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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

25 km de marche par jour
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Amazon, leader de la vente en ligne

Emilie BOUCHE, Florence CHAMPENOIS, Romy CHESNEL
Etude de cas sur Amazon, leader de la vente en ligne.
(déposé le 2014-12-12 14:14:34)

Amazon, leader de la vente en ligne

Au début, Amazon, c’est d’abord un homme et un concept...

Diplômé de la célèbre université de Princeton en informatique et ingénierie électrique, Jeff Bezos a travaillé dans plusieurs entreprises financières de Wall Street avant de se lancer dans la grande aventure du commerce en ligne dans les années 1990. Un secteur d'activité qui est alors en pleine expansion.

Jeff Bezos, l'homme au sourire

Jeff Bezos, l'homme au sourire

Jeff Bezos, fondateur et actuel PDG de l'entreprise Amazon.

Fondée en 1994, l’entreprise Amazon ne se développe sur Internet qu'en 1995, date d'ouverture de son premier site de vente en ligne. Elle n’est alors qu’une librairie en ligne de faible envergure. On est encore bien loin de ce que l'entreprise est devenue aujourd'hui, à savoir l'une des entreprises la plus influente du monde.

Spécialisée dans le commerce de livre en ligne, l'entreprise Amazon a su élargir rapidement son offre pour conquérir un public de plus en plus large, et répondre aux besoins les plus divers de ses clients. Une stratégie qui a fait sa réussite. Elle propose ainsi, outre des livres, des produits culturels autres (CD, musique en téléchargement, DVD), tout en passant par la vente de produits d'électroménager, de jouets, de vêtements, etc. Elle devient même le premier vendeur de chaussures aux États-Unis en rachetant en 2009 l'entreprise Zappos.com, leader de la vente de chaussures sur Internet. Jusqu'alors le site avait été le principal concurrent du site de vente de chaussures d'Amazon, EndLess.com, créé en 2007.

Des stocks divers et variés

Des stocks divers et variés

Vue d'ensemble d'un entrepôt d'Amazon et de sa diversité de marchandise en stock.
Rex Features
Licence : Tous droits réservés -- Copyright

Parallèlement, son fondateur Jeff Bezos a également investi dans plusieurs secteurs d'activités, à savoir l'aérospatiale, la communication... En 2000, il fonde la start-up Blue Origin, spécialisée dans le tourisme spatial, puis rachète en 2012 l'entreprise de robots transporteurs Kiva Systems. Dernièrement, en 2013, il a racheté le Washington Post, l'un des plus grands quotidiens des États-Unis.

Mais le patrimoine entrepreneurial de Jeff Bezos ne s'arrête pas là puisqu'il possède aussi de nombreux sites tels IMDB, AbeBooks, Amazon Kindle, Reflexive Entertainment, Audible.com, LibraryThing, Statistically Improbable Phrases, parmi tant d'autres.

L'entreprise de vente en ligne s'est fixée au fil des ans certains objectifs, à savoir satisfaire ses clients et proposer une gamme de produits la plus large possible. Objectifs parfaitement incarnés par le logo d’Amazon, créé en 2000, dont la flèche arrondie s'apparente au sourire de satisfaction des clients. Parallèlement, en allant de la lettre A à la lettre Z, cette flèche indique également que l'on peut trouver sur Amazon tous les produits de A à Z.

Logo d'Amazon

Logo d'Amazon

Logo de l'entreprise Amazon, créé en 2000.

Et sur le marché mondial ?

Des débuts difficiles

Si Amazon est aujourd’hui considérée comme un géant de la vente en ligne, elle a cependant connu des débuts difficiles. La croissance de l’entreprise est lente, Amazon n’est pas rentable avant 2001, après l’éclatement de la “bulle internet”.

Ce que l’on désigne par la bulle internet, ce sont les marchés boursiers nouveaux concernant les secteurs de l’informatique et des télécommunications, à la fin des années 1990. L’apogée de cette “bulle internet” a lieu en 2000, suite à l’entrée en bourses de petites sociétés de commerce en ligne, et se finit en krach : on dit que la bulle internet a “éclaté”.

Amazon a pu survivre à l’éclatement de la bulle internet grâce à son esprit pionnier. L’entreprise avait investi dans de nombreux domaines avant même que ses concurrents n’y songent.

Toutefois, l'entreprise n'est pas vraiment stable économiquement, et ce encore aujourd'hui, car selon la politique voulue par Jeff Bezos, Amazon est en permanence en phase d’investissements et ses bénéfices sont donc inexistants.

