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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Le pulse
Le pulse

Quantified Self

Dis-moi comment bat ton coeur, je te dirai qui tu es

Abikhalil Céline, Bisson Marine, Cloutier Maud, Sorel Marion (M2 Management du sport)
Phénomène de mode récent, le quantified self permet "l'auto-mesure" de soi dans plusieurs domaines.
(déposé le 2013-12-12 11:40:46)

Quantified Self

INTRODUCTION

Que nous soyons sportif ou non, utilisateurs de nouvelles technologies, comme le Smartphone ou non, nous avons certainement tous été confrontés au « quantified self » sans même le savoir. Le «quantified self », ou « auto-mesure de soi », est une tendance actuelle à la croisée de la télé-santé et du bien-être. Cette vogue consiste à mieux se connaître soi-même, à mesurer son état de santé à travers les diverses technologies numériques qui sont de plus en plus communicantes et miniaturisées. Les applications concernant ce sujet montrent un réel succès. En effet, les utilisateurs sont en perpétuelle demande de données concernant leur corps et leurs activités. Ces applications deviennent même des besoins.

Le « quantified self » est un terme apparu en 2007 en Californie avec l’engouement d’une des plus anciennes applications et une des plus répandues qui est le podomètre. Ce terme est également relié  au  « self-tracking » qui désigne « les pratiques de capture, d’analyse et de partage de données personnelles, en vue d’avoir un meilleur contrôle sur son bien-être ou sa santé ». Cependant, le gouvernement appelle à la plus grande prudence quant au stockage des données ainsi qu’à leur confidentialité. En effet, selon l’étude Pew Internet de mars 2013, 69% des américains déclarent suivre un indicateur de forme ou de santé. Le marché des accessoires technologiques, sensé améliorer notre bien-être « explose », surtout celui concernant le suivi du corps (poids, fréquence cardiaque, nombre de mètres parcourus, etc).

Des instituts comme « Brown, Chui et Manyika du McKinsey Global Institute » déclarent que nous entrons dans une ère de « Big Data » (ère de la collecte d’une quantité inouïe de données et de leur interprétation en temps réel). En effet, les développeurs des applications améliorent chaque jour leurs programmes afin de répondre, au plus vite, aux attentes des consommateurs. Nous pouvons nous demander, à l’avenir, si les applications de demain auront besoin d’une intervention humaine, ou si elles pourront s’adapter automatiquement à eux intimement grâce, entre autres, aux Smartphones. En effet, leur puissance de calcul peut mesurer et analyser une quantité importante de données, et ainsi permettre aux utilisateurs d’évaluer ses propres performances, d’être en perpétuelle compétition avec soi-même et les autres.

Ce document présentera les différentes déclinaisons du « quantified self » dans notre monde actuel. En effet, ce terme est utilisé aussi bien au niveau de la santé, des loisirs, des jeux vidéo, mais aussi à une multitude d’activités de la vie quotidienne. Cependant, le quantified self, sur-utilisé, va présenter quelques limites.

I - Les différentes utilisations possibles du Quantified Self

Le terme de quantified self signifie « auto-mesure de soi ». C’est une tendance qui consiste à enregistrer des mesures sur nous et notre corps afin de mieux se connaître. Ainsi, il existe plusieurs utilisations, surtout en ce qui concerne la santé et le sport. Cependant, on voit apparaître une tendance à l’utilisation du quantified self à d’autres domaines.

A/ La santé

Le quantified self est pratiqué dans un grand nombre de domaine et notamment la santé. Certaines personnes appellent cette pratique la « e-santé ». Nous allons donc voir en quoi elle consiste et comment pouvons nous la pratiquer.

