du web les appliquent scrupuleusement au quotidien. Tant est si bien que tout ou partie sur internet devient potentiellement viral. Dès lors, selon qu’un agent infectieux puisse être virus ou vaccin pour des individus, la viralité sur internet agit également de manière ambivalente sur notre vie privée et nos usages sociaux.

II. Les conséquences de la viralité sur la vie privée

1 - La mise en scène de soi

a. Être à travers autrui

"C'est en faisant n'importe quoi, qu'on devient n'importe qui", Rémi Gaillard.

On peut détourner cette citation : "c'est en faisant n'importe quoi qu'on devient quelqu'un".

Est-ce ce besoin d'être, ce besoin d'exister qui nous pousse à partager notre vie sur internet ? Le philosophe J.P. Sartre dans L'existentialisme est un humanisme affirme que c'est par nos actes que l'on devient, l'Homme s'affirme par ses actes, on est ce qu'on fait. De nos jours, l’existentialisme transparaît par ce besoin de fixer dans le temps nos actes  en les partageant sur le net. En outre, dans Huis clos, Sartre fait dire à l’un des ces personnages:  “l'enfer c'est les autres". La vie “ se ressent, se perçoit “ à travers les autres ; ce sont les individus qui nous font prendre conscience de nous-mêmes.

b. “Je publie, donc je suis”

Ainsi, partager sa vie privée, c’est se soumettre au jugement d’autrui et par conséquent, s’affirmer en tant qu’être. Après le cogito de Descartes “je pense donc je suis”, voici le “je partage mes photos de vacances, donc je suis”. Et si je suis en premier plan avec le Machu Picchu en arrière plan, là je “surexiste”. S’agit-il d’une volonté d'immortalité comme celle voulu par les écrivains ?

c. Une catégorisation

Néanmoins, si s’exposer sur la toile est un moyen d’affirmation de soi, cela peut avoir diverses conséquences. En effet, en résumant grossièrement on pourrait distinguer trois types d’ internautes. Tout d’abord,  ceux qui publient après avoir réfléchi à ce que cela peut engendrer; puis, ceux qui publient sans y penser; enfin, ceux qui subissent la publication. La première catégorie exploite sa vie privée dans l’espoir de créer de la viralité et ainsi augmenter sa visibilité. Les deux catégories suivantes sont soumises aux aléas des regards parfois partiaux d’autrui, et de ce fait, risquent de subir quelques dégâts.

2. Les dégâts

Si Internet a permis à des millions de personnes d'accéder à de multiples informations, son développement a également engendré des dégâts sur la vie privée. Les réseaux sociaux sont aujourd’hui incontournables, ils constituent en premier lieu un moyen de communication, mais leur utilisation peut conduire à certaines dérives.

Il devient possible de partager ses vidéos, ses photos sur des réseaux sociaux tel que Facebook ou twitter etc. Ces informations personnelles sont partagées avec n'importe quel utilisateur d'un réseau social. Dès lors, la vie privée de chaque utilisateur devient rapidement "publique".

a. Utilisation des images pour se venger

Internet est devenu un outil de vengeance pour certains. En effet, de plus en plus d’internautes règlent leur compte sur la toile. Il s'agit, par exemple, de diffuser des images à caractère pornographique sans le consentement de la personne concernée.

Exemple de cette vidéo de couples séparés qui règlent ainsi leur compte sur la toile :

FranceTV info
FranceTV info (Vidéo)

Vidéo

Vengeance amoureuse
France TV info
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“Revenge Porn” dans le magazine l’Effet Papillon du 07/12/2013 sur Canal +

http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid3356-c-effet-papillon.html?vid=968758

b. Le fail

Dans certain cas, la communication amène à des ratés :

Les tweets accidentels. Le politicien américain, Anthony Weiner, aurait, bien malgré lui, publier  une photo de lui en slip.

http://www.lejdd.fr/International/USA/Actualite/Les-photos-osees-d-un-elu-americain-provoque-sa-demission-331555

http://www.liberation.fr/monde/2011/06/17/anthony-weiner-renfile-son-pantalon-et-file-sa-demission_743263

c. L’effet Streisand

Cette terminologie est utilisée pour indiquer un effet contraire à celui recherché et ceci dans des proportions importantes.