Ouverture à l’international

En 1997, Amazon fait son entrée en bourse, contre l’avis du SEC (Securities and Exchange Commission) car l’entreprise ne peut apporter de preuves qu’elle fera des bénéfices. Selon Steve Balmer, PDG de Microsoft, Amazon n’est pas un marché, c’est de la spéculation.

Steve Ballmer on Amazon :
Steve Ballmer on Amazon : "They Make No Money." (Vidéo)

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Dans cette interview, menée par Chalie Rose, Steve Ballmer, ancien PDG de Microsoft, explique que "dans son monde", une entreprise se doit de faire des bénéfices et s'étonne qu'Amazon, du haut de ses 21 ans, ne tire aucun profit de ses activités.
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1997 marque aussi l'ouverture d'une filiale Amazon en France. Une implantation qui n'est pas du goût de tout le monde. Dans le monde du livre, les avis sont très mitigés : certains redoutent les conséquences qui vont découler de cette arrivée sur le marché français, beaucoup critiquent son fonctionnement et lui refusent l’appellation de “librairie en ligne”, car pour eux, Amazon n’est qu’un revendeur de livres.

Toujours plus d'innovations

La firme cherche toujours à développer de nouvelles techniques de communications et d’informations, comme par exemple les cookies et les avis des internautes, un système d’évaluation des produits proposés à partir des commentaires des clients, qui ont été repris par la suite par d'autres entreprises de ventes en ligne.

Amazon est le pionnier dans l’utilisation des algorithmes. C’est grâce à cela que l’entreprise se passe de marketing, tout étant géré par la publicité. En 2003, Amazon innove en proposant aux particuliers et aux vendeurs spécialisés de vendre sur le site via la plateforme MarketPlace.

Une offre qui se diversifie en terme de services et produits technologiques

En 2006, un service de cloud-computing est mis en place : AWS (Amazon Web Service). Il comprend notamment un service de stockage en ligne, des serveurs à la demande et un service de paiement.

L'année d'après, Amazon lance son lecteur de livres numériques, la "kindle", à la fois support et service puisque cette dernière est connectée en permanence avec le site Amazon.

Dernièrement, l'entreprise a lancé son premier smartphone, appelé “firephone”, ainsi qu’un service d’impression 3D.

En s’ouvrant à d’autres marchés, notamment technologiques, Amazon concurrence fortement les autres entreprises déjà implantées sur le marché depuis un certains nombres d'années déjà. Si les inquiétudes sont vives de la part de ces dernières, cette stratégie de diversité et d'innovation booste la cote de popularité d’Amazon sur le web, plaçant l'entreprise comme leader sur l’Internet.

Amazon au secours de la culture

Lors de son procès contre Hachette, Bezos se montre du côté des consommateurs et prétend les défendre contre le groupe Hachette. Il se positionne comme le sauveur de la culture française en promouvant un accès plus large à toutes les productions culturelles grâce à des prix peu élevés. Il permet, de cette manière, la diffusion du patrimoine français. De plus, Amazon permet d'introduire plus de diversité. En effet, grâce à sa nature de grande plateforme, des productions culturelles peu populaires sont proposées sans menacer sa rentabilité. Il y a l'agrégation de multiples petits volumes de commandes (dont le coût de stockage est faible). Cela participe et même augmente l'économie de la longue traîne représentant une grande part des créations artistiques.

La firme conduite par Bezos s'oppose aux éditeurs et joue sur l'image du sauveur. En effet, les auteurs reçoivent moins de bénéfices pour leur travail en passant par la chaîne traditionnelle de l'édition et de l'imprimerie. Par conséquent, la créativité des auteurs est plus encouragée. Cela fait vivre des écrivains qui peuvent continuer d'écrire et donc participer à l'enrichissement de la culture française.

De plus, la politique de vente d'Amazon vise la suppression d'intermédiaires. Ces intermédiaires représentent, selon Bezos, un frein. Non seulement l'auteur perçoit moins de revenus par livre vendu mais les prix sont plus élevés en raison de ces intermédiaires à rémunérer. Le lecteur et l'auteur en ressortent perdants. Depuis la liseuse Kindle jusqu'en 2011, Amazon vendait les livres en-dessous du prix de revient, ce qui était intéressant pour les auteurs : Amazon achetait au prix fort leurs livres et les revendait bon marché. L'entreprise faisait du dumping afin d'obtenir le monopole sur le marché du livre électronique.