La « e-santé », ehealth en anglais « désigne tous les aspects numériques touchant de près ou de loin la santé. Cela correspond à du contenu numérique lié à la santé, appelé également la santé électronique ou télé-santé »[1]. Elle s’avère être un bon moyen pour pallier à certaines difficultés de notre société comme par exemple le coût des consultations qui s’associe avec la prise ou non d’une mutuelle permettant le remboursement des soins, le fait qu’aujourd’hui l’homme a  de moins en moins de temps, ou ne veut pas prendre le temps de consulter un médecin pour un simple rhume ou une autre consultation quelconque et bénigne. En France, nous avons eu du mal à faire entrer la « e-santé » dans les mœurs mais depuis « la France ou plutôt le gouvernement, semble avoir pris la mesure du chantier et de nombreux signes tangibles ont été visibles en 2011, concernant la mise en place d’une véritable politique de santé publique »[2]. Effectivement plusieurs efforts ont été fournis et petit à petit, le marché de la « e-santé » s’élargit et propose des accompagnements à domicile notamment pour les maladies chroniques. Outre la « pure » e-santé, il existe plusieurs applications dites de « quantified self », qui permettent de se surveiller soi-même. Aujourd’hui, à l’aide d’un Smartphone ou encore d’une balance électronique, d’un bracelet, l’homme peut mesurer ses constantes. Nous allons voir la progression de cette utilisation.

Pour commencer, l’ancêtre du quantified self est le podomètre. À l’époque on ne le savait sans doute pas mais on pratiquait déjà la « e-santé » : on enregistrait le nombre de kilomètres que l’on parcourait, en combien de temps et à quelle allure. Cet engouement pour le podomètre était en relation étroite avec le slogan « le sport est bon pour la santé ». Cet outil s’est vu évolué notamment avec l’arrivée des smartphones et des applications qui vont avec. Le podomètre n’est plus l’appareil électronique que l’on attache autour de la ceinture, mais une puce incorporée dans la chaussure.

Podomètre

Podomètre

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« Depuis, plusieurs « mesureurs » se sont développés et de nouvelles technologies sont apparues sur plusieurs thèmes : le sport, le sommeil, le poids, la maternité et grossesse, le sevrage tabagique »[3]. On peut également parler de l’alimentation et de la nutrition. Comme l’explique Emmanuel Gadenne, l’auteur du livre guide pratique du quantified self, il a « enregistré quotidiennement sur des carnets de note, mon temps de sommeil, mon poids, ma consommation de cigarettes, d’alcool, de café, de cola, mon humeur, mon irritabilité, etc. »[4] et il  retranscrivait toutes ces informations sur un tableau Excel, et cela lui permettait d’améliorer son hygiène de vie.  Après avoir partagé son expérience sur les forums de santé et avec l’apparition du quantified self, E. Gadenne a pu améliorer sa forme avec des outils bien plus avancés : « J’utilise à présent l’application Tactiosanté, connectée à mon podomètre Fitbit One, à ma balance connectée et à mon tensiomètre Withings comme le poste de pilotage de toute ma santé »[5].

Le quantified self, associé à la santé, est un phénomène qui commence à prendre de l’ampleur. En effet « d’après une étude publiée au printemps dernier par TNS Sofres, l’Hexagone compterait pour l’instant sept millions de  « mobinautes santé ». Il existe aujourd’hui près de 10 000 applications santé »[6]. Les « mobinautes santé » sont ceux qui utilisent leur mobile pour interagir avec leurs médecins, dermatologues mais aussi ceux qui utilisent les applications smartphones de la santé.

La santé passe par des dépenses énergétiques, du renforcement musculaire, de la récupération de sommeil, la régulation de l’appétit, de la glycémie, du poids de forme et plus encore : bref, se maintenir en forme. C’est autant de sujets qui font le bonheur des créateurs d’applications. Parmi les applications et objets connectés qui concernent les différents thèmes de la santé, on y trouve  la marque Française « Whithings » faisant partie des cinq marques qui dominent le marché de ces petits bijoux. Whithings est réputé notamment pour deux objets connectés, le pulse et la balance, accompagnés de l’application que nous allons présenter par la suite.