Son origine provient d’un dommage subit sur Internet par la chanteuse Barbra Streisand.
Celle-ci avait voulu faire cesser en 2003 la diffusion d’une photo aérienne de sa villa (vie privée) sur Internet en demandant notamment des dommages et intérêts astronomiques. Sa demande et l’écho qui lui a été fait ont finalement provoqué une diffusion beaucoup plus importante de la photo (viralité/buzz).

d. La dédipix

La dédipix, qui signifie "dédicace en image", est une mode qui inonde en ce moment les blogs d'adolescents.

La pratique consiste à écrire son prénom ou une « envie » sur une partie de son corps (bras, jambes, torse, poitrine, parties intimes, etc.) et de poster la photo de ce tatouage sur le blog d'un autre internaute. L'intérêt de tout ceci ? Obtenir le plus de commentaires possible, pour se sentir et se montrer le plus populaire possible. Le nombre de commentaires d'un blog étant l'ultime mesure de la popularité dans certaines sphères. Les plus jeunes n'ont pas conscience que dissimuler leur visage uniquement sur certaines photos constitue une maigre barrière pour protéger leur identité.

Cette pratique inquiète les spécialistes de la cybercriminalité pédophiles prédateurs. En effet, il  est parfois possible de découvrir d'où viennent les photographies (ex: métadonnées), et ainsi de contacter l'auteur via son blog.

e. La législation

Alors que La Haute Cour britannique avait refusé, le 9 avril 2008, d'interdire la publication sur Internet des images montrant le président de la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile), Max Mosley, prenant part à un jeu de rôle sexuel sadomasochiste voire à connotation nazie (elle condamnera le tabloïd "News of the World", auteur de la diffusion de ces images le 24 Juillet, arguant que la connotation nazie ne pouvait être établie), la Justice Française, quant à elle, a ordonné le 6 novembre 2013 le retrait de neuf clichés à Google France et ceci de façon proactive !

Une décision qui pourrait faire jurisprudence…

Max Mosley

Max Mosley

AFP
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http://www.france24.com/fr/20131106-ebats-sadomasochistes-max-mosley-sexe-nazi-google-justice

http://www.pcinpact.com/news/84294-pourquoi-justice-a-impose-a-google-filtrer-images-max-mosley.htm

Daphné Keller, en charge du dossier chez Google, avait rétorqué :
“Cette décision devrait inquiéter tous ceux qui défendent la liberté d’expression sur Internet !” (cf Journal Ouest-France du 07 Novembre 2013)

Deux arguments qui entrent en conflit dans ce type d’affaire :
Protection de la Vie Privée VS Liberté d’Expression

Légiférer suite à tous ces dégâts est difficile, ceci à cause de la disparité des lois sur un même sujet en fonction des pays (ex loi sur la protection de la vie privée plus restrictive en France qu’en Angleterre), ceux-ci ayant une culture, un passé et un système politique différents.
Internet étant un réseau mondial, à cause des excès précités, verra-t-on dans un avenir plus ou moins lointain l’ébauche de lois au niveau mondial réellement acceptées par tous (sorte de gouvernance mondiale ?) garantissant aussi bien les libertés fondamentales (dont la liberté d’expression chère à Google !) que la protection de la vie privée de chacun ?
Vu les difficultés rencontrées par la Cour Pénale Internationale pour établir un consensus avec le Statut de Rome, il est fort possible que ce projet reste vain, une utopie !

3. Les bénéfices

Certes, exposer sa vie aux yeux du monde peut provoquer des dégâts. Cependant, il est important de noter qu’ internet "est un média de mobilisation" Linkfluence.

Ainsi, certaines personnes ayant compris cet aspect, agissent en conséquence en s’exposant : la viralité devient un outil de marketing.

a. Community management

Avec l’avènement de l’e-reputation, un nouveau métier est né, le community management, essentiel pour le contact avec les communautés.

Depuis le passage au web 2.0, avec l'influence grandissante et quasi incontrôlable des buzz internet toute une communauté de sites d'audit/conseil s'est développée. Il est maintenant aisé de pouvoir s'acheter des amis Facebook ou bien des "like" pour gonfler artificiellement la page de son entreprise, association ou profil. Ceci dans le but évident d'augmenter sa visibilité sur internet et de lancer des mouvements marketing et publicitaires. D'autres sites proposent un suivi personnalisé pour rebâtir son image, assurer la protection de sa vie privée, et essayer de faire disparaître certaines pages sur internet ( suppression de liens , noyade , etc ).

b. Le webmarketing

L'utilisation de l'Image (dans un sens large) à des fins de marketing par les entreprises n'est pas récente (publicités TV, etc...). Cependant, avec l'arrivée d'Internet, sont apparues de nouvelles techniques en particulier dans le champ vidéo. C'est le cas de la technique utilisant les vidéos "Fake", une technique souvent utilisée dans le webmarketing pour promouvoir un nouveau produit.