Par conséquent, la plateforme reste très mal vue dans le monde de l’édition européenne mais aussi américaine. En effet, les auteurs d’Amazon sont rarement reconnus par les librairies et les éditions Amazon sont absentes en librairies. Celles-ci refusent de diffuser les ouvrages d’une entreprise qui s’est faite éditeur du jour au lendemain et qui empiète sur leur métier de libraire via le site de vente en ligne.

Une loi Anti-Amazon avait même été votée à l'unanimité en Janvier 2014. La proposition de loi visait la régulation du commerce de livres à distance. Elle interdisait de pratiquer en même temps la gratuité des frais de port et les remises. La réaction d'Amazon avait été de baisser les frais de port à un centime. Le président d'Amazon France, Romain Voog, arguait que la plateforme représente un complément des libraires et que l'internet est une «opportunité pour démocratiser la culture, la rendre accessible» et surtout pour les personnes n'ayant pas de librairie dans leur voisinage.

Des politiques offensives contre les acteurs du livre

Aujourd’hui, Amazon est un acteur majeur du monde du livre. La firme représente le premier vendeur de e-books de Hachette aux Etats-Unis. Les éditeurs sont aux prises avec des acteurs technologiques géants. Amazon dispose donc d'un pouvoir considérable lors d'éventuelles négociations. Toutes les étapes de circulation du livre sont gérées: de sa racine (auteur-éditeur) à sa cime. Elle est diffuseur-distributeur et même librairie en ligne. En effet, la satisfaction de l'acheteur est au centre et la firme met en place une relation avec le client, à l’inverse de simples distributeurs. En résumé, Jeff Bezos maîtrise à peu près toute la chaîne du livre.

La politique de l'entreprise est de proposer toujours mieux aux clients. Jeff Bezos n'a de cesse d'innover dans les services offerts (pionnier dans les algorithmes pour les suggestions, distribution par des drones, …). Il est même prêt à menacer ses concurrents pour garder les meilleures conditions de vente. Il propose ainsi des prix plus compétitifs que les éditeurs traditionnels, se faisant accuser de voler leurs parts de marché.

Une politique de charme

Amazon possède un programme d'auto-publication. Le Kindle Direct Publishing est un service qui permet à tout individu de mettre en vente son ouvrage auto-publié. Il reçoit un pourcentage très intéressant soit 70% du prix de vente. Seule limite pour que l’auteur touche ses droits sur les livres lus via Kindle Unlimited (son programme de lecture illimitée), le lecteur doit lire plus de 10% de l’ouvrage. Amazon avait même augmenté son fonds mondial de rémunération pour assurer le paiement des droits aux auteurs.

La plateforme de publication Amazon Publishing revendique le soutien des auteurs dans le travail de rédaction et encourage la commercialisation internationale. Ses atouts reposent sur un marketing efficace et une base de données importante de lecteurs dont les achats permettent de cibler les préférences de chacun. La firme étudie les chiffres de vente dans le monde. De plus, un petit groupe d'éditeurs aide dans le choix d'œuvres qui pourraient rencontrer du succès.

Dans un premier temps, Bezos tente d'amadouer les maisons d'éditions en faisant de meilleures offres. C'est ce qu'il appelle le «Projet Gazelle». Il établit des politiques de stratégies afin de construire l'empire Amazon. Sa première stratégie repose sur le fait de faire des offres impossibles à refuser. En 2004, il a visé la maison d'édition Melville House.

Ecrivez On s'occupe du reste : la littérature selon Amazon
Ecrivez On s'occupe du reste : la littérature selon Amazon (Vidéo)

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Le parcours de quatre auteur(e)s permet de disséquer le système Amazon. Une ancienne psychologue, Agnès Martin-Lugand, a autoédité en e-book son roman Les gens heureux lisent et boivent du café en octobre 2012 via la plate-forme Amazon. Le journaliste munichois Oliver Pötzsch a dépassé le million d'e-books vendus par la multinationale de Seattle en juin 2013, grâce à sa trilogie mettant en scène un bourreau bavarois et ses descendants, entre le XVIe et le XIXe siècle. Amanda Hocking, du Minnesota, a vite fait fortune avec ses aventures paranormales. Quant à Emily Bold, elle a trouvé un public international grâce à ses romans d'amour qui se déroulent en Écosse. Des entretiens avec ces écrivain(e)s, avec des éditeurs en Allemagne et en France -- dont Antoine Gallimard -- ainsi que des reportages aux foires du livre de Londres, New York et Francfort permettent ainsi de s'interroger sur l'avenir du livre et d'aborder des questions comme les droits d'auteur, le prix unique, l'uniformisation des goûts, la diversité culturelle, ou encore la mort annoncée des petits libraires...
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D'un côté, Amazon permet de faire connaître des écrivains et de lancer leur carrière s’ils connaissent de grandes ventes. Dans le meilleur des cas, une maison d'édition peut leur faire passer un contrat (Laffond avec l'écrivain Martin-Lugand). Ils gagnent en visibilité. D'un autre côté, les auteurs publiant directement sur l'internet pour Amazon sont dans la majeure partie mal perçus par les éditeurs qui peuvent refuser de publier chez eux . Ils n'obtiennent aucune reconnaissance et vont dépendre de la firme pour publier.