Le « pulse »

Le pulse

Le pulse

Withings
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Description : c’est un mini capteur de 8g que vous portez au poignet ou à la ceinture. Il va vous permettre de mesurer vos pas, le dénivelé, la distance parcourue ainsi que les calories perdues. Le Withings pulse vous aide à être plus actif et transforme vos données en graphique, vous permettant de les consulter et de vous booster. L’appareil mesure aussi votre cycle de sommeil et fait une évaluation précise à l’aide de diagramme et graphique ce qui vous permettra d’améliorer votre cycle de sommeil.

Vidéo présentation du Pulse
Vidéo présentation du Pulse (Vidéo)

Vidéo

withings
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Site web : http://www.withings.com/fr/pulse

La Balance Withings WS 30

Balance Withings W30

Balance Withings W30

Description : la balance connectée nous pèse précisément, calcule notre indice de masse corporelle. La balance se connecte en Wi-Fi et Bluetooth. L’application va alors enregistrer votre évolution, que vous allez pouvoir consulter quand bon vous semble. Toute la famille peut l’utiliser, et elle se connecte aux téléphones Apple et Androïd, aux tablettes, aux ordinateur et Mac.

Balance Withings W30
Balance Withings W30 (Vidéo)

Vidéo

Withings
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Site web : http://www.withings.com/fr/wirelessscale/features

Le compagnon santé

Le compagnon santé

Le compagnon santé

Withings
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Description : l’application est à télécharger pour « prendre soin de nous et rester en bonne santé »[7] . L’application se synchronisera aussi avec les objets connectés Withings.

Site web : http://www.withings.com/fr/app/healthmate

Pour finir sur cette partie, les enjeux du quantified self associés à la e-santé sont nombreux et concernent plusieurs aspects de la société, outre la santé directement avec, d’un point de vue économique, un marché spécifique qui se développe de plus en plus. Globalement la e-santé en France est « générateur de croissance, vecteur de changements organisationnels, facteur d’amélioration de la qualité des soins et de l’état de santé, moteur de gains économiques »[8].

Plus spécifiquement, le quantified self et la santé, procurent de l’autonomie chez les personnes quant à la volonté de gérer leurs constantes et de rester en forme tout en gardant l’aspect ludique que procurent les objets connectés et leurs applications.

B/ Le sport

La « mesure de soi », comme nous l’avons précédemment abordée, est possible dans différents domaines. Elle est notamment très utilisée dans le milieu du sport. En effet, de nombreux outils et applications ont été et sont encore pensés aujourd’hui pour que les pratiquants puissent suivre et améliorer leur performance sportive. Le quantified self, à travers tous les outils proposés, est devenu un marché considérable de nos jours dans ce domaine, aussi bien pour les sportifs de haut niveau que pour les sportifs amateurs. Mais comment peut-on expliquer cet engouement des pratiquants pour ce phénomène ? Qu’est-ce que le quantified self leur apporte ? Quels outils sont à leur disposition ?

Pour répondre à ces questions, nous avons organisé notre réflexion en deux parties. Pour commencer, nous montrerons l’utilité du quantified self autour des sportifs de haut niveau et des compétitions. Puis, nous évoquerons l’ampleur que la « mesure de soi » a prise autour des activités physiques, à travers des outils, applications ou encore jeux vidéos.

1)      Du matériel de professionnel pour les compétitions et les sportifs de haut-niveau

Quand on fait du sport à haut niveau, il est très important de connaître son corps, ses limites et le maximum d’effort que l’on peut fournir à un moment T. Prenons l’exemple des coureurs de trail : tout au long de l’année, ils se préparent pour être prêt le jour de leurs compétitions. Tout au long de leurs préparations, ils ont donc besoin de connaître leurs mesures de course, c’est-à-dire l’allure et la distance qu’ils parcourent suivant un certain temps, mais aussi leurs mesures physiques comme leurs fréquences cardiaques, leurs indices de forme ou encore les calories dépensées. Ces données vont leur permettre de mieux réguler leurs courses, de la gérer et donc d’adapter leur effort selon leurs limites, qu’ils auront appris à reconnaître.