Dans ce type de vidéos, une des stratégies consiste à faire croire qu’il s’agit d’une personne lambda filmée dans une relative intimité et/ou dans une situation inattendue ou incongrue. Une stratégie qui semble fonctionner puisqu'elle a même été reprise par un humoriste américain pour faire la promotion de son émission TV... Une vidéo devenue virale, visionnée par plus de 9 millions de personnes.

L'humoriste auteur du "Fake", Jimmy Kimmel, a déclaré d'un ton moqueur :
"Nous ne l'avons envoyée à aucune chaîne de télévision, nous ne l'avons pas tweetée, nous l'avons juste postée sur YouTube et laissé la magie opérer. Heureusement qu'il ne se passait rien en Syrie..."

http://www.huffingtonpost.fr/2013/09/10/pire-twerk-du-monde-fake-animateur-americain-jimmy-kimmel_n_3898178.html

c. Les prodromes de la communication 2.0

C’est dans l’optique d’être reconnues que certaines personnes ont partagé sans vergogne leur intimité sur la toile. Car avant d’être supplantées par les “lol cats”, les vidéos qui créaient le buzz étaient d’ordre sexuel. C’est par le sexe que le virus s’est propagé.

  • Les sex-tapes

Bien qu’ arrière-petite-fille de Conrad Hilton, fondateur de la chaîne des hôtels Hilton, nul ne connaissait Paris Hilton avant la diffusion de ses ébats sur internet. Une façon d’amorcer la mécanique marketing en appâtant le chaland. Même si cette sex-tape a été postée à son insu, aujourd’hui son business s’est construit autour de l’ image sulfureuse qu’elle a véhiculée. Ainsi, plus de 12 millions de followers la suivent sur Tweeter et selon le magazine Forbes, elle a gagné près de 16 millions de dollars en  trois ans.

Voulant surfer sur ce succès, d’autres jeunes femmes jusque là inconnues ou méconnues du grand public, telle que Kim Kardashian, ont diffusé leur sex-tape réussisant ainsi à devenir remarquables.

  • Les selfies

Un selfie est un autoportrait pris avec un appareil photo ou plus généralement avec un smartphone. Le sujet se prend lui-même en photo, bras levé et tendu, l'objectif tourné vers lui. Ce geste s'accompagne souvent d'un gracieux duck face ( en français : la bouche en cul de poule ), et est immédiatement partagé sur les réseaux sociaux. Le but est de se montrer, de préférence sous son meilleur profil, afin d'obtenir quelques feedbacks mélioratifs et autres critiques élogieuses. Ainsi, la dimension de publication comme acte existentiel atteint son climax. Il s'agit bien là de vivre à travers le regard d'autrui et ce même si l'image que l'on donne de soi est travaillée.

Vidéo de Kim Kardashian expliquant comment faire un bon selfie :

Selfie Kardashian
Selfie Kardashian (Vidéo)

Vidéo

YouTube
Licence : Creative commons - by

Le selfie, bien qu' étant avant tout un acte superficiel, peut permettre d' augmenter sa visibilité sur internet. L'exemple le plus parlant est celui de Demi Moore. En effet, elle n'a pas hésité à publier une photo d'elle en petite culotte dans sa salle de bain. Cela lui a permis d'être à nouveau médiatiser et d'attirer de nombreux followers. Cependant, seul son jeune compagnon du moment, Ashton Kutsher, s'est vu proposé plus de scénarios.

Finalement, face à la diffusion des images privées délivrées par les people, et au vu de la viralité que cela provoquait, il devenait important pour les politiciens d’en tirer des leçons.  

d. La communication 2.0 en politique

Aujourd’hui les politiques ne peuvent négliger le fait que les citoyens soient actifs sur les réseaux sociaux. Facebook, Tweeter, et autres réseaux sociaux deviennent une vitrine pour les politiciens grâce à laquelle ils peuvent entrer en contact direct avec les citoyens. En France, le phénomène s’est développé aux alentours de 2010. Mais aux USA, le réseau social utilisé comme outil a très vite été adopté.