Une politique marketing agressive et très concurrentielle

Afin de garder sa place monopolistique, Amazon met en œuvre une politique d'intimidation. Plus de 900 auteurs ont fait part des pressions commerciales par Amazon pour obtenir de meilleures marges sur les ventes et réduire le prix du livre numérique. Plus de 2500 auteurs et 7000 titres seraient victimes du conflit Amazon contre Hachette. Ces pressions s'expliquent par les pertes enregistrées à la Bourse par les actions d'Amazon. Les investisseurs de la firme réclament des bénéfices.

La loi Lang instituée est la réglementation en vigueur pour les livres. Elle permet de pallier les manques de conditions concurrentielles. Néanmoins le livre numérique n'a pas de cadre juridique quant à l'établissement des prix. Les écrivains ne sont pas protégés dans ce domaine et se plient aux prix fixés. De plus, l'entreprise contourne pour les livres papiers aussi par les remises et les livraisons offertes.

La finalité de la politique d'Amazon est de se positionner sur le marché en proposant des prix imbattables quitte à vendre à perte. Elle occupe donc une position hégémonique sur le marché et étouffe toute concurrence, pour que par la suite, arrivée au monopole, elle puisse avoir la main mise sur les tarifs des livres sur le marché. C'est un investissement sur le moyen terme que Bezos souhaite finir par rentabiliser.

De par son rôle d'intermédiaire nécessaire entre les lecteurs potentiels et des écrivains, son pouvoir décisionnel en est accru. Ainsi, les auteurs souhaitant voir leurs œuvres en vente sur la plateforme cèdent aux conditions pré-établies par Amazon. L'entreprise peut jouer en faveur ou en défaveur d'un auteur d'une part via sa visibilité sur le site (rang dans l'affichage, commentaires à son sujet, ...) et d'autre part à travers les modalités d'acquisition de ses ouvrages.

Des lynchage d'auteurs ont lieu via le postage de commentaires de lecture fictifs sur le site. Amazon organise son site web en faisant des choix de mise en avant de certains auteurs contrairement à d'autres. Or la visibilité et la popularité concourent à l'écoulement des ventes.

Amazon module les délais de livraison, les disponibilités ainsi que les remises des livres en vente selon son rapport à l'auteur ou à l’éditeur, comme dans le cas d'Hachette. Les clients s'attendent à un service efficace et rapide mais les ouvrages sont difficilement accessibles, sans aucune explication fournie. Les délais de réception du colis sont allongés à l'excès. Cela peut aller jusqu'à une absence de stock disponible. Les boutons de pré-commandes de livres Hachette ont été supprimés. Les clients n'ont pu réserver les nouveautés majeures. La circulation des ouvrages s'en retrouve fortement ralentie. Ces pressions pratiquées peuvent aller jusqu'à une suppression dans le catalogue du site.

Jeff Bezos exprime sa politique de cette façon : conservez des équipes assez restreintes ce qui permet de tester des idées sans que trop de gens soient au courant et interfèrent. Selon lui, cela protège de la pensée unique et développe l'innovation. Les équipes communiquent peu entre elles et restent indépendantes. Il force ses équipes à défendre chacun leur point de vue et non rester dans un consensus plus confortable. Jeff Bezos met en avant le conflit créatif qui définit la culture d'Amazon.

Amazon, une montée en puissance controversée

Au travail !

Si Amazon est aujourd'hui leader du marché en ligne du livre et autres biens, et ce dans de nombreux pays, l'instauration de ce monopole s'est fait au détriment de beaucoup de personnes, à commencer par ses propres employés.