A quoi sert le quantified self ? Cela permet de faciliter la vie des sportifs, qu’ils aient moins à penser et qu’ils puissent se concentrer sur leur course, mais aussi se fixer de nouveaux objectifs et s’entraîner au mieux. Différents outils ont été créés pour calculer et afficher les mesures sur eux-mêmes à la suite d’un effort. Ainsi les sportifs confirmés ont à leur disposition du matériel haut de gamme qui peut les aider à améliorer leurs performances physiques. Ces outils de mesure se présentent sous plusieurs formes : bracelets, montres ou même bagues, puces, petits écrans, ceintures ou encore Smartphones. Ils sont souvent sophistiqués et d’une précision remarquable pour ces sportifs de haut niveau.

La cardiobague

La cardiobague

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La ceinture cardio

La ceinture cardio

La montre cardiofréquencemètre

La montre cardiofréquencemètre

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La puce Nike +

La puce Nike +

Nike
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Ces objets connectés disposent de fonctions permettant aux sportifs de haut niveau d’enregistrer et de suivre les données qu’ils souhaitent. Ils peuvent indiquer le rythme cardiaque, la distance parcourue, la vitesse, le temps, les calories perdues, le nombre de foulées et bien d’autres critères. Nous avons retenu trois principes souvent présents dans ces instruments professionnels :

-          Le principe du cardiofréquencemètre

-          Le principe de l’accéléromètre

-          Le principe du GPS

Cardiofréquencemètre :

Il donne à tout moment de l’effort (ou non), notre fréquence cardiaque. C’est-à-dire qu’il nous indique les pulsations de notre cœur en temps réel.

Accéléromètre :

Il s’agit d’un capteur que l’on place sur sa chaussure. Il permet de surveiller notre foulée en calculant la vitesse à laquelle on court ainsi que la distance parcourue.

GPS :

C’est un réseau qui indique notre position grâce au dispositif satellite. Il détermine ainsi notre vitesse et la distance à laquelle le sportif avance.

Tous ces appareils enregistrent donc des données, qui peuvent ensuite être utilisées par le sportif pour améliorer ses séances d’entraînements et donc se perfectionner pour atteindre son meilleur niveau, être prêt le jour de la compétition. Il suffit de connecter son appareil via son ordinateur et d’observer les résultats qui sont affichés, de les analyser et ainsi de mieux comprendre comment son corps fonctionne.

C’est donc une pratique courante pour les bons athlètes qui cherchent la perfection et qui veulent être les plus performant possible. Aujourd’hui, dans notre société, il y a de plus en plus d’individus qui font des activités physiques, sans la notion de compétition. Ces sportifs-là ont à leur disposition des outils et des applications leur indiquant leurs efforts, leurs performances…qu’ils peuvent ensuite partager avec d’autres utilisateurs.

2)      La pratique du quantified-self dans les activités physiques

De nombreux outils et applications ont été mis en place pour permettre à une personne adhérant au footing mais aussi à d’autres types d’activités comme la marche, le roller, le sprint. Ainsi, il peut obtenir facilement les résultats de son effort et les faire partager autour de lui.

L’intérêt pour l’utilisateur est d’avoir un coach virtuel au jour le jour, de se fixer des objectifs et de faire au mieux pour avoir des résultats positifs. C’est une manière simple et ludique de se motiver à faire de l’exercice et d’éprouver une certaine satisfaction lorsque les résultats sont positifs.

On note à ce sujet que de plus en plus de moyens sont proposés à la population sportive telle que des applications sur smartphone (que ce soit Iphone ou Androïd) notamment. L’exemple principal est l’application gratuite Runkeeper. Les adeptes se créent un profil sur Facebook, et quand ils pratiquent une activité de type course, ils peuvent sélectionner leur parcours d’entraînement ou trouver des compagnons de course. Comme un vrai coach, une voix les guide tout au long de leurs efforts. A la fin de l’exercice, le jogger peut voir le chemin qu’il a parcouru, la vitesse, la distance, les calories qu’il a perdu et enfin partager son expérience à la communauté Runkeeper mais aussi sur Facebook.