  • Le cas Obama

En 2007, Obama annonce sa candidature à la présidentielle des États-Unis d’Amérique et est élu pour un premier mandat le 4 novembre 2008. Cette victoire, il la doit en grande partie à une utilisation judicieuse des réseaux sociaux. Sa campagne 2.0 a été marquée par une vidéo qui parodie la publicité d’Apple diffusée en 1984. Elle a été consultée par des millions d’internautes et elle s’est propagée tel un virus. Dans un premier temps sur YouTube, puis sur plusieurs communautés en ligne telles que Facebook, Twitter, LinkedIn, Myspace. Cette viralisation s’est alors formée sur les contributions et l’appui des internautes, et s’est par la suite développée autour de la marque Barack Obama et de son slogan très populaire : “Yes, we can “.

Apple 1984
Apple 1984 (Vidéo)

Vidéo

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Barack 1984
Barack 1984 (Vidéo)

Vidéo

YouTube
Licence : Creative commons - by

Ignorant les critiques (Obama étant alors comparé à Paris Hilton), sa stratégie s’est déployée jusqu’à sa réélection pour un second mandat où il publie sur Twitter une photo de lui enlaçant sa femme, Michelle.

Four more years

Four more years

Barack Obama
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Il n’hésite donc pas à partager certains moments de sa vie privée. Il se présente ainsi comme un homme simple, un homme comme tout le monde, apte à comprendre les problèmes de ses concitoyens. Par ailleurs, sa femme participe largement à l’ e-réputation qu’il se forge comme en témoigne ce tweet :

Happy Birthday

Happy Birthday

Mme Obama
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Michelle Obama se construit elle aussi, si ce n'est plus que son mari, une image populaire. On la voit danser sur les plateaux télévisés, faire du hulla-hop dans un parc, etc. Ces images tournent sur le net, et en faisant campagne contre l'obésité, Michelle entretient sa popularité. Mais également celle de son mari.

En adepte des nouvelles applications, le président Obama ne pouvait faire l'impasse sur les selfies. Ainsi, il en détourne la superficialité pour en faire un outil démagogique.

President Obama's message to #SFBatKid —> http://vine.co/v/htbdjZAPrAX (vidéo selfie pour batkid).

Cette vidéo selfie a été réalisée avec Vine. Il s'agit d'une application mobile de Twitter qui héberge de courtes vidéos de six secondes qui tournent en boucle et peuvent être partagées avec les abonnés. En twittant cette vidéo, Obama est devenu acteur de l'histoire d'un jeune leucémique qui rêvait d'être le fils de Batman. Histoire qui a provoqué un véritable buzz avec près de vingt tweets seconde. Ce qui permet a Obama d' augmenter son capital sympathie.

http://m.minutebuzz.com/insolite--batkid-11-000-figurants-transforment-san-francisco-en-gotham-city-pour-un-enfant-malade-de-5-ans-23970/

Conclusion

D’un phénomène spontané, la viralité sur internet est devenu une stratégie de communication s’appuyant sur le besoin de sociabilité des humains. Cette technique est utilisable par n’importe quel créateur de contenus, amateur comme professionnel. Effaçant ainsi la barrière entre vie privée et vie publique.

Cette méthode reste cependant un pari. Sa propagation est d’ordre aléatoire car elle est dépendante des caractéristiques de la personne qui repartagera le contenu. C’est donc l’internaute qui est l’acteur de cette propagation. Il est responsable du choix de commenter, détourner ou partager un contenu en le montrant à ses connaissances.

Afin de minimiser cette part d’aléatoire tout en augmentant la portée du message, des règles d’utilisations ont été établies et des postes dédiés ont été créés. Tant est si bien que de nombreuses personnes les utilisent, amateurs, people, entreprises et même politiques.

Ce sont seulement les plus malins, les plus kitsch ou les plus trash qui obtiennent une contagion efficace. Mais dans tous les cas, c’est l’inattendu qui déclenche l’engouement.

Prendre du recul et comprendre les rouages d’un processus en s’interrogeant sur son but et ses instigateurs, c’est devenir critique vis-à-vis de ceux-ci. Sur internet, aucun clic n’est anodin. Sous couvert de facilité d’usage, les actions des internautes tendent à être canalisées, orientées et monétisées. Cerner les bénéfices de ses phénomènes, ainsi que les dérives qu’ils peuvent entraîner, c’est intégrer les enjeux en place. Développer sa culture numérique, c’est apprendre à cliquer sereinement sans être dupe du système auquel nous participons tous.

 
 

Notes de lecture

Explication de la viralité sur Youtube

Statut de l'image

Le Parisien découvre la viralité

Espace public / Vie privée

Vie privée : Un obstacle à l'économie numérique

Taux de viralité

Transparence Société / Homme

Surexposition des célébrités et paradoxes

Selfies