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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Day of the MOOC
Day of the MOOC

Les MOOCs

Massive Open Online Courses - Cours en Ligne Ouverts et Massifs

Léo Appriou, Alexandre Branthonne, Orderic Pain (M1 Édition, mémoire des textes)
Présentation d'un phénomène émergent d'ampleur internationale : les Cours en Ligne Ouverts et Massifs.
(déposé le 2013-11-27 16:51:38)

LES MOOCs:

     La fin de l'année 2011 a été l'année de l'émergence d'un phénomène qui n'a cessé de prendre de l'ampleur depuis : les MOOCs (Massive Open Online Courses – Cours en Ligne Ouverts et Massifs en français.). Leur vocation première est de permettre l'accès aux cours des grandes universités aux étudiants du monde entier par le biais d'internet. Ils se présentent aussi comme un moyen de rompre avec la conception traditionnelle de la formation universitaire en utilisant, par exemple, des vidéos, des tutoriels, un système d'évaluations entre étudiants, des forums interactifs entre étudiants et professeurs. Certains de ces cours peuvent atteindre jusqu'à 240 000 étudiants partout dans le monde.

     Le développement des MOOCs est dû, en partie, à l'évolution des étudiants. En effet, la plupart sont des digital natives qui accèdent à l'information et à la culture grâce au numérique. Certains ont même participé à l'introduction des nouvelles technologies au sein de l'enseignement supérieur ( ordinateurs portables, tablettes, réseaux sociaux... ). Mais il résulte également de la volonté de certains professeurs et de certaines universités de diffuser leur savoir dans le monde entier.

     Les MOOCs sont le fruit d'une longue gestation, d'une réflexion qui a émergé au milieu des années 90, sur les possibilités d'un enseignement de qualité en ligne. Mais c'est surtout au début des années 2000, avec la mise en place par le MIT (Massachussets Institute of Technology) des « Open Courseware » qu'est née la véritable impulsion. Ils consistaient en la mise en ligne des ressources pédagogiques de cours dispensés à l'université (vidéos de CM, notes d'étudiants, programmes ou plans de cours...), qui pouvaient être consultées ou réutilisées par tout un chacun. Le procédé a d'ailleurs rapidement essaimé dans la plupart des grandes universités américaines. Mais si ces Open Coursewares constituaient une première étape dans le décloisonnement de l'enseignement, et vers sa virtualisation et sa diffusion plus importante, ce n'étaient que des ressources consultées par l'étudiant, qui conservait un statut anonyme et passif, sans interactions possibles.

     C'est donc avec cette idée majeure d'interactivité, d'implication de l'étudiant, que se sont créés petit à petit les MOOCs pour aboutir à leur forme actuelle, modèle globalement identifiable aux MOOCs proposés par trois grandes plates-formes américaines (Coursera, edX et Udacity), qui ont fortement contribué à leur diffusion planétaire. A leur fondation, le but de ces plates-formes était plus ou moins le même, et rejoignait la vision de beaucoup d'enseignants, également intéressés par l'idée de diffuser leur savoir et leur cours devant plusieurs milliers d'élèves, à savoir de recréer en quelque sorte les conditions d'un vrai cours, mais en ligne, avec les interactions, les échanges et les obligations inhérents à ces derniers. Dans l'esprit de leurs fondateurs (eux-mêmes professeurs), les MOOCs ne sont pas là pour remplacer les vrais cours, mais en complément, ou, avec une visée plus philanthropiste, pour offrir une chance à ceux qui ne peuvent se permettre de s'inscrire dans les grandes universités américaines d'en suivre les cours, qu'ils soient issus des classes moyennes américaines qui ont de plus en plus de mal à y accéder, ou bien originaires de pays en voie de développement. Les MOOCs viennent également répondre à un nouveau contexte, à un nouveau mode de vie, comme l'explique Klaus Schlünzen Júnior, responsable d'une plate-forme de cours en ligne brésilienne (1) : « le contexte du monde change, les gens ont des problèmes de temps, des difficultés de transport et plus d'exigences sur le marché du travail. Les MOOCs viennent répondre à cela et l'université peut y collaborer, avec la connaissance qu'elle apporte. »

Les MOOCs

Les MOOCs

inconnu
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     L'expression « MOOC » fut utilisée pour décrire un cours en ligne de 2008, Connectivism and Connective Knowledge, appartenant à ce que l'on nomme aujourd'hui « cMOOC », ou « MOOC connectiviste », l'une des deux grandes catégories de base des MOOCs. Ces cMOOCs sont donc apparus un peu avant la grande vague d'engouement pour ces cours, et ont quelques spécificités. Pour ces cours, la création de savoir se fait en même temps que la création de ressources, par la recherche et les échanges à partir de bases jetées par le professeur. Les élèves participent ainsi à la co-création d'un savoir. Mais ces cours sont par essence moins massifs, plus intimistes que le modèle qui a servi de base aux plates-formes, appelé « xMOOC ». Ce modèle, qui connaît de nombreuses variables d'ajustement, s'apparente plus à l'adaptation d'un cours classique en virtuel, reposant sur une pédagogie traditionnelle : la transmission d'un savoir d'un professeur à un apprenant. Aujourd'hui, ces deux modèles se sont hybridés, les formes se sont éparpillées, et quasiment chaque MOOC obéit à sa propre spécificité, en faisant varier plusieurs critères, que Matthieu Cisel (2) a défini comme étant : la finalité du cours, le niveau attendu des participants, le type d'animation du cours, l'interactivité nécessitant l'implication de l'étudiant, et la charge de travail qui lui est demandée.

     Voici deux vidéos expliquant le principe des MOOCs pour la première, et des cMOOCs plus précisément pour la seconde:

What is a MOOC?
What is a MOOC? (Vidéo)

Vidéo

Description (en anglais) des principes d'un MOOC.
Dave Cormier
Licence : Creative commons - by

MOOC connectiviste
MOOC connectiviste (Vidéo)

Vidéo

Description des MOOCs, et plus spécifiquement des cMOOCs.
inconnu
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     Les MOOCs, de par leur caractère interactif, majoritairement basé sur l'emploi de vidéos, sur un contrôle des connaissances (même minime), avec une limite de temps, et leur principe d'ouverture à tous, diffèrent sensiblement d'autres types d'enseignement en ligne, ou de mise en ligne de ressources, dont il ne sera donc pas question ici, comme les cours de type Moodle, les CM filmés puis mis en ligne...

     Nous aborderons dans un premier temps la situation actuelle des MOOCs, via les plates-formes, la situation des professeurs et des universités, et la délicate question du financement. Nous verrons ensuite les éventuelles limites que peut rencontrer ce système, qu'elles soient économiques, pédagogiques voire philosophiques, avant d'évoquer les possibles réponses que tentent d'apporter les pourvoyeurs de MOOCs à ces soucis.