Application Runkeeper

Application Runkeeper

Runkeeper
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Récemment, Nike a aussi innové en proposant un bracelet « Nike FuelBand ». Il s’éclaire au fur et à mesure que l’individu fait des efforts physiques (une façon de motiver les gens à ne pas rester sédentaires, et donc à faire un peu d’exercice physique). Ceux qui possèdent ce bracelet sont inscrits dans une même communauté, et peuvent partager leur degré d’énergie dépensé dans la journée.

Enfin, la pratique du quantified-self pour entretenir son physique est aussi possible à travers les jeux vidéos. Deux types de publics sont visés ici : d’une part, les passionnés de jeux vidéos et d’autre part, les individus qui aiment faire de l’exercice physique. La Wii, avec la Wiifit notamment, propose une quantité d’activités physiques au jour le jour. Le joueur-sportif a juste à suivre les indications et grâce aux capteurs, ses mouvements sont enregistrés puis une analyse lui est proposée :y-a-t-il une progression ? Combien de calories ont été éliminées ? Il y a également la Nintendo DS qui vend à ces utilisateurs un jeu avec une puce que l’on garde sur soi toute la journée. Quand on l’introduit dans sa console, les données accumulées sont transférées et on peut lire les différents éléments sur notre rythme de vie (temps de marche par jour, actif ou passif…).

Vidéo de présentation de la puce et du jeu sur la Nintendo DS :

Marche avec moi - Nintendo DS
Marche avec moi - Nintendo DS (Vidéo)

Vidéo

Nintendo
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Au final, tous les moyens sont bons pour que les individus fassent de l’exercice. La pratique du quantified self est un moteur à cela. C’est un phénomène à la mode, que les grandes marques ont d’ailleurs compris. Plusieurs outils, d’applications, de jeux vidéos sont mis en place pour que l’on puisse pratiquer une activité physique, apprendre à se connaître. Pendant longtemps, il y a eu les cours de fitness diffusés à la télévision que l’on suivait avec énergie. Aujourd’hui c’est la pratique du quantified self qui motive les personnes à faire du sport.

C/ Les autres utilisations

   Comme nous l'avons remarqué précédemment, nous pouvons retrouver de multiples outils faisant bon usage des technologies numériques, tels que la nutrition, la santé, le sommeil, les maladies chroniques, la préparation physique et sportive, etc. En effet, comme l'indique CORNU dans son ouvrage, "de nombreuses innovations vont se fondre dans notre quotidien ou notre corps»[9].

« A l’inverse de certains objets high-tech, les outils connectés dédiés au Quantified self s’adressent à tout le monde. Du jeune couple soucieux de suivre au plus près l’évolution de poids de leur nourrisson, au patient hypertendu ayant besoin d’un suivi quotidien de sa pression artérielle, en passant par le sportif technophile avide de mesurer ses performances sportives »[10]

Cependant le « Quantified Self » ne se résume pas qu'à cela. Nous pouvons dorénavant, grâce à l'application Kobo, se mesurer au niveau de la lecture. En effet, cet outil technologique permet de calculer le nombre de pages que nous avons lu, ainsi que le nombre de mots, dans une période de temps chronométrée. Les données peuvent être transmises avec d'autres utilisateurs de l'application, permettant une comparaison.

Kobo

Kobo

Kobo
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 Nous avons également pu remarquer qu'il existe des outils pour mesurer la performance sexuelle, le « Quantified sex »[11]. C'est un anneau pénien disposant d'un accéléromètre placé sur l'anneau. Le compteur permet de déterminer en « fin de partie » la quantité de calories dépensées.

 Le « Quantified self » ne se résume pas qu'aux êtres humains. En effet, il existe un collier le « Whistle ». C'est un capteur qui permet de déterminer l'activité de notre chien durant sa journée. Ainsi, nous pouvons voir quand est ce qu'il dort, qu'il mange, ou qu'il joue. Ceci est relié à une application sur Smartphone, où nous pouvons transmettre sur les réseaux sociaux correspondants, afin de comparer les données avec d'autres animaux.[12]

The Whistle Activity Monitor
The Whistle Activity Monitor (Vidéo)

Vidéo

Whistle
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 Une autre forme de « Quantifief self » se développe considérablement dans la vie quotidienne des ménages : la « Smart Food Scale ». Ceci est une balance connectée à une application iOs, qui permet de déterminer les apports énergétiques de notre repas, en fonction de leurs poids et de leurs caractéristiques.

Smart Food Scale

Smart Food Scale

« Lorsque vous posez vos aliments dessus, vous devez entrer précisément le type d’ingrédient utilisé. L’application va chercher dans la base de données de l’USDA (United State Departement of Agriculture) les spécificités de ces ingrédients. »[13]

Les différentes utilisations possibles sont certes nombreuses. Cependant, cela commence à devenir omniprésent dans nos vies.

II - Limites du quantified self

Le « quantified self » s’adapte donc à différentes activités, et en devient fortement utile. Ces nombreuses utilisations et les nombreuses applications qui existent témoignent d’une forte demande. Cela va contribuer à une meilleure écoute et connaissance de soi. Cependant, cela peut, dans certains cas, conduire à une sur-utilisation, une utilisation excessive de ces outils, et qui vont, à terme, engendrer de nombreux problèmes.

Cela doit « soutenir intelligemment l’intuition humaine et non la remplacer ».[14]En effet, il découle directement de l’utilisation d’outils du « quantified self » qu’il va se développer une forme de dépendance, qui est encore plus présente avec les outils tels que les bracelets 24/24h. Par exemple, pour les personnes surveillant leur alimentation, ils pourraient en venir à oublier de se nourrir normalement sans utiliser son application dédiée. On peut aussi mettre en avant le fait qu’une personne utilisant des applications de santé ne ferait que de l’automédication et ne serait alors plus un « patient ». Il pourrait ainsi passer à côté d’une maladie importante, sous prétexte que son outil de « quantified self » ne lui a rien détecté.  Cela est évident également pour le sport.

Au niveau sportif, ces outils sont remarquables afin d’améliorer nos performances physiques, tout en ayant un contrôle régulier de l’activité. Cependant, cela peut conduire à deux extrêmes qui vont s’avérer dangereuse pour le corps humain.

La première dérive de ces outils est que l’on va pousser le corps humain au-delà de ce qu’il est capable de faire. Certes, cela peut être intéressant si on veut augmenter certains aspects sportifs de notre corps, mais si on suit outrageusement les requêtes de la machine, on peut alors aller trop loin dans l’effort et ainsi oublier la récupération, qui est fondamentale dans toute préparation sportive

La deuxième dérive, est l’opposé de la surexploitation du corps. En effet, comme l’avait souligné le commentateur Patrick Montel lors des championnats du monde d’athlétisme à Moscou en 2013, certains marathoniens font une utilisation abusive de ces outils, et en oublient d’écouter leurs corps. Or, un athlète, dans une course avec un tel niveau d’exigence, peut certes utiliser ces outils et ainsi améliorer sa performance, mais il ne faut pas oublier que sa forme d’hier ne sera pas celle de demain. Il pourra commencer la course avec un rythme moins effréné qu’à l’entraînement de la veille, et ainsi finir plus facilement. Ce n’est pas pour rien que la plupart des vainqueurs sont des athlètes africains qui n’utilisent pas ce genre de systèmes.

De plus, les applications ont maintenant bien intégré les réseaux sociaux. Cela devient alors très facile de partager ses performances, comme le nombre de kilomètres courus, ou le temps. Cela permet d’avoir un échange et de former ainsi une communauté. Ainsi, les personnes utilisant telles applications vont pouvoir se regrouper et courir ensemble. Cependant, le fait de partager des performances sur les réseaux sociaux, ainsi que des informations personnelles telles que la taille, le poids, le taux de masse graisseuse ou de muscle, peut amener à créer des jalousies, ou des moqueries envers les différents participants. Une telle utilisation serait alors nocive à l’utilisateur.

Runkeeper : réseaux sociaux

Runkeeper : réseaux sociaux

Le partage de données apparait aussi comme une limite considérable à l’utilisation du « quantified self ». En effet, utiliser de façon quotidienne et conséquente ces outils, demande à renseigner un bon nombre d’informations quant à l’utilisateur. Ainsi, outre le poids, la taille, on peut aussi trouver l’âge, le lieu de domicile, le nom et le prénom… Il se pose donc un véritable problème de confidentialité. Cela est en plus accru avec le partage sur les réseaux sociaux, tel qu’on l’a énoncé précédemment. Il va donc se poser un véritable problème juridique en ce qui concerne la vie privée, car il y a un partage d’informations personnelles, médicales, qui peuvent conduire à une exploitation par les publicitaires (ils peuvent ainsi cerner leur public type).

La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) a donc posé plusieurs recommandations quant à l’utilisation des outils issus du « quantified self »[15] :

  • « d'utiliser, si possible, un pseudonyme pour partager les données;
  • de ne pas automatiser le partage des données vers d'autres services (notamment vers les réseaux sociaux)
  •  de ne publier les données qu'en direction de cercles de confiance;
  • d'effacer ou de récupérer les données lorsqu'un service n'est plus utilisé. »

En effet, la majorité des données peuvent sembler anodine pour l’utilisateur, alors que pour beaucoup d’autres professionnels, elles vont représenter une véritable mine d’or.

Pour finir, certes la majorité des applications sur smartphone sont disponibles gratuitement. Cependant, elles ne proposent que des activités limitées, le but étant de payer pour avoir l’application complète. En effet, une limite supplémentaire au « quantified self » est que cela représente un coût important à l’achat. On peut donc raisonnablement se demander s’il est alors très utile de dépenser, par exemple, 170 euros pour une montre de sport Nike + équipée d’un GPS.

CONCLUSION

Le quantified self est une pratique en vogue. En effet, nous avons démontré au fur et à mesure de cet exposé, les nombreux domaines dans lesquels le quantified self s’illustre. La santé, le sport, les jeux et les moments de la vie quotidienne peuvent être aujourd’hui mesurés et créent déjà de la compétition sur soi-même mais également avec les autres.

De plus, « l’auto-mesure de soi » est en plein essor, à tel point qu’un marché important se développe autour de cette pratique. Cependant la place de l’évaluation aujourd’hui possède des limites face à cette addiction. L’utilisation des nouvelles technologies est, certes, à la mode dans notre ère favorisée par le développement des outils connectés. Cependant, l’emploi de ces « outils intelligents » ne remplacera pas la morale de l’homme.

En effet, le quantified self fait partie intégrante de notre quotidien, et devient une habitude. Cette tendance actuelle s’est faite une place au 6ème forum international de cyber sécurité, qui se déroulera le 21 et 22 janvier 2014 au Grand Palais de Lille. Les domaines qui y seront présentés sont « domotique, objets connectés, e-santé et « quantified self », bio-informatique et Web 4.0 ». Les sujets abordés lors de ce forum vont tenter de répondre à la question : « Comment envisager la sécurité des technologies et des usages de demain ? ».

A la suite de ces recherches, nous pouvons nous demander si les générations actuelles ont le besoin perpétuel de tout mesurer et peuvent-elles vraiment tout mesurer ?

[9] CORNU (2008), Nouvelles technologies, nouvelles pensées ; Edition Fyp

 
 

Notes de lecture

Le quantified self et la santé

La e-santé : « tentative d’une définition et de ses périmètres »

Utiliser le mobile pour la santé permettrait d'économiser 11 milliards d'euros

Hangups with Keeping Track of the “Quantified Self”

Nouvelles technologies, nouvelles pensées?

La mesure de soi, jusqu’à l’obsession

La e-santé : des enjeux économiques et de santé publique

Bienfaits et limites de l’auto coaching