« Jeff Bezos s’est vu décerner le titre de « pire patron au monde » à l’issue d’un sondage mené par la Confédération syndicale internationale (CSI) lors de son troisième Congrès mondial ».

Quand on connaît les conditions de travail des employés travaillant dans les entrepôts d'Amazon, rien de moins étonnant. Elles sont d’une part difficiles mais bafouent en plus les droits et libertés individuels, notamment le Code du travail français.

« Il y a la loi, et quand vous passez le portique, il y a la loi Amazon », Alain Jeault, représentant syndical.

La pénibilité du travail est un facteur omniprésent dans les entrepôts d'Amazon. Quel que soit le poste choisi, les tâches sont extrêmement répétitives et nécessitent de rester debout non-stop :

  • soit de manière fixe comme c'est le cas pour les "eacher" qui trient les produits entrants et les "packeur", qui emballent des colis non-stop, en faisant du surplace;
  • soit de manière active tels les "pickeur" qui marchent plus de 24 km par jour en poussant leur chariot pour préparer les commandes, ou les "stower" qui vident les bacs remplis d’articles pour les placer dans les rayonnages.

25 km de marche par jour

25 km de marche par jour

Les larges allées que parcourent les employés chaque jour dans les entrepôts de l'entreprise Amazon.
Midi Libre
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Des conditions éreintantes physiquement donc, mais aussi moralement. En effet, les employés sont surveillés continuellement à l'aide de leurs scannettes portatives géolocalisables. De plus, ils sont évalués en permanence sur leur taux de productivité par ces mêmes scannettes, la moyenne à atteindre étant de 120 à 130 articles à l'heure.

D'autre part, au moindre écart, à la moindre erreur ou faiblesse - discussions entre collègues sur le temps de travail, pause impromptue - les salariés sont réprimandés par les manageurs, et ce devant tous leurs collègues pour que l'effet soit plus fort. Ainsi l'atmosphère est souvent pesante au sein des allées et des différents pôles de travail.

« Il y a un tableau avec les scores de chacun et un classement. Les managers font leur speech le matin, et il faut s’applaudir. Ils ont essayé le cri de guerre – il fallait crier une phrase en wolof – mais ça n’a pas vraiment marché. »

A noter que la pénibilité et la pression sont d'autant plus accrues lors des fêtes de fin d'année où les cadences sont beaucoup plus soutenues.

Des conditions de travail bien plus proches de celles du 19e siècle que du 21e siècle et qui expliquent le turn-over important des salariés.

En ce qui concerne les droits des salariés, il serait plus juste de parler d' interdictions. Il est notamment spécifié dans leur contrat de travail qu'ils n'ont pas l'autorisation de parler de l'entreprise à qui que ce soit, ni à la presse, ni à leur propre famille. Une close suspecte quand on sait que l'entreprise n'a pas de secret de fabrication à protéger, si ce n'est un système managérial quelque peu tyrannique qui pourrait ternir l'image publique d'Amazon.

Face au silence obligatoire et contraint des salariés, le journaliste Jean-Baptiste Malet s'est donc infiltré dans l'entrepôt de la multinationale de Montélimar pour découvrir l'envers du décor. Il témoigne dans son livre En Amazonie. Infiltré dans le « meilleur des mondes », (Paris, Fayard, 2013, 164 p.) des conditions difficiles qui règnent dans les entrepôts et redonne, comme l'auteur le dit lui-même, une visibilité aux invisibles de notre société, que sont les salariés d'Amazon.

Suite à la parution de cet ouvrage, son auteur est revenu bien volontiers sur son expérience dans plusieurs interviews accordées au DailyNord mais aussi à L'Humanité.

Un témoignage qui trouve écho dans ceux d'autres intérimaires employés par Amazon.

BBC Panorama Amazon The Truth Behind the Click BBC documentary behind amazon shopping 2013
BBC Panorama Amazon The Truth Behind the Click BBC documentary behind amazon shopping 2013 (Vidéo)

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It's the online retailer that has transformed the way we shop, but how does Amazon treat the workers who retrieve our orders? Working conditions in the company's giant warehouses have been condemned by unions as among the worst in Britain. Panorama goes undercover to find out what happens after we fill our online shopping basket.
BBC
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« Travaillez dur, amusez-vous, écrivez l’histoire »

Le « Travaillez dur » de la maxime interne de l'entreprise prend dans ce contexte tout son sens, et on se trouve bien loin de l'amusement qui y est préconisé. Si les clients satisfaits écrivent l'histoire, les employés aussi, et aucun doute, elle est beaucoup moins reluisante.

Mais pourquoi les politiques ne font rien ?

Tout d'abord, il faut savoir que la grande majorité des salariés d'Amazon habitent des zones sinistrées où le chômage est élevé. De ce fait, les personnes qui trouvent un emploi dans ses entrepôts ne peuvent pas vraiment faire la fine bouche et se refusent à dénoncer les mauvaises conditions dans lesquelles ils travaillent. Ce serait prendre beaucoup de risques pour un résultat nul car comme le disait Alain Jeault, syndicaliste de l'entreprise à Chalon-sur-Saône, il y a la loi française et il y a la loi Amazon. Au final, seuls les anciens salariés osent témoigner et dénoncer les dérives.

De plus, les syndicalistes expliquent qu'ils ont peu de poids face à Amazon, qui les voit d'un très mauvais œil. En effet, l'entreprise considère ses salariés non pas comme des employés mais plutôt comme des associés, et assure que leur sécurité et la qualité de leurs conditions de travail sont des priorités pour elle. Faire appel aux syndicalistes c'est donc trahir la famille qui vous aide et vous soutient.

Mais si les dérives continuent c'est aussi à cause des politiques qui ne voient, ou ne veulent pas voir, l'envers du décor. Ils ne veulent percevoir que les avantages qu'apporte Amazon en s'implantant dans des zones dévastées par le chômage, à savoir la création d'emplois, un enjeu ô combien majeur en situation de crise.

« Le gros problème est qu’il y a des volontés politiques. Les institutions comme l’Inspection du travail ont un peu les mains liées, leurs actions sont entravées par le maire de Chalon-sur-Saône ou notre ministre du Redressement productif. C’est leur bébé, c’est eux qui ont fait venir Amazon à Chalon. Les politiques ne veulent pas savoir ce qui se passe à l’intérieur. Eux, ce qu’ils voient, c’est qu’Amazon est implanté, et que ça fait 300 emplois supplémentaires... », Alain Jeault, syndicaliste de l'entreprise à Chalon-sur-Saône.

« Je ne cache pas mon contentement 
et ma satisfaction, nous avons tous été 
au rendez-vous pour que ça réussisse », 
Arnaud Montebourg, le 25 juin 2012, 
lors de sa visite à Chalon (Saône-et-Loire) pour la création du troisième entrepôt logistique d’Amazon en France.

Si l'implantation d'entrepôts crée des emplois à court terme, cela fragilise le secteur des librairies indépendantes, tout comme le commerce de proximité en général. Les librairies notamment ne peuvent rivaliser avec les conditions de ventes très concurrentielles instaurées par Amazon, si bien que leur chiffre d'affaires chute. Par conséquent, elles licencient certains de leurs employés, ou mettent définitivement la clé sous la porte dans le pire des cas.

Néanmoins, l'Etat français continue à encourager Amazon dans sa démarche et va même jusqu'à lui donner de l'argent. Ainsi 1,125 millions d'euros d'aides publiques ont été versés pour la création de 250 emplois dans sa plateforme de Sevrey (Saône-et-Loire), c'est-à-dire 3400 euros par emploi.

Un véritable paradoxe quand on sait que l'entreprise est actuellement dans le collimateur du Fisc français qui lui réclame près de 200 millions d'euros. En effet, l'entreprise pour se dédouaner déclare en très grande partie ses impôts au Luxembourg.

Sur les 1,63 milliards d'euros de chiffre d'affaires réalisés en France en 2011, Amazon n'a déclaré que 110 millions et n'a donc payé que 3,3 millions d'euros d'impôts à la France.

En conclusion...

Au fil des années, l'entreprise Amazon a élargi son marché. Spécialisée dans le commerce électronique du livre, elle a su se diversifier dans d'autres produits notamment culturels (disques cd, musique en téléchargement, DVD, appareils photos numériques, informatique, équipement maison, etc), tout en passant par la vente de produits de tous les jours telles les couches pour bébé.

Parallèlement, elle investit constamment dans les nouvelles technologies et les services pour toucher un public toujours de plus en plus large.

Amazon est aujourd'hui l'une des entreprises les plus puissantes d'Internet et appartient au cercle privilégié du GAFAT (Google, Apple, Facebook, Amazon, Twitter). Si ses méthodes sont largement contestables, face à sa puissance, et dans l'état actuel du système économique mondial, il est pour l'instant difficile de remettre en cause sa manière de faire.

 
 

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