La Situation à l'heure actuelle:

Les Plates-formes:     

     L'engouement massif pour les MOOCs s’exprime à l’heure actuelle par la position ultra-dominante qu’occupent les plates-formes de diffusion des MOOCs, et notamment trois d’entre elles, Coursera, Udacity et edX. Ces plates-formes privées américaines permettent à des étudiants du monde entier de suivre ces cours gratuitement, même si la certification est souvent payante, dans toutes les disciplines. Coursera et edX, ont ainsi déjà investi respectivement 43 et 60 millions de dollars dans les outils et les contenus pour permettre à plus de six millions d'étudiants du monde entier de suivre des cours d'Harvard, de Stanford, ou encore du Massachusetts Institute of Technology ( M.I.T. ).

     La troisième, Udacity,  fondée par Sebastian Thrun ( enseignant à Stanford, et directeur, entre autres, du projet Google de voiture sans pilote ), compte environ 20 000 étudiants inscrits, et les vidéos de certains cours ont été visionnées plus de 5 millions de fois. Udacity est une organisation à but lucratif, elle a donc un fonctionnement semblable à celui de Coursera. Initialement financée par Thrun lui-même à hauteur de 300 000 dollars, puis par la firme Andreessen Horowitz qui a investi 15 millions de dollars, le but d'Udacity est d'offrir huit semaines de cours en ligne gratuits, avec des enseignements presque exclusivement scientifiques comme l'ingénierie, la physique et la chimie. L'idée est de proposer un panel réduit de cours de qualité, parfois dispensés par des professionnels reconnus, mais aussi des services payants pour les personnes qui le souhaite : add-ons, aides à l'étude, matériel de travail hors ligne, ou encore un service d'aide par les professeurs.

     La France n'échappe pas à cette tendance et développe aussi sa propre plate-forme : France Université Numérique ( F.U.N. ). Ses MOOCs, ouverts aux inscriptions depuis le 28 octobre, débuteront au début de l'année 2014. Ils sont classés selon leurs différents domaines d’étude : l’environnement, le juridique, le management, le numérique/technologique, les relations internationales, la santé, les sciences et les sciences humaines. Le nombre de MOOCs proposé reste assez réduit, avec, par exemple, un seul cours de proposé dans le domaine du management, trois pour les sciences, et quatre dans le domaine de la santé. Finalement, le numérique/technologique l’emporte avec six cours qui sont d’ores et déjà disponibles à l’inscription, et il est intéressant de constater qu’il s’agit du domaine qui est directement lié à la création, au support et à la diffusion des MOOCs. La plupart de ces cours sont d’ordre technique avec, par exemple, le cours de fabrication numérique qui permet de s’approprier les outils de la création informatique, comme internet ou encore les impression 3D. Mais d’autres cours relèvent du domaine culturel, ou de ce qu’on pourrait appeler des techniques d’appréhension de la “popculture”, comme c’est par exemple le cas du MOOC intitulé “comprendre le Transmedia Storytelling”:

Présentation d'un MOOC sur le F.U.N.
Présentation d'un MOOC sur le F.U.N. (Vidéo)

Vidéo

F.U.N.
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     F.U.N., lancé sous la forme de "fondation de coopération scientifique", a pour vocation de rassembler dans un seul site toutes les formations en ligne diplômantes et qualifiantes afin de les mettre au service des établissements d'enseignement supérieur français, européens et internationales. Se faisant, la France ouvre ses universités à l'international afin d'articuler ses idées à celles des universités étrangères. Afin de mener à bien ce projet, la plate-forme française entend former les enseignants à l'usage du numérique qui sera au cœur des activités pédagogiques, caractérisées par leur diversité et interactivité ( mise en place de tutoriels, vidéos etc ). Cette initiative sera appuyée par la mise en place de travaux de recherches afin d'optimiser la pédagogie numérique et l'e-éducation. Pour rendre possible cette évolution pédagogique, la France compte intégrer le numérique dans les constructions et les rénovations de sites universitaires pour développer certains services, comme les messageries étudiantes, les services de vidéo-conférence, ou encore l'accès au wifi, tout en consacrant 10 % des mille postes, attribués tous les ans par le M.E.S.R., à la mise en place d'une stratégie numérique visant à soutenir les projets au service de la réussite des étudiants. Cette volonté d'offrir toutes les chances de réussite aux étudiants est mise en pratique grâce aux propositions de formations en ligne, afin de répondre aux besoins croissants de formations continues. En effet, selon la loi du 22 juillet 2013, la formation tout au long de la vie est devenue une des missions de l'université, et le numérique doit permettre aux établissements d'enseignement supérieur de s'emparer de ce marché en expansion pour répondre aux attentes de tout citoyen désireux de se former. Pour finir, la dernière volonté de la plate-forme française est de favoriser l'insertion professionnelle des étudiants après leurs formations. Ce projet est mis en place grâce aux dispositifs d'aide à l'orientation des lycéens et étudiants, mais aussi par les plates-formes interactives permettant la recherche de stages, ou encore la mise à disposition de portfolios de valorisation de compétences.

     Outre les 3 grandes plates-formes américaines et le F.U.N., se sont également crées une multitude de plates-formes plus ou moins petites, présentant chacune une ou plusieurs caractéristiques les différenciant des trois mastodontes, et témoignant de l'effervescence autour des MOOCs. On peut ainsi citer Iversity, équivalent allemand du F.U.N., qui offre des crédits universitaires européens pour quelques uns de ses cours. De son côté, le Royaume-Uni développe depuis quinze ans sa propre plate-forme FutureLearn, grâce à un capital de départ comparable à ceux des plates-formes américaines. Une compagnie du Maryland, 2U, lancée dès 2008 par deux universitaires, offre un fonctionnement comparable à celui des MOOCs, mais en comité plus restreint, avec chaque semaine un tchat en direct via webcam entre professeurs et élèves, moyen d'assurer un suivi dans le cours. Unow est une société française, qui agit comme un prestataire de services auprès d'enseignants souhaitant monter un MOOC : elle les conseille et/ou se charge de la gestion du projet, de l'animation du cours, de la réalisation technique et de l'adaptabilité des ressources du cours à la scénarisation et au format spécifique aux MOOCs.

     Enfin, on peut également citer le cas, au Brésil (2ème pays au rang des utilisateurs des MOOCs en 2012, désormais dépassé par l'Inde. Le premier étant les États-Unis.), de la plate-forme Veduca, qui offre principalement des vidéos de CM de grandes universités américaines sous-titrées en portugais, mais également 3 MOOCs dispensés par les universités de Brasília ou de São Paulo. Les étudiants inscrits dans ces universités peuvent valider ces matières dans leur cursus universitaires, et même passer des examens en présentiel.

     Pour illustrer ces idées générales, on peut prendre l’exemple de la plus importante de ces plates-formes : Coursera.

     C’est l'une des grandes plates-formes américaines proposant des MOOCs, et la plus importante en termes de fréquentation et de cours proposés. Fondée par deux professeurs d'informatique de l'université de Stanford (Californie), Andrew Ng et Daphne Koller, en avril 2012, avec un capital-risque de 16 millions de dollar, l'entreprise ( à but lucratif) s'impose aujourd'hui comme le leader du secteur. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en septembre 2013, le site comptait déjà plus de 5 millions d'inscrits à un cours, depuis 190 pays, les étudiants ayant le choix entre plus de 440 cours, le plus populaire étant suivi par 240.000 personnes.

     Autre signe de son succès, et de sa volonté de se diffuser dans le monde entier, mi-octobre a été lancé une version en chinois du site (les chinois sont les 4èmes utilisateurs des MOOCs dans le monde). Outre les cours dispensés par des universités du pays, les cours sont traduits par des volontaires, en relation avec Coursera.

     Pour en arriver à ce résultat, Coursera a établi des partenariats avec, à l'heure actuelle, 97 universités prestigieuses à travers le monde, majoritairement américaines, mais aussi asiatiques et européennes, dont quatre grandes écoles françaises (l'École Centrale, Normale Sup, Polytechnique et HEC Paris), mais aucune sud-américaine ou africaine. Les cours sont dans une immense majorité proposés en anglais, puisque seuls une vingtaine de cours sont proposés en chinois, 18 en français, et une douzaine en espagnol ou en russe, avec la possibilité d'avoir des sous-titres dans ces langues ou quelques autres dans quelques rares cas. Les matières proposées sont diverses, avec une prédominance des matières scientifiques (notamment sciences de l'ordinateur), mais aussi désormais de nombreux cours de sciences humaines, lettres, finances ou arts.

     Le credo de Coursera est donc d'offrir une offre massive, qui correspond à leur volonté de proposer et de diffuser un enseignement aux quatre coins du monde, avec en plus une place importante réservée à l'interactivité sociale. En effet, selon ses fondateurs, l'idée du site leur est venue de leur lassitude à répéter sans cesse les mêmes cours magistraux sans échanger vraiment avec leurs étudiants.

Voici une interview d'Andrew Ng :

Interview Andrew Ng
Interview Andrew Ng (Vidéo)

Vidéo

Une interview d'Andrew Ng, co-fondateur de Coursera, 2013.
EduTech
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Et une de Daphne Koller, en mai 2012 : 

Interview Daphne Koller
Interview Daphne Koller (Vidéo)

Vidéo

Une interview de Daphne Koller, co-fondatrice de Coursera, mai 2012, soit aux débuts de Coursera...
inconnu
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     Dans cette interview, on voit que Daphne Koller souligne dès le départ l'aspect social qui s'est créé entre les étudiants, avec par exemple la création spontanée de groupes de travail, notamment par zones géographiques, et qui ont abouti à des rencontres réelles. Cet aspect a été pris en compte par les dirigeants, et est maintenant une des bases de l'organisation des cours sur la plate-forme.

Voici un aperçu du fonctionnement général du site, et des cours :

Vidéo de démonstration Coursera
Vidéo de démonstration Coursera (Vidéo)

Vidéo

Une vidéo pour apprendre à utiliser Coursera.
coursera
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     Pour un exemple plus concret, voici comment s'articule le MOOC intitulé Modern and Contemporary American Poetry, dispensé par l'université de Pennsylvanie.

     Le cours dure 10 semaines, et à chaque cours, un ou plusieurs auteurs sont abordés, et un ou plusieurs poèmes de ces auteurs sont étudiés.

     Chaque séance débute par une présentation audio d'une vingtaine de minutes par le professeur, puis un lien vers le poème est donné, voire vers un enregistrement du poète lisant son œuvre.

ModPo, chapitre 1

ModPo, chapitre 1

Le tableau de bord du 1er chapitre du MOOC Modern and Contemporary American Poetry.
Al Filreis
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     Vient ensuite une vidéo du professeur échangeant, pendant une vingtaine de minutes avec ses Teaching Assistants ( des élèves diplômés de l'université, voire d'anciens élèves ayant déjà réussi le MOOC lors d'une session précédente) autour du poème.

ModPo, discussion

ModPo, discussion

Le professeur et ses Teaching Assistants, en plein échange.
Al Filreis
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     Puis, à la fin de chaque séance, une discussion en direct est prévue, lors de laquelle tous les étudiants suivant le MOOC peuvent échanger via les réseaux sociaux avec le professeur et ses Teaching Assistants.

ModPo, Live Webcast Session

ModPo, Live Webcast Session

Une photo d'une "Live Webcast Session", discussion de fin de cours au cours de laquelle les élèves peuvent intervenir (via téléphone, réseaux sociaux...)
"Lily @citrusade"
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     Des forums de discussions sont aussi créés à chaque sujet, permettant de poser des questions ou de débattre autour des œuvres.

     Enfin, un ou deux quizzs sont proposés pour clore chaque séance.

     Les évaluations consistent en deux points : d'une part ces quizzs, et d'autre part, 4 devoirs de 500 mots, notés par les pairs, les autres élèves. Pour avoir accès à son résultat, il faut, à chaque devoir, en évaluer 4.

     Pour valider le MOOC, il faut donc rendre ces 4 devoirs, en noter 4 à chaque fois, répondre aux quizzs, et participer (obligatoirement) aux forums de discussion.

     On voit donc apparaître dans le déroulement d'un cours quelques points de ce que souhaitait Daphne Koller en terme d'interactivité sociale. Ce qui répondait à une demande, ou en tout cas aux retours sur les premiers temps de l’utilisation, mais permettait aussi de régler quelques problèmes plus techniques : ainsi, l'évaluation par les pairs pallie à ce que ni l'informatique ni un professeur et quelques Teaching Assistants ne peuvent faire : corriger des milliers de devoirs, notamment dans des domaines qui demandent plus que des QCM ou des réponses exactes, comme les lettres ou les sciences sociales. Cela montre que Coursera place une confiance, peut-être trop grande, en ses élèves, et dans leur capacité à s'évaluer les uns les autres, en dépit de leurs différences de niveaux, de cursus, de culture…

     Mais cette volonté de socialisation montre également que Coursera a compris que suivre et finir un MOOC demandait une certaine motivation, et cet aspect social est aussi là pour ça, pour créer une émulation autour du cour, au travers des réseaux sociaux et des forums. Ce qui se traduit par exemple à ce niveau mondial par une réactivité inédite : ainsi, le temps moyen entre le moment où une question est posée sur le forum et sa réponse est de 22 minutes. Tout cela illustre le fait que Coursera tente de proposer un apprentissage qui ne se fasse pas uniquement seul derrière son écran.

     Plus prosaïquement, Coursera propose deux types d'évaluations pour un même cours :

- une formule gratuite, où, une fois le cours terminé, si validé, l'étudiant obtient une simple déclaration d'accomplissement, qui n'a pas vraiment de valeur, outre la fierté d'avoir réussi son MOOC.

- une formule payante (entre 29 et 100$), qui permet d'obtenir un Certificat Vérifié (Verified Certificate). Celui-ci permet, grâce au système Signature Track, d'authentifier un minimum, par le biais de la webcam, d'une carte d'identité et de la façon de taper sur le clavier propre à chacun, l'étudiant, et de certifier que c'est bien lui qui a suivi et éventuellement validé le cours. Ce certificat est censé servir de diplôme devant des universités ou des employeurs.

     Mais justement, il y a peu d'études montrant l'éventuelle viabilité d'un certificat dans le monde du travail, et très peu d'universités acceptent pour l'instant de les intégrer dans leurs cursus, de proposer des crédits pour leur obtention. Des arrangements entre universités sont toujours possibles, mais se font au cas par cas. Ainsi peut-on citer l'exemple de l'université d'Antioch (Los Angeles), qui a permis à ses étudiants de recevoir des crédits en ayant validé un de ces deux MOOCs : Modern and Contemporary American Poetry et Greek and Roman Mythology, tout en ayant dû s'acquiter d'une taxe auprès de Coursera, pour pouvoir offrir, publiquement, le cours à ses élèves.Il n'y donc pas encore de liens clairement établis entre MOOCs et vrais cursus universitaires, ni entre MOOCs et monde du travail.

L'Impact de la mise en pratique:

     Les MOOCs nous sont présentés comme porteurs de systèmes pédagogiques inédits et innovants, mais quels sont leur impact sur le réel ? Comment les universités et les professeurs se sont-ils adaptés à leur mise en pratique ?

     Jusqu'à présent, la majorité des MOOCs ont été mis en place par des enseignants volontaires, mais jusqu'où ce système de bénévolat fonctionnera-t-il ? En effet, la préparation d'un MOOC représente une centaine d'heure de travail, selon toutes les estimations faites jusqu'à aujourd'hui. À titre d'exemple, nous pouvons citer la déclaration de Patrick Jermann, chargé de production des cours online, parut dans le supplément spécial MOOCs de la revue d'actualité de l'E.P.F.L. (3) (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne): "Un mooc représente au minimum une bonne centaine d’heure de travail, de la conception à l’encadrement des étudiants pendant un semestre. Une heure de vidéo représente au minimum quatre heures d’enregistrement en studio pour l’enseignant, en plus du temps de scénarisation et de préparation du matériel". Il est important de préciser que cette centaine d'heure correspond à l'adaptation médiatique du cours seulement, car sa conception intellectuelle a été faite en amont.

     Une fois le travail de conception du MOOC effectuée, les professeurs passent au travail d'animation qui représente entre huit et dix heures par semaine, puis, si le cours en ligne dure tout un semestre, nous pouvons ajouter une autre centaine d'heures de travail. Nous arrivons donc à environ 200 heures de travail enseignant pour un seul MOOC, alors que nous n'avons pas pris en compte le travail du personnel technique ( qui correspond à un mi-temps, ou un temps plein si l'université systématise l'usage des MOOCs ). Nous pouvons nous d'ores et déjà nous demander si la mise en place des plates-formes de cours en ligne relève de l'utopie. Finalement, seule la question technique présente un avantage pour leur mise en place : les studios d'enregistrement des MOOCs restent bons marchés, et le coût d'hébergement des cours sur les serveurs est moindre.

     L'autre point à relever est qu'un cours en ligne coûte deux à trois fois plus cher qu'un cours traditionnel. Par exemple, l'université d'Ottawa (4) estime leur coût à environ 110 000 dollars canadiens par cours. De son côté, l'université d'Edimbourg l'a estimé à environ 30 000 livres pour chacun de ses six cours proposés en 2013 sur la plate-forme américaine Coursera.

Financement:

     Malgré leur succès, les trois grosses plates-formes américaines peinent à trouver une forme de rentabilisation. Ainsi, depuis sa fondation, Coursera fonctionne à perte, et n'a toujours pas vraiment de moyens de gagner de l'argent, et surtout pas de couvrir les frais importants qu'engendrent le développement rapide du site. Mais c'est un mode de fonctionnement qui était prévu dès le début, comme le rappelle l'un des bailleurs de fonds de Coursera, Scott Sandell (5) : « La monétisation n'est pas l'objectif le plus important, […] Nous investissons à long terme, et la période de gestation des toutes meilleures compagnies est d'au moins dix ans. »

     Pour l'instant, avant de penser à gagner de l'argent, ce qui devrait venir naturellement plus tard dans l'esprit des actionnaires, Coursera pense donc surtout à créer une offre importante, et à établir un maximum de partenariats avec des universités prestigieuses. Coursera reprend un peu l'esprit de fonctionnement des entreprises voisines de la Silicon Valley, pour qui, dans un premier temps, le contenu est plus important que l'argent qu'il peut rapporter. Et le site s'attache donc à convaincre des universités de s'engager avec eux, sans garanties financières , le succès croissant du site aidant, tout comme l'idée pour les universités de ne pas rater le train des MOOCs en marche. Et ce, malgré le faible pourcentage des revenus générés par le cours sur le site reversé aux universités (entre 6 et 15%), le tout sur des recettes encore très faibles, et en gardant à l’esprit le coût élevé de l'élaboration d'un MOOC.

     Aussi, parce que de tels partenariats ne s'établissent pas sans un minimum de bases, on peut constater que dans le contrat liant Coursera à l'université du Michigan, sous l'intitulé « Possible Company Monetization Strategies » (6), figurent 8 idées envisagées pour gagner de l'argent. Même si de l'aveu d'Andrew Ng il ne s'agit que de pistes, et que la rentabilisation du site n'est encore qu'un work-in-progress constant, il est probable que les futurs moyens qu'utilisera Coursera pour gagner de l'argent y figurent. Parmi ces 8 idées, on retrouve donc les certifications payantes, rendre les cours payants, du moins partiellement (même si Ng et Koller sont opposés à cette idée), la mise en place d'un tutorat, en réel, et payant pour l'étudiant, le sponsoring des cours ou la vente des profils d'étudiants intéressants (avec leur accord) à des entreprises demandeuses.

     Si la plupart de ces idées soulèvent quelques interrogations, la dernière (déjà utilisée ) permet enfin d'envisager des passerelles entre MOOCs et monde du travail, même s'il n'existe pas encore d'étude ou de chiffres sur le sujet, et que cela ne concerne qu'une minorité d'élèves, particulièrement brillants aux tests, ou prompts à aider les autres sur les forums.

     Il existe enfin une autre idée envisagée pour gagner de l'argent, celle de vendre à une université le droit d'utiliser un MOOC en classe, comme base de travail. Le coût en serait de 8 à 25$ par étudiant pour l'université acheteuse. C'est l'une des idées dont il est le plus probable qu'elle se développe, puisqu'elle préfigure une des nouvelles orientations majeures qu'est en train de prendre Coursera, à savoir l’enseignement mélangé.

     Contrairement aux autres plates-formes existantes, edX est une organisation à but non lucratif. Cette différence par rapport aux autres plates-formes sous-entend qu'edX doit trouver la bonne solution financière pour pouvoir être viable. Pour la création de l'organisation, Harvard et le M.I.T. ont fourni un investissement initial de 30 millions de dollars, et edX a mis en place deux plans pour générer l'argent nécessaire à son fonctionnement.

     Le premier est un dispositif de "libre-service" : le fournisseur arrive avec son cours conçu au préalable, et lorsque qu'il générera des revenus, edX prendra 50 000 dollars la première année, 10 000 dollars les années suivantes, plus 50 % des revenus au-delà de ces seuils.

     Le second est un dispositif "accompagné" : les équipes pédagogiques et techniques d'edX aident le prestataire à créer son cours. Dans ce cas, edX prend 250 000 dollars la première année, 50 000 dollars les années suivantes, et toujours 50 % des revenus au-delà de ces seuils.

     Le dispositif "accompagné" requiert de l'argent au préalable, et les potentielles rémunérations de l'université partenaire sont accrues si le cours, une fois achevé, a généré beaucoup d'argent. Dans ce cas, l'université perçoit 70 % de tous les revenus générés par le cours. Cependant, si l'université a choisi le dispositif "libre-service" d'edX, alors elle ne recevra pas d'argent tant qu'edX n'aura pas reçu les 50 000 dollars pour tous les cours du dispositif "libre-service", ainsi que les 10 000 dollars dus lors des années suivantes.

     Les universités partenaires d'edX choisissent le dispositif qu'elles souhaitent utiliser, et elles ont l'opportunité de passer d'un modèle à l'autre tous les douze mois. EdX tient à aiguiller le choix du dispositif pour le bien et les intérêts de leurs partenaires.

     Toutefois, ces données sont encore à relativiser, puisque, à l’instar de Coursera, edX ne dispose toujours pas vraiment de moyens pour s’assurer des rentrées d’argent. De plus, le système de certifications payantes n’existe pas sur cette plate-forme, rendant un peu plus difficile de savoir comment la compagnie parviendra à un éventuel équilibre financier.

Les Limites:

- Du modèle économique:

     D'un point de vue économique, la viabilité des MOOCs fait donc débat. Si les développeurs comme les investisseurs admettent ne pas espérer de bénéfices ( ou d'équilibre financier d'ailleurs ) à court terme, ils se montrent néanmoins optimistes concernant leur capacité à générer un profit à moyen ou long terme. Soulignons néanmoins qu'ils parlent bien de la capacité de leurs plates-formes à être bénéficiaires ; qu'en est-il des fournisseurs de contenus, à savoir les universités elles-mêmes ?

     Créer un MOOC à en effet un coût, lequel est laissé quasi exclusivement à la charge des établissements participants : matériel, préparation du cours, intervention d'une équipe de techniciens... Si l'achat de matériel et l'installation de locaux adaptés sont des investissements s'amortissant a priori naturellement sur le long terme, les coûts « cycliques » restent importants : ainsi, dans un récent rapport sur les perspectives de développement de l'e-learning (7) , l'université d'Ottawa estime le coût de développement d'un MOOC sur Coursera à 110.000 dollars canadiens pour l'équivalent d'un cours donné sur un semestre ( soit 12 leçons ), les dépenses estimées allant de la rémunération du professeur et des techniciens aux frais administratifs et légaux occasionnés, mais excluant les investissements initiaux. Le rapport précise par ailleurs que la reconduction de ce même cours les deux années suivantes représente un surcoût de 29.000 dollars par session, soit un total de 168.000 dollars canadiens ( environ 120.000 euros ) pour 36 leçons avant renouvellement.

     Face à ces dépenses bien réelles, dans quelles mesures un établissement participant peut-il espérer un retour sur investissement ? Par contrat, la part de profit ( éventuel ) revenant aux universités fournissant les cours est minoritaire : 6% à 15% des revenus pour Coursera, 50% au-delà des 50.000 premiers dollars sur edX dans le cadre du dispositif dit « libre-service ». Si l'on reprend l'estimation de l'université d'Ottawa, un partenaire privilégié de Coursera aurait donc besoin qu'un seul de ses cours génère ( x = 120.000/15*100 = ) 800 000 euros pour être remboursé. Pour edX, il « suffira » que le cours rapporte 290 000 euros, ce qui est certes bien moins mais toujours considérable. Or quelles sont les options pour générer un tel profit via une plate-forme de cours gratuits ? Les pistes explorées par les grandes plates-formes sont sensiblement les mêmes : mise en place de services « premiums » et/ou partenariat avec des tiers, comme nous l'avons évoqué précédemment.

     Difficile cependant d'évaluer l'impact que pourraient avoir les diverses solutions envisagées. Il paraît par exemple peu probable que les universités proposant des cours de lettres, sociologie ou autres matières généralement regardées comme « non-professionnalisantes », profitent de la vente de profils d'étudiants à des employeurs potentiels – problème par ailleurs déjà largement rencontré par les universités classiques quand elles tentent de trouver des partenariats avec le privé pour financer leurs départements de sciences humaines. A l'inverse, on peut raisonnablement penser que les entreprises seront plus enclines à s’intéresser aux titulaires de certificats des écoles à renommée internationale comme Harvard ou le MIT : un tel système de rémunération aurait alors pour conséquence de profiter majoritairement aux institutions qui sont déjà les mieux dotées financièrement, accentuant l'effet de « rente de réputation » dont elles profitent déjà et, fort probablement, appauvrissant les établissements moins prestigieux qui auraient fait l'erreur d'investir dans un ou plusieurs MOOC. Quand à l'option du financement via la publicité, rien ne garantit qu'elle empêcherait ce phénomène de captation des revenus par quelques grandes marques universitaires – alors qu'il est certain, d'un autre côté, qu'elle offrirait aux grands groupes privés un nouveau moyen de pression sur les chercheurs universitaires au vu des sommes considérables en jeu pour leurs établissements.

     L'autre grande catégorie de réponses possibles aux problèmes de financement, à savoir la mise en place de services payants pour les usagers, présente ainsi cet avantage que l'influence de groupes tiers dont les motivations ne sont pas forcément éducatives ni altruistes y serait moindre. Coursera laisse ainsi ouverte la possibilité que l'inscription à certains cours devienne payante, de même qu’il est d'ores et déjà possible de payer pour recevoir un « certificat » de complétion d'un cours. L'organisation d'examens réellement diplômant est également considérée. Plusieurs soucis subsistent néanmoins : d'une part, il est prévisible qu'une part non négligeable des étudiants soient tout aussi enclins à déconsidérer certaines formations proposées que ne le sont les employeurs. Au vu de la valeur d'un diplôme de littérature classique sur le marché du travail, qui payerait pour un certificat ( de surcroît, non diplômant ) alors que le cours en lui-même est disponible gratuitement ? Autrement dit : les enseignements les plus prestigieux et/ou techniques ne risquent-ils pas une fois encore de capter la manne financière ? De plus, la monétarisation totale ou partielle des MOOCs ne recréerait-elle pas cette inégalité face à l'accès au savoir que ses défenseurs prétendent combattre ?

- Pédagogiques et philosophiques:

     Cette volonté affichée de démocratiser l'enseignement supérieur est d'ailleurs un des points sur lesquels les promoteurs des MOOC sont critiqués ; non que le but ne soit pas louable, ce sont les méthodes et l'idéologie sous-jacente qui sont attaquées. Le soucis de possible captation par les “marques universitaires” que nous avons déjà abordé sous l’angle économique n’y est pas étranger : ainsi Mitchell Duneier, professeur de sociologie à l'université de Princeton et auteur d'un MOOC à succès en 2012, a refusé de reconduire l'expérience cette année quand Coursera lui a proposé de mettre ses cours sous licence pour les vendre à d'autres universités. M. Duneier a expliqué au site Chronicle (8) qu'il voyait dans l'orientation actuelle des MOOCs un effet d'aubaine pour les universités désireuses de réduire leurs effectifs d'enseignants (« an excuse for state legislatures to cut funding to state universities »). Il précise par ailleurs que le format de cours envisagé, alternant entre visionnage de ses propres vidéos et heures de classe avec un autre professeur, lui paraît peu pertinent dans le cadre d'un cours de sciences humaines (« I also have serious doubts about whether or not using a course like mine in that way would be pedagogically effective. »). Or la vente de « courts touts-faits » aux établissements souhaitant offrir à leurs élèves des cours « prestigieux » est justement une des options de financement envisagée par les grandes plates-formes. Ici la captation de marché par Harvard, le MIT et autres grandes universités révèle une autre de ses facettes, non plus simplement économique mais également culturelle et intellectuelle. Ainsi les professeurs du département de philosophie de l'université de San José ont récemment refusé d'utiliser, comme prévu dans un partenariat entre leur établissement et edX, le MOOC « justiceX » mis à leur disposition. Dans une lettre ouverte (9) consécutivement envoyée à l'auteur de ce cours, Michael Sandel, d'Harvard, ils précisent notamment que l’idée d’un seul et même cours de justice sociale qui serait dispensé dans différents départements de philosophie à travers le pays serait tout simplement effrayante, digne d’un roman dystopique. « […] the thought of the exact same social justice course being taught in various philosophy departments across the country is downright scary – something out of a dystopian novel. »  Loin de n'être qu'un souci financier, la cristallisation de l'offre autour de grands noms du monde universitaire laisse craindre à certains une « normalisation » de l'enseignement proposé dans des domaines animés par le débat contradictoire.

Day of the MOOC

Day of the MOOC

David Kernohan
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     A ce sujet, certains vont jusqu'à parler de « McDonaldisation » ou « Starbuckisation » de l'enseignement supérieur (10) , en dénonçant un système dans lequel « des milliers d'étudiants à travers le monde suivent les mêmes cours, avec le même contenu, du même instructeur ». Conformément à la volonté affichée des promoteurs de MOOCs d' « éduquer le Monde », l'enjeu dépasse effectivement le cadre des seules universités occidentales. Ainsi Coursera a récemment réalisé une importante levée de fonds (11) dont une partie est destinée à l'expansion internationale de leur activité, laquelle est notamment envisagée grâce au sous-titrage des cours disponibles ! Or cette vision de l'internationalisation des MOOCs pose à de nombreux enseignants des problèmes aussi bien pédagogiques qu'éthiques : Tel Amiel, professeur à l'Université d'État de Campinas, au Brésil, remarque ainsi qu'il semble « y avoir quelque supposition d'un apprenant générique qui ne se retrouve pas dans les autres cultures » ("I think there is some assumption of a generic learner that just doesn't repeat itself in other cultures"), ajoutant pour illustrer son propos que « si vous utilisez le football américain pour un exemple de mathématique, vous parlez à une petite audience ; les gens ne comprennent pas vraiment ce que vous dites » ("If you're using a math example that uses American football, you are really talking to a small audience; people don't really understand what you're saying," ).

     Aussi, dans une tribune publiée sur Chronicle, Ghanashyam Sharma, professeur à l'université d'Etat de New-York, raconte ainsi comment, après avoir été enseignant pendant plus d'une dizaine d'années au Népal, il lui a fallu des années pour réussir a donner les même cours à des étudiants américains (12) ; d'après son expérience, même les sujets les plus neutres culturellement et contextuellement exigent d'être enseignés de manière très « localisée » en raison des différences importantes d'un endroit à l'autre en termes de langage, de références et d’applications utilisées, et cetera ( « in term of language used, references made, applications shown, and so on. » ). Aisha S. Al-Harthi, maître de conférence à la Sultan Qaboos University d'Oman, remarque de plus que les écarts culturels entre étudiants peuvent poser problème dans l'application de l’évaluation par les pairs, ce modèle d'évaluation privilégié par les MOOCs dont nous avons parlé précédemment.

     Enfin il convient de remarquer que les MOOCs restent pour l'instant réservés à une petite catégorie de population pour des raisons économiques et sociales ; ainsi par exemple au Brésil, en Chine ou encore en Russie, il a été noté que près de 80% des inscrits à au moins un MOOC appartenaient aux 6% les plus riches et éduqués de la population de leur pays respectif (13). Et ce phénomène n'est pas cantonné aux seuls pays dits émergents : la même étude a en effet montré que 83% des inscrits dans le monde entier étaient déjà titulaires d'un diplôme équivalent à bac +2 ou +4. On soulignera à ce sujet que, si l'immense majorité des inscrits a donc déjà fait ses preuves dans l'enseignement supérieur classique, le taux d'abandon et d'échec pour les MOOCs utilisés hors du cadre universitaire est très élevé : seul 10 à 12% en moyenne des inscrits à un MOOC passent avec succès l'évaluation finale, selon une étude menée sur six MOOCs proposés par l’université d’Edimbourg sur Coursera (14), mais qui est tout à fait représentative des chiffres et des études disponibles sur le sujet.

L'évolution : vers l'enseignement mélangé:

     On le voit donc assez aisément, le mode de fonctionnement des MOOCs tels qu'ils se présentent depuis leur apparition semble dans une impasse. Et les trois grandes plates-formes américaines ont donc deux soucis majeurs à régler : résorber le fort taux d'échec ou d'abandon, et trouver un moyen de rentabiliser leur activité. Et la solution qu'elles semblent privilégier pour cela paraît être « l'enseignement mélangé » (blended learning), hybride entre l'enseignement traditionnel, dans lequel on peut inclure les MOOCs les plus basiques, et le principe de « l'école inversée », qui consiste, pour des élèves de tous âges, à travailler une leçon chez soi, pour ensuite, en cours, échanger, discuter des éventuels problèmes avec le professeur et les autres élèves.

     Appliquée aux MOOCs, cette méthode consiste donc à suivre le cours en ligne, puis, en classe, au sein donc d'une « vraie » université, à échanger avec un professeur (autre que celui qui dispense le cours) et d'autres étudiants, à retravailler certains aspects du cours en groupes, ou à mettre en pratique des expériences ou des manipulations impossibles à réaliser en ligne. Cela implique donc un partenariat entre la plate-forme qui propose le cours, et l'université qui l'héberge, l'incorporant également nécessairement dans un cursus universitaire. Un partenariat payant pour les universités : ainsi edX, après un test (gratuit) concluant, a annoncé vouloir lancer le programme contre une rémunération, et Coursera, qui a déjà lié un partenariat avec 10 universités américaines, les fera payer entre 8 et 25 dollars par étudiant, selon notamment la taille de l'effectif.

     Et si les universités semblent prêtes à payer pour accueillir ces « cours inversés », c'est que les premiers résultats ont été concluants. Ainsi, le test d'edX (15), réalisé à l'Université d’État de San José (Californie), a fait passer le taux de réussite d'un cours de 60-65% à 91% pour les étudiants bénéficiant de l'enseignement mélangé, qui permet également de créer une émulation et une dynamique autre que le simple cours en ligne.

     Ces deux éléments conjugués – taux de réussite en hausse et rentrées d'argent – expliquent que l'enseignement mélangé soit devenu l'orientation majeure des plates-formes, au point que les fondateurs de Coursera racontent désormais volontiers les bénéfices qu'ils en tirent dans leurs propres classes, et que c'est cette pratique même qui serait à la base de la fondation du site.

     Toujours est-il que ce mode d'enseignement met en lumière une des volontés premières des MOOCs, et des plates-formes : travailler, faire travailler les étudiants en complémentarité avec leurs « vrais » professeurs, et non chercher à les remplacer. Ainsi, pour beaucoup, les MOOCs pourraient à l'avenir remplacer les livres de cours, et devenir un outil de travail, une base de contenu pour un cours. Ce que corrobore Andrew Ng (16) : « Plusieurs professeurs m'ont dit qu'ils pensaient écrire un nouveau livre de cours, mais qu'ils avaient finalement décidé à la place de dispenser un cours en ligne sur Coursera. Cela demande moins de travail, mais la portée en est beaucoup plus grande. » Il est cependant amusant de constater qu'en 1922, Thomas Edison tenait un discours similaire à propos du cinéma (17) : « Je crois que le cinéma va révolutionner notre système éducatif, et que dans quelques années il supplantera largement, si ce n’est même complètement, l’usage des manuels scolaires. »

     Et dans cette idée de remplacer les livres plutôt que les professeurs, les MOOCs se rapprochent en partie du travail de Salman Khan, chantre de la classe inversée. Ce dernier est devenu grâce à l'engouement pour les MOOCs une célébrité de l'e-learning, bien qu'il s'en différencie. Son site, la Khan Academy (à but non-lucratif), qui propose plus de 4000 vidéos, qui atteignent les 300 millions de vues au total, et qui dispose depuis peu d'une version française, se propose comme un complément aux cours. S'adressant à un public plus jeune (plutôt niveau collège), ses vidéos se proposent d'éclaircir des points précis des cours, des notions, sans développer ni cours en entier, ni vraiment d'interactions, que ce soit avec les professeurs ou avec des élèves, même s'il est évidemment toujours possible de commenter les vidéos (hébergées sur YouTube). Des professeurs se servent même des vidéos dans leurs cours.

Khan Academy - Comprendre les racines carrées
Khan Academy - Comprendre les racines carrées (Vidéo)

Vidéo

Un exemple de leçon, en français, disponible sur le site de la Khan Academy. Ici, Comprendre les racines carrées.
Khan Academy Français
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     C'est donc en s'inspirant en partie de ce modèle à succès, en en présentant une version bien plus élaborée, adaptée à l'enseignement supérieur, et profitable que les grandes plates-formes vont chercher à pérenniser leur activité. Et si l'enseignement mélangé offre de nouvelles opportunités, de nouveaux enjeux, il pose également de nouveaux problèmes.

     Et ces nouveaux problèmes peuvent être abordés par le prisme de la lettre ouverte adressée par les professeurs de philosophie de l'Université d'Etat de San José à Michael Sandel, professeur dont le MOOC sur la justice avait été imposé, à la suite du partenariat entre edX et l'université, comme base obligatoire des cours, en enseignement mélangé, dans ce domaine. Cette décision a donc fait réagir de nombreux professeurs au sein de l'université, et illustre bien les multiples problèmes que posent ces cours.

     Premièrement, cela pose la question de la place du professeur lors de ces cours, notamment les plus magistraux, au cours desquels il n'est guère plus qu'un passe-plat. Dans le meilleur des cas, car on peut très bien imaginer le voir remplacer par un tuteur, un Teaching Assistant, connaissant le cours, et parfaitement capable de répondre à des questions ou d'animer une discussion autour du sujet. Là-dedans est sous-entendue une des critiques adressée dans la lettre à l'université, à savoir de privilégier l'aspect économique à l'aspect éducatif. En effet, si l'organisation du cours n'est pas gratuite, le fait que la présence d'un professeur ne soit plus vraiment requise permet d'envisager de s'en séparer, et donc de ne plus avoir à lui verser de salaire, et par conséquent de réaliser quelques économies.

     Ensuite, cela laisse envisager la création, du moins le renforcement d'un système d'éducation supérieure à deux vitesses. Un système qui se diviserait entre, d'une part, les universités riches, et les étudiants pouvant s'y inscrire, qui auraient leurs propres cours et produiraient des MOOCs, et les universités pauvres, qui devraient se contenter d'acheter le droit d'utiliser ces mêmes MOOCs. Et même sans aller jusqu'à ce scénario catastrophe, quoique possible, il est aisé de voir dans cette manière de proposer l'enseignement un risque d'uniformisation assez élevé : retrouver un seul et même cours qui s'imposerait partout dans le monde .

     Car, si pour l'instant ce phénomène d'enseignement mélangé se développe principalement aux États-Unis, les MOOCs ayant une visée mondiale, c'est bien à l'échelle du globe que les plates-formes envisagent de l'étendre. Ainsi, la dernière expérience en date de Coursera fût le lancement, fin octobre, de « Learning Hubs » à travers le monde : des endroits, des salles de classe, majoritairement situés dans des pays du tiers-monde, où des élèves suivant un même MOOC peuvent se retrouver pour y suivre d'une part les cours dans de bonnes conditions, et d'autre part y bénéficier de l'enseignement mélangé, sous le patronage d'un tuteur volontaire. Plusieurs séances, plusieurs cours y sont proposés. L'expérience est gratuite pour l'étudiant, les coûts étant couverts par les partenaires grâce auxquels Coursera ouvre ces Hubs (des fondations ou écoles locales). Cette tentative illustre une nouvelle fois la volonté des plates-formes de ne plus vraiment laisser les étudiants seuls face à leurs cours. D'autant que les essais qui ont précédé le lancement ont montré que le taux de réussite dans ces centres pouvait atteindre 40% (contre 10% pour un MOOC traditionnel).

Un Coursera Learning Hub, à La Paz, Bolivie

Un Coursera Learning Hub, à La Paz, Bolivie

Coursera
Licence : Licence inconnue -- D.R.

     Mais là encore, à tous ces nouveaux avantages, correspondent de nouvelles questions, de nouveaux problèmes. Des questions structurelles dans un premier temps : la taille des effectifs sera ainsi fatalement limitée par la taille des bâtiments. Le mode de financement reste aussi pour l'instant assez flou, et on peut se demander combien de temps ce modèle peut tenir dans cet état. De même, on peut s'interroger sur le niveau des tuteurs volontaires et sur leur capacité à répondre à des questions précises. Ensuite, cette manière de procéder appelle à s'interroger sur la façon dont Coursera, et les autres plates-formes, pourraient à terme imposer une certaine forme d'enseignement au niveau mondial, un enseignement produit à la chaîne, uniformisé. Enfin, cette méthode d'enseignement entre également en conflit avec l'un des principes de base des MOOCs, à savoir d'être des cours Massifs, et Ouverts à tous. Une différence se créera invariablement entre ceux qui pourront accéder à ces classes et les autres qui devront se contenter du MOOC basique. L'enseignement mélangé, qu'il soit pratiqué dans les universités américaines ou dans des learning Hubs de Port-au-Prince ou de Tbilissi contredit en partie le principe d'universalité des MOOCs, et la vision philanthropiste égalitaire qui a prévalu à leur création.

Conclusion:

     La situation actuelle des MOOCs reste encore ainsi assez floue : toujours pas de moyens clairs de financement, et des doutes sur l'orientation à donner pour pallier au fort taux d'échec. Mais ces bémols peuvent être nuancés par le fait que cela reste un phénomène nouveau, et qui n'est donc pas encore arrivé à maturité. Les MOOCs présentent indubitablement un intérêt pédagogique, même s'il est encore sans doute mal maîtrisé, du fait de sa nouveauté, par tous les acteurs de la chaîne (professeurs, universités, plates-formes, étudiants), qui doivent encore acquérir une certaine expérience, par la pratique, par les erreurs, avant de maîtriser pleinement les possibilités de cet outil.

     Il restera malgré tout un certain nombre de problèmes, inhérents au phénomène, comme la barrière culturelle entre enseignement occidental, américain et culture du reste du monde, ou d'autres encore directement liés au développement des MOOCs, tels que la menace d'uniformisation de l'enseignement au niveau mondial.

     Finalement, il est possible que les MOOCs trouvent leur véritable utilité dans l'usage pour lequel ils avaient été imaginés, c'est à dire en complément d'une formation universitaire traditionnelle. Mais là encore pointe la menace que les MOOCs ne soient utiles qu'à ceux qui n'en ont pas vraiment besoin.

Sources:

1: Reinaldo Chaves: Curso livre a distância passa a dar certificado, 29/07/13, A Folha de Sao Paulo; http://classificados.folha.uol.com.br/empregos/2013/07/1317126-curso-livre-passa-a-dar-certificado.shtml

2: Matthieu Cisel: Anatomie d'un MOOC, 25/06/13, Blog "La Révolution MOOC" ; http://blog.educpros.fr/matthieu-cisel/2013/06/25/mooc-une-proposition-de-grille-de-lecture/ 

3: E.P.F.L., revue d'actualité Spécial MOOC, 16/05/13 ; http://actualites.epfl.ch/index.php?module=epflfiles&func=getFile&fid=16285&inline=1

4: Christine Vaufrey, Très chers MOOCs..., 25/06/13, Thot Cursus ; http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/20390/%20tres-chers-moocs/

5: Tamar Lewin, Students rush to web classes, but profits may be much later, 06/01/13, N-Y Times ; http://www.nytimes.com/2013/01/07/education/massive-open-online-courses-prove-popular-if-not-lucrative-yet.html?smid=go-share

6: Contrat Coursera-Université du Michigan ; http://www.nytimes.com/2013/01/07/education/massive-open-online-courses-prove-popular-if-not-lucrative-yet.html?smid=go-share ; in Inside the Coursera contract : how an upstart company might profit from free courses, Jeffrey R. Young, 19/07/12, The Chronicle of Higher Education ; http://chronicle.com/article/How-an-Upstart-Company-Might/133065/ 

7: Rapport de l'université d'Ottawa sur l'e-learning, Mars 2013 ; http://www.uottawa.ca/vr-etudes-academic/en/documents/e-learning-working-group-report.pdf 

8: Marc Parry, A Star MOOC professor defects-at least for now, 03/09/13, The Chronocle of Higher Education ; http://chronicle.com/article/A-MOOC-Star-Defects-at-Least/141331/ 

9: "An Open letter to professor Michael Sandel from the Philosophy Department at San José State University", via The Chronicle of Higher Education, 02/05/13 ; http://chronicle.com/article/The-Document-Open-Letter-From/138937/ 

10: Jason Lane et Kevin Kinser, MOOCs and the McDonaldization of Global Higher Education, 28/09/12, The Chronicle of Higher Education ; http://chronicle.com/blogs/worldwise/moocs-mass-education-and-the-mcdonaldization-of-higher-education/30536 

11: Tamar Lewin, Coursera, an online education company, raises another $43 Million, 10/07/13, Bits, blog du N-Y Times ; http://bits.blogs.nytimes.com/2013/07/10/coursera-an-online-education-company-raises-another-43-million/?_r=1 

12: Ghanashyam Sharma, A MOOC delusion : why visions to educate the world are absurd, 15/07/13, The Chronicle of Higher Education ; http://chronicle.com/blogs/worldwise/a-mooc-delusion-why-visions-to-educate-the-world-are-absurd/32599 

13: Nicole Ostrow, Online Courses fail to reach poor students as richest benefit, 20/11/13, Bloomberg ; http://www.bloomberg.com/news/2013-11-20/online-courses-fail-to-reach-poor-students-as-richest-benefit.html#prclt-21RSAmQ0 

14: Olivier de Montalembert, MOOCs : premiers retours sur expérience d'une université britannique, 28/05/13, Bulletins électroniques ; http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/73110.htm 

15: Will Oremus, Cours en ligne: pour réenchanter la révolution MOOC, passez aux SPOCs, 20/10/13, Slate ; http://www.slate.fr/story/78916/mooc-cours-internet-spoc 

16: Will Oremus, The New Public Ivies, 18/07/12, Slate ; http://www.slate.com/articles/technology/future_tense/2012/07/coursera_udacity_edx_will_free_online_ivy_league_courses_end_the_era_of_expensive_higher_ed_.html 

17: Edison predicts movies will replace textbooks http://www.xtimeline.com/evt/view.aspx?id=775970 

 
 

Notes de lecture

Online Courses Put Pressure on Universities in Poorer Nations

Let Them Eat MOOCs

Très chers MOOCs ...

Le cycle économique infernal de la financiarisation de l’enseignement supérieur

Anatomie d'un MOOC

Curso livre a distância passa a dar certificado

The Future of online education is on campus

A MOOC delusion