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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Eliza, un robot thérapeutique
Eliza, un robot thérapeutique

La lovotique : vers des machines reconnaissant les émotions ?

Amélie Bazin, Jade Pacary, Camille Jean (Master 1 EMT)
Love + Robotics = Lovotics = Lovotique. Un robot désigne une machine qui réalise des actions dans le monde physique, en réaction à des événements qu'elle peut percevoir grâce à des capteurs. Avec la découverte des "neurones miroirs", il suffit pour un ordinateur/robot d'analyser nos gestes correspondant à tel ou tel sentiment pour qu'il soit capable de les reproduire. Cette innovation, qui heurte nos valeurs les plus profondes, est en pleine expansion. Des robots de plus en plus sophistiqués voient le jour. Alors, amour et machine peuvent-ils être compatibles ?
(déposé le 2014-12-03 12:09:47)

La lovotique : vers des machines reconnaissant les émotions ?

Sommaire

Introduction

I) Approche générale de la lovotique

1- Définition de la lovotique

2- Les inventions liées à la lovotique

3- Le fonctionnement de la machine

II) Les objectifs et applications de la lovotique

1-  La lovotique : sentiments “robotisés” et relations amoureuses simulées

2- Un enjeu scientifique et psychologique

3- Un atout thérapeutique et psychologique

III) L’impact sur les sociétés

1- Le robot comme individu, une question éthique

2- Le règne de la machine

3- Phénomène de société, une tendance, une mode

Conclusion

Amoureux d'une cafetière

Amoureux d'une cafetière

Image extraite d'une vidéo mettant en scène un robot qui tombe amoureux d'une cafetière.
Dir: Thomas Mankovsky / Sweden / 2004 Love is hard when you're a little robot in a big world
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Introduction :

     Jusque dans les années 60, la robotique était plus un thème de science-fiction qu’une réalité. D’ailleurs le terme robotique a été introduit dans la littérature en 1942 par Isaac Asimov dans son livre Runaround. Il y énonce les « trois règles de la robotique » qui deviendront par la suite « les trois lois de la robotique » (voir plus bas). Après avoir été essentiellement un domaine de recherche scientifique, la robotique a fait son apparition dans l’industrie. Les robots sont intensivement et principalement utilisés dans l’industrie, où ils effectuent avec rigueur et sans relâche des tâches répétitives. Sur le million de robots industriels utilisés à travers le monde, le Japon, qui a créé un politique pour pallier au vieillissement de sa population, est en tête avec près de 300 robots pour 10 000 ouvriers. Dans le monde, les trois premiers utilisateurs de robots se trouvent en Asie mais l’Europe reste quand même l’épicentre de l’automatisation.

    Aujourd’hui, la robotique investit notre quotidien et cherche à imiter, voire à comprendre l’Homme. C’est la lovotique. En créant ce concept, on ne permet plus seulement aux ordinateurs de nous assister dans nos tâches, mais aussi d’analyser les sentiments humains. L’interaction homme-ordinateur est de plus en plus poussée au point que la machine doit s’adapter à cette relation. Cette compréhension de l’homme passe ainsi par l’attribution d’une sorte de conscience à l’outil informatique lui donnant les moyens de connaître le langage naturel : celui de nos émotions.

    L’informatique affective est un domaine de recherche interdisciplinaire qui consiste à étudier l’interaction entre technologie et sentiments, en donnant notamment aux machines les capacités de reconnaître, d’exprimer, de synthétiser et modéliser les émotions. Si celles-ci sont fondamentales pour l’expérience humaine, elle doivent être également essentielles dans la conception des technologies de demain : ainsi, le but ultime serait d’apprendre aux machines à exprimer des émotions en réponse aux émotions qu’elles reçoivent des êtres humains.

                               

Lovotic

Lovotic

La lovotique étudie l'amour et les relations avec les robots
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I) Approche générale de la lovotique

       1- Définition de la lovotique

       La lovotique est un néologisme issu des mots “love” et “robotics”, ce qui a créé le terme “lovotics”. Elle est définie comme une science vouée à la recherche dans la relation humain/machine, créée en 2006 par le chercheur en intelligence artificielle au Social Robotics Lab de la National University de Singapour: Hooman Samani. Il a ainsi fondé la Lovotique et la Start-Up (le mot entreprise ici ne serait pas assez fort) qui porte le même nom.  

       Son but : l’amour de l’homme pour le robot et du robot pour l’homme.

     Qu’est ce que la lovotique ? Sur Internet, circule une définition de son concepteur : “La lovotique tente d’apprendre aux machines, mais aussi aux hommes des émotions telles que l’empathie, l’affection, la tendresse, ainsi que l’impatience, la colère, la tristesse, et en étudie les conséquences sur les deux organismes. Son prototype robotique s’appuie sur une simulation du système endocrinien de gestion des émotions afin que celui-ci “ressente” vraiment des sentiments. Ensuite son interface physique, son corps, réagit par tout un jeu de mouvements, lumières, attitudes. A l’humain de savoir les interpréter, comme à son habitude en présence d’autres individus.” Plus simplement, le but de la lovotique serait que les machines parviennent à analyser les sentiments humains et à les réutiliser, comme s’ils leur appartenaient. Les dispositifs technologiques seraient alors susceptibles de détenir la capacité de simuler l’acte d’aimer et d’être aimés par l’homme. Il suffirait de décrypter les émotions humaines, en observant les gestes et les mimiques liés à tel ou tel sentiment, pour que les machines soient capables de les reproduire à leur tour. Émotions factices qui donnent l’impression aux hommes que les machines sont capables de communiquer avec eux. Pour cela, ces robots seraient capables de “ressentir” des émotions très variées, qui vont de la joie à la peur,  jusqu’au dégoût.

     Hooman Samani a déjà élaboré une simulation de systèmes émotionnels et endocrines (sécréteurs d’hormones) qui sont à la base du sentiment d’amour chez l’homme, afin de transformer un robot en être capable de communiquer et dont l’état affectif dépend de leur interaction avec l’homme.

Hooman Samani

Hooman Samani

Hooman Samani créateur de la lovotique
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       2- Les inventions liées à la lovotique

        La lovotique semble être constituée de trois formes différentes les unes des autres. La première promet une fluidification des rapports des hommes entre eux, la deuxième met en place la création de relations plus complexes des hommes avec les machines, et la dernière semble être un mélange entre les deux premières avec la  sexualisation des machines.

       Même si la lovotique apparaît comme un phénomène nouveau, on a pourtant depuis les années 1960 commencé à travailler sur l’élaboration de technologies capables d'interagir avec  l’homme. Par exemple, le tamagotchi, qui a connu un succès considérable à la fin des années 1990, consiste à simuler un petit animal dont l’utilisateur doit s’occuper (toilette, nourriture, soins) pour qu’il vive le plus longtemps possible. On continue, encore maintenant, à développer  ce gadget et à en créer de nouvelles versions. Il a, cependant, soulevé les interrogations et les réflexions des spécialistes de l’enfance sur les effets que pouvaient entraîner “le problème des effets sur l’enfant de la virtualité, du thème de la mort, de la responsabilisation, de la solitude et de la perte du sens du réel.”, selon Fanny Carmagnat et Elizabeth Robson, auteurs d’une étude des usages du jouet virtuel. Le tamagotchi peut alors être perçu comme une amorce de la lovotique, bien que le terme ne soit pas encore créé à l’époque.

     Avec la lovotique, les innovations basées sur ce principe de relation virtuelle, atteignent un autre niveau. Hooman Samani, le chercheur singapourien a créé deux principaux gadgets technologiques qui englobent et dépassent ces premiers tâtonnements en lovotique.

     Le Kissenger, tout d’abord, permet à un couple se trouvant à distance l’un de l’autre de reproduire l’acte du baiser par l’intermédiaire de ce dispositif. Il s’agirait alors de proposer un objet à travers lequel deux individus correspondent entre eux plus seulement verbalement mais aussi physiquement. Il tente de reproduire les sensations émotionnelles et physiques dans lesquelles se trouvent les deux amoureux au moment de l’acte du baiser. Celui-ci, tout comme l’amour, étant un acte purement intime et intrinsèque à l’homme, cette invention soulève de nombreux questionnements éthiques.

Kissenger
Kissenger (Vidéo)

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le robot Kissenger reproduit le baiser de celui qui l'envoie
Hooman Samani
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     Le deuxième dispositif inventé par Hooman Samani est le MiniSurrogate, un robot miniature anthropoforme, prenant l’apparence du conjoint(e) de l’interlocuteur(-trice). Celui-ci permet de remplacer le système utilisé par Skype (caméra et micro) et de communiquer avec la personne désirée ; on échangerait ensemble par l’intermédiaire de cette machine pour combler le manque de la présence physique d’autrui. Loin de permettre une conversation en face-à-face, ce n’est qu’une manière supplémentaire de communiquer avec l’être aimé à distance. Beaucoup de personnes sont également perplexes au sujet de ce dispositif, car pourquoi choisir de discuter avec un simulacre de l’être aimé quand son image peut apparaître directement sur nos écrans ?

MiniSurrogate

MiniSurrogate

Petit robot qui nous représente et qui permet de communiquer à distance
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    Le dernier exemple a été créé par des étudiants japonais, le manteau Rajiu simule la sensation d’être enveloppé des bras d’une femme. Pour ce faire, il est doté de bras mécaniques contrôlés par un moteur relié une interface USB. En même temps que ce mécanisme fonctionne, une voix de femme murmure des mots doux.

     On pourrait évoquer une deuxième facette de la lovotique, plus mesurée, elle ne prétend pas modéliser les relations des humains entre eux, mais créer un certain rapprochement des humains avec les machines. De grandes entreprises sont ainsi entrées en collaboration pour produire des robots humanoïdes, tels que la société française Aldebaran et le groupe japonais Softbank, avec la création de Pepper, par exemple. Présentés au public en juin 2014 lors d’une conférence, les robots Pepper étaient tenus de prendre soin des clients à leur entrée. Pour cela, ils possèdent différents tons et registres de langues qu’ils utilisent en fonction des traits affectifs qu’ils détectent chez leurs interlocuteurs et qu’ils peuvent reproduire à leur tour. En plus de la détection des expressions faciales et du ton employé par son interlocuteur, les robots Pepper seraient capables d'interagir verbalement mais aussi d’adapter leur position et de respecter une certaine distance avec la personne. Tout cela est fait dans le but que sa réaction soit la plus juste et la plus appréciée par l'interlocuteur.

Pepper

Pepper

Pepper le robot
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         Le robot Nao, lui, a vu le jour en 2006 par cette même société Aldebaran, il est destiné à être un robot “bienveillant” dans nos maisons. Équipé de caméras HD, de microphones, de hauts parleurs, de sonars, il peut se déplacer, se reconnaître, et même nous parler en agissant avec 15 à 25% de liberté. Partenaire de jeu, garde-malade, objet communicant, Nao a déjà été intégré dans le spectacle “Robots” de Blanca Li, ainsi que dans un programme d’éducation de l’université Paris Descartes, qui le met à la disposition de certains de ses étudiants pour la recherche et la compréhension en matière d’Intelligence Artificielle. Il est également utilisé pour ses capacités d'interaction avec des enfants autistes ou des personnes atteintes d’Alzheimer.

Nao, le robot qui communique
Nao, le robot qui communique (Vidéo)

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Nao est un robot créé pour aider les humains. A long terme il serait capable de se substituer à un humain pour certaines taches.
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       La troisième facette de la lovotique est composé des dérivés des deux premières : la relation humaine se distingue de celles des animaux par l’acte sexuel libre, il était évident que certains chercheurs mettent au point des robots sexuels, à mi-chemin entre le propre de la relation humaine et les avancées technologiques. Roxxxy est dotée d’une intelligence artificielle et d’une peau synthétique ressemblant de près à la chair humaine. Elle dispose d’organes sexuels artificiels et de divers capteurs qui lui permettent d’adapter son comportement, de s’adapter aux goûts de son utilisateur et de réaliser ses désirs, elle n’est en revanche pas autonome car elle ne peut se mouvoir toute seule.


    3- Le fonctionnement de la machine

    Afin de programmer le robot pour une reconnaissance et une simulation des émotions, les chercheurs ont avant tout du comprendre le fonctionnement de ces états chez l’être humain: une compréhension qui passe nécessairement par une connaissance approfondie du physique et de la physiologie de l’individu.

    Cependant, même si divers domaines ont proposé des idées sur le rôle et la fonction de l'amour, la compréhension actuelle de l'amour est encore assez limitée. L'élaboration d'un système d'affection similaire à celle de l'être humain a donc présenté de grands défis scientifiques.

    Le nouveau système d'intelligence artificielle avancée de Lovotique comprend un système endocrinien artificielle (fondée sur la physiologie de l'amour), assemblée au probabiliste Love (fondée sur la psychologie de l'amour) et de l'etat de transition des modules affectifs (basé sur les émotions).

   Unité psychologique de l'intelligence artificielle, la  lovotique calcule les paramètres probabilistes de l'amour entre l'homme et le robot. Différents paramètres sont pris en compte tels que la proximité, l'exposition répétée, la similitude, l'opportunité, l'attachement, le goût réciproque, la satisfaction, la vie privée, l'attraction, la forme et la mise en miroir.

   Elle emploie un système endocrinien artificiel constitué d'hormones émotionnelles et biologiques artificielles. Les hormones émotionnelles comprennent de la dopamine, de la sérotonine, de l’endorphine et de l'ocytocine. Pour les hormones biologiques, de la  mélatonine, du noradrénaline, de l’adrénaline, de l’orexine, de la ghréline et la leptine sont présentes. Ces molécules servent à moduler les paramètres biologiques tels que le glucose sanguin, la température du corps et l'appétit.

     Il faut savoir qu’une multitude d’informations sur les émotions d'une personne et de son état d'esprit peut être tirée de son expression du visage, de sa voix  de ses gestes, etc. Le système affectif du robot analyse l’homme pour générer des états et des comportements appropriés.

   La lovotique est un domaine de recherche multidisciplinaire utilisant les concepts fondamentaux de la robotique : l'intelligence artificielle, la philosophie, la psychologie, la biologie, l'anthropologie, les neurosciences, les sciences sociales, les sciences informatiques et de l'ingénierie. L’approche proposée fournit un système permettant le développement de fonctionnalités basées sur la recherche d’une nouvelle forme de relations amoureuses et plus globalement à un lien affectif entre l’homme et le robot.

La Senticnet

La Senticnet

Comment le robot réussit à reconnaitre nos émotions ?
Senticnet
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     Pour résumé grossièrement, l’analyse de sentiments est généralement fondée sur des technologies d’analyse du langage humain. Ce type d’analyse est complexe en raison du nombre quasi-illimité de variations et d’altérations linguistiques présentes de nos jours (les expressions, les régionalismes, les acronymes, les onomatopées, etc...) De fait, comment programmer un robot de manière à ce qu’il interprète toute la diversité du langage ?


    Ainsi, quelques limites à cette technique sont déjà visibles. Le marché québécois est par ailleurs un cas souvent problématique en raison de ses particularités linguistiques. Un outil d’analyse développé en France pourrait avoir autant de difficultés à analyser notre langage qu’un outil développé en anglais par exemple. Cependant, quand on voit ce qu’est capable de faire la technologie aujourd’hui, on peut se douter que ce “petit problème” linguistique trouvera vite une solution. Aussi, au-delà de l’analyse des mots, l’analyse de sentiments doit être en mesure d’identifier l’intention humaine, et c’est à ce niveau que la technologie n’est pas ENCORE à la hauteur. Des types d’énoncés comme le sarcasme ou l’ironie sont des contraintes majeures pour l’analyse automatisée. Par exemple : J’ai fait une crevaison ce matin, ça commence bien la journée ! Les outils automatisés donneront majoritairement un sentiment positif à cette mention. L’analyste humain lui, sera en mesure de déceler l’intention originale de l’auteur et indiquera qu’il s’agit bel et bien d’une mention négative. Il reste donc encore des améliorations à apporter à ses robots humanoïdes.

   II) Les objectifs et applications de la lovotique

         1-  La lovotique : sentiments “robotisés” et relations amoureuses simulées

        Les applications de la lovotique ne sont pas parfaitement discernables, le plus simple est de montrer les avancées technologiques dans ce domaine en fonction de l’objectif qu’elle vise, ainsi on passe de l’invention d’objets purement sexuels à des montres intelligentes. Deux exemples d’innovations complètement différents mais qui servent tous deux la lovotique et la compréhension de ce nouveau phénomène.

       La lovotique, en tant que technologie permettant une communication et même une intimité plus forte entre les robots et les hommes, ouvre une nouvelle voie aux rapports sociaux. Celle-ci serait sensée permettre une fluidification des rapports humains, et des rapports de la technologie vis-à-vis des hommes. Quelles différences avec les anciennes relations ? Peut-on parler d’une certaine amélioration ?

       Les relations avec les robots sont, pour certains, probablement un moyen d’échapper à la complexité des relations traditionnelles, d’humains à humains. Ils sont, en effet, par nature, des êtres complexes, tous différents les uns des autres : certaines personnes peuvent en être décontenancées, incapables de créer un lien intime avec quelqu’un d’autre. Pour celles-ci, entretenir une conversation avec un esprit programmé est probablement plus facile, mais il paraîtrait cependant complexe de pouvoir doter des robots d’une spontanéité et d’une impulsivité propres aux hommes. Les chercheurs ont mis au point ce nouveau concept après avoir réalisé que les hommes ne communiquent plus entre eux. Le but premier de la lovotique est donc de faciliter et de fluidifier les rapports entre les humains, et de mettre au point certaines machines qui pourraient aider les hommes à rétablir une communication les uns avec les autres. Ainsi, le Kissenger, ou télé-bisou, qui a déjà été évoqué plus haut, est une invention qui devrait permettre une certaine reconnection émotionnelle entre les personnes puisqu’il permet à un couple de s’envoyer des baisers par son intermédiaire. Les sceptiques peuvent s’en donner à coeur joie : le Kissenger n’est toujours pas en vente pour des raisons éthiques, le baiser étant un acte intime et personnel qu’un robot ne peut raisonnablement retranscrire. Ce que nous propose Hooman Samani c’est une alternative au vrai baiser lorsque certains couples sont éloignés l’un de l’autre. L’initiative est bonne, la forme moins ...

M. Sal 9000 (pseudo d’un jeune homme japonais) est même allé jusqu’à se marier avec le personnage de son jeu vidéo, avec qui il converse toute la journée. Ce mariage ne sera évidemment pas reconnu par les autorités japonaises, il est davantage le symbole de l’engagement et de la dévotion du jeune homme dans sa relation amoureuse. “J’aime son personnage, pas la machine. Je comprends à 100% qu’il s’agit d’un jeu. Je comprends aussi que je ne peux la marier physiquement et légalement.” Hirosh Ashizaki, un spécialiste des comportements de dépendance face au jeu vidéo et à Internet, démontre que ce cas n’est pas extrême puisque M. Sal 9000 ne présente aucune déficience au niveau de la communication avec d’autres êtres humains. C’est cependant un exemple concret de la réalité de la jeunesse japonaise qui “n’exprime pas ses sentiments dans le monde réel. Ils ne le font que dans le monde virtuel.” Mais tout de même pourquoi ? Pourquoi vouloir prouver son amour d’une telle manière lorsqu’on a conscience de son impossibilité ? N’est-ce-pas une parade à la réalité ?

Man marries video game character
Man marries video game character (Vidéo)

Vidéo

Interview du jeune japonais, qui s'est uni avec le personnage de son jeu vidéo.
Reuters
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       De même, plus haut a déjà été évoqué le cas du robot sexuel RoXXXy créé par l’ingénieur en intelligence artificielle Douglas Hines. Vendu au prix de 6000 $US, les scientifiques qui l’ont conçu ouvrent la voie aux relations amoureuses entre les humains et les robots. L’humanoïde permet à plusieurs d’échapper à la complexité d’une relation traditionnelle, la lovotique répondrait ainsi également au besoin d’appartenance de l’être humain. Le professeur en psychologie Frédérik L. Philippe explique : “On a tous besoin de prendre soin de quelqu’un et qu’on prenne soin de nous. Ceux qui ne ressentent pas d’amour dans leur entourage seront portés à compenser auprès de machines ou de personnages virtuels”. L’être humain, grâce à son imagination fertile, peut facilement s’inventer une relation avec le robot, puisqu’il n’est pas un objet vide : il possède une personnalité et des caractéristiques humaines. C’est comme si son intelligence artificielle lui permettait de berner l’homme : parce qu’il cligne des yeux, par exemple, le robot arrive à faire croire à l’humain qu’il est vivant. Une nouvelle forme de relation amoureuse qui ne convient bien évidemment pas à tout le monde : J. Dufresne, philosophe et homme de lettres, trouve aberrant et alarmant de s’amouracher d’un humanoïde : «Les histoires de pauvres types complètement rejetés par les femmes qui compensent par des robots, je trouve que ça n’a pas de sens, s’exclame-t-il. C’est réduire l’amour à la sexualité.» Un tel amour n’est pas une déviance psychologique en soi, estime le professeur Frédérick L. Philippe. C’est lorsqu’il trouble les relations humaines d’un individu qu’il le devient. Jacques Dufresne, lui, voit en de telles explications une banalisation du phénomène. «L’être humain se déshumanise au profit de la machine qui s’humanise.» Ce phénomène pose en effet problème à plus d’un et à juste cause ; comment une relation avec un robot pourrait être pleinement satisfaisante ? L’objet de l’amour reste une création de l’homme sans réelle conscience ni sentiments véritables. Malgré l’amélioration progressive des machines, un robot ne pourra jamais être parfaitement représentatif de la complexité humaine, c’est seulement une relation unidirectionnelle. Ainsi, on peut émettre nombre de réserves aux dires du docteur Daniel Lévy “Les romances entre robots et humains seront courantes dans plusieurs décennies.”
 

       2- Un enjeu scientifique et psychologique

      Le concept de la lovotique repose sur la lecture de la conscience humaine, sur la compréhension de son fonctionnement. Par l’analyse des sentiments humains, la lovotique veut comprendre le langage naturel des hommes et tenter ainsi de l’appliquer aux formes robotiques créées. Ainsi, après dix-huit ans de recherches, la société israelienne Beyond Verbal vient de lancer un dispositif breveté capable de décoder et de mesurer un spectre d’émotions à partir de la  voix brute d’une personne. Des physiciens et des neuropsychologues ont étudié plus de soixante mille sujets de test en vingt-six langues. Grâce à un moteur de détection émotionnelle qui permet au système d’évaluer l’humeur d’un individu, son attitude et les caractéristiques de prise de décision, la société s’est rendue compte que ce n’est pas ce que dit une personne qui est important mais la manière dont il le dit. Beyond Verbal a alors la possibilité d’exploiter un nouveau marché d’applications de reconnaissance des émotions implantées dans des dispositifs à commande vocale ou à contrôle vocal. Un procédé qui ouvre la voie à une nouvelle dimension de compréhension émotionnelle, appelée “émotions analytiques”, néologisme scientifique de pur marketing, donnant aux humains et aux machines la capacité de se comprendre. Kenges Rakishev, l’un des membres du conseil d’administration, explique : “Beyond Verbal a les capacités d’aller sur des terrains d’émotions analytiques encore inexplorés, c’est une aventure passionnante pour quiconque s’intéresse à l’intelligence artificielle et à l’avenir des interactions humaines.

Access Moodies to Analyze Your Emotions and Attitude in Real Time
Access Moodies to Analyze Your Emotions and Attitude in Real Time (Vidéo)

Vidéo

Vidéo accompagnée d'un message publicitaire : "Words don't tell the whole story. Beyond Verbal decodes human vocal intonations into their underlying emotions, in real time. Want to try? Analyze your mood, attitude and emotion type by accessing the Moodies app on the Beyond Verbal website." Les mots ne disent pas tout.Beyond Verbal décode les intonations vocales humaines en émotions sous-jacentes, en temps réel. Envie d'essayer ? Analyse ton humeur, ton attitude et le type d'émotion en téléchargeant l'application sur Beyondverbal.com
Beyond Verbal
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       D’une autre manière, un groupe de chercheurs de l’université de Stanford a mis au point un jeu vidéo dont les manettes sont dotées de capteurs nouvelle génération qui parviennent à reproduire le spectre de nos émotions sur un écran à travers la peau et la respiration. Les capteurs interprètent les changements physiologiques que sont l’accélération du rythme cardiaque, la moiteur des doigts comme telle ou telle émotion. Après une partie jouée pendant laquelle l’ordinateur analyse nos émotions, il réintègre nos sentiments dans le jeu en le modifiant : les machines sont ainsi capables de dire si nous étions heureux, angoissés, tristes lors de cette partie.

Stanford engineers design video game controller that can read players' emotions
Stanford engineers design video game controller that can read players' emotions (Vidéo)

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Vidéo de présentation du principe du jeu vidéo capable de reconnaître les émotions.
Stanford
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       Les ordinateurs et autres dispositifs commencent alors à être capables de reconnaître nos émotions : on pousse de plus en plus loin les recherches scientifiques pour faire en sorte que la machine se comporte comme si elle était sujette aux émotions. Pourtant n’est-ce pas un affect purement humain ? Le domaine de l’informatique affective pose problème aux plus sceptiques : les émotions sont considérées comme les seules choses au monde qui sont dites non-scientifiques. Les émotions données aux machines ne seraient alors que des simulacres, de fausses émotions. Comment pouvoir penser que les sentiments attribués aux machines puisse être accompagnés de la spontanéité et de l’intention propres à l’homme ? Pour des raisons éthiques notamment, on ne peut penser les affects programmables sans remettre totalement en question le processus de la lovotique.

      3- Un atout thérapeutique et psychologique

       La lovotique et l’informatique affective sont deux formes technologiques qui, pour certains, peuvent permettre une réelle avancée dans les domaines thérapeutiques et psychologiques. Ainsi, Rosalind Picard a mené des recherches sur l’impact de l’analyse des sentiments vis-à-vis des personnes atteintes d’autisme. A l’aide d’une “ESP” (Emotional-social Intelligence prothesis), un outil a été conçue pour permettre à une personne atteinte d’autisme de surveiller ses propres réactions faciales afin d’apprendre à les adapter pour qu’elles soient significatives pour d’autres personnes. Les recherches sont aujourd’hui arrivées à une précision de 65% pour lire l’état émotionnel d’un individu.

       On parle également de la lovotique ou de l’informatique affective en tant qu’intelligence thérapeutique. Ainsi, Pierre Poirier, professeur spécialisé en philosophie de l’intelligence artificielle, croit que l’intelligence artificielle a plus d’avenir pour des fins thérapeutiques que pour des fins amoureuses. "On a vu l’arrivée de phoques électroniques dans certains centres d’hébergement et de soins longue durée du Québec, l’hiver dernier. Ils tenaient compagnie et rassuraient les personnes âgées."

       On peut aussi faire référence à ELIZA, un programme qui se comportait comme une thérapeute virtuelle qui a été populaire dans les années 70 : au départ, les gens pensaient se confier à une vraie personne. Lorsqu’ils ont appris que ce n’était qu’un programme d’intelligence artificielle, ils ont tout de même continué à l’utiliser. "Ça leur faisait du bien de se vider le coeur." Pourtant, ELIZA n’est qu’un programme informatique fonctionnant par reconnaissance de mots-clés : les affirmations du patient sont généralement transformées en questions directes par ELIZA. Cette “thérapeute” a eu un grand succès, car même si elle ne comprenait pas ce que les patients lui disaient, elle donnait l’impression d’écouter, laissant la parole au patient qui continuait à s’exprimer.

       L’informatique affective est, de plus, en train d’émerger dans les champs universitaires, la mise au point d’une montre intelligente permet, par exemple, de détecter les moments de stress ou d’excitation des étudiants devant leur examen. Un groupe de chercheurs américains a installé des caméras afin de surveiller les visages des étudiants. Ils ont analysé près de soixante heures de séquences vidéos et ont comparé les conclusions de leur logiciel avec l’état d’esprit que les étudiants leur avaient postérieurement rapporté : les conclusions étaient quasiment similaires. Le but du projet serait donc de parvenir à un système de tutorat permettant de motiver les étudiants en temps réel, ce système viendrait également en aide aux professeurs afin qu’ils comprennent les moments où leurs étudiants sont en difficulté. La manière dont on peut se servir efficacement de ces capteurs émotionnels reste encore à explorer, mais la recherche ne cesse d’avancer. A titre d’exemple, la startup Emotient, spécialisée dans l’usage commercial des reconnaissances émotionnelles, montre que les expressions faciales identifiées par un ordinateur pourraient prédire les performances d’un examen.

       D’une autre manière, des chercheurs israéliens ont mis au point un programme informatique semblable à un jeu vidéo qui serait capable de prévenir le trouble psychologique appelé rumination. Ce problème peut devenir une telle angoisse qu’il peut aboutir à une dépression. Pour le combattre, certains chercheurs de l’université Ben Gourion du Néguev ont eu l’idée de développer un jeu vidéo qui aide le cerveau à mieux contrôler ses émotions et à limiter ce processus qu’est la rumination. Par le travail des mécanismes cognitifs du cerveau à travers le jeu sur l’attention, la réflexion et la compréhension linguistique, les chercheurs sont parvenus à réduire l’influence d’informations dépressives. “Tout comme pour la dépression, il est difficile de sortir d’un état de rumination, explique Nilly Mor, l’un des auteurs de l’étude, il est donc très prometteur que nous ayons pu démontrer un effet immédiat sur l’état de rumination après seulement une courte session avec notre programme. Si nous pouvons montrer que notre programme a des effets à long terme qui peuvent être répliqués, nous serons proche d’un nouveau traitement contre la rumination, mais aussi  contre l’anxiété.

Rencontre de l'homme et du robot

Rencontre de l'homme et du robot

       La lovotique montre alors de réelles avancées, aussi bien sur le plan de l’analyse des émotions humaines que sur les plans scientifiques et thérapeutiques. Mais comment faire confiance à une technologie qui prend une part de plus en plus importante dans notre société ? Les problèmes humains ne seraient alors plus résolvables que par l’entremise des machines technologiques. Peut-on réellement penser notre société comme uniquement technologique ?

    III) L’impact sur les sociétés

      1- Le robot comme individu, une question éthique

(L’éthique= “Elle se donne pour but d'indiquer comment les êtres humains doivent se comporter, agir et être, entre eux et envers ce qui les entoure”, définition de l’Internaute)

       Avec les progrès exceptionnels effectués au cours de ces dernières années dans la recherche scientifique et technologique, les robots ressemblent de plus en plus aux vivants: susceptibles d’imiter un certain nombre d’actes inhérents à l’humain, programmés pour assister, se déplacer, même parler, conçus de façon à ce que leur physique soit au plus proche d’une personne réelle, ils font partie de notre société. La lovotique n’est qu’une avancée de plus dans l’approche de la robotique. En plus d’agir pour l’individu, la machine interagit directement avec lui, non seulement en conversant mais aussi en comprenant le sujet humain. Accueillie dans un sentiment de fascination, la lovotique pose nécessairement la question de l’éthique.

Robots

Robots

Famille de robots à l'allure humaine
Qué es un Robot?
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     En accordant la possibilité aux robots de nous comprendre et de développer des états émotionnels semblables aux nôtres, on paraît leur offrir la particularité de l’Homme : la conscience. A partir de là, la question de l’identité de ces machines doit se poser. Devrait-on les considérer comme des membres de la société ? En intégrant les robots dans la sphère intime de l’individu, on leur attribue la place du sujet humain. On observe bien des atouts à ces nouveaux dispositifs : une simplification de la vie probablement mais aux dépens de qui et de quoi ? Envisager une relation avec une chose - parce que n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un objet - parait presque indécent. Est-il réellement possible d’entretenir une vraie relation avec eux, ces objets programmés pour nous satisfaire?

       Ce sujet n’est en rien anodin,  il créé un véritable bouleversement de nos valeurs. Et les chercheurs en sont conscients. La Cerna, commission de réflexion sur l’éthique de la recherche en science et technologie du Numérique d’Allistène, a justement pour objectif d’étudier ces aspects qui touchent à nos propres valeurs morales et sociales. Elle préconise un certain nombre de principes auxquels doivent répondre les scientifiques vis à vis de leurs innovations. Il est ainsi clairement expliqué dans une de ces règles le risque de confondre entre être vivant et être ressemblant au vivant et l’intérêt de s’en méfier : si une ressemblance quasi parfaite est visée, le chercheur doit avoir conscience que la démarche biomimétique peut brouiller la frontière entre un être vivant et un artefact. Le chercheur consultera sur ce brouillage le comité opérationnel d’éthique de son établissement ».

        Or, en plus d’être employés pour tisser des liens affectifs, les robots sont également utilisés à des fins sexuelles, finalité encouragée par ce concept qu’est la lovotique. Il est inévitable de parler de l’aspect fantasmatique que peuvent dégager ces créations à la fois idéales et dangereuses si aucune limite n’est posée. RoXXXy est une poupée robot érotique conçu par la Société True Companion dans le seul but d’assouvir besoins et désirs sexuels des Hommes. Son créateur lui a également attribué plusieurs traits de personnalité que l’utilisateur peut changer à sa guise. Elle reste un des robots sexuels le plus évolué depuis maintenant et satisfait ainsi de nombreux hommes. Cependant, certains seront naturellement scandalisés par le caractère pornographique de cette sex-doll. Quel intérêt fournir à ce type de relation et pourquoi ne pas créer une vraie intimité avec une femme, cette fois, bien humaine ? Il s’agit ici finalement de la considérer comme un réel être humain alors qu’elle ne l’est pas.

Roxxxy TrueCompanion: World's First Sex Robot?
Roxxxy TrueCompanion: World's First Sex Robot? (Vidéo)

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Interview du créateur de Roxxxy, qui explique ses objectifs et les caractéristiques du robot sexuel, mais aussi robot compagnon.
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       Certains s’indignent également du fait que ces relations sexuelles plus ou moins fictives ou dirait-on virtuelles, empêchent en conséquence une vraie intimité avec les autres membres de la société. On se demande alors où positionner le robot par rapport à l’homme, et inversement.

Lovotique

Lovotique

Etreinte d'un robot avec une femme
Guillaume Champeau
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        2- Le règne de la machine

      Faut-il avoir peur des machines ? Peut-on leur accorder une confiance totale ? Alors que notre quotidien est entouré d’objets programmés, que ce soit d’objets ménagers, d’ordinateurs, de téléphones et d’autres automates capables d’agir à notre place, aujourd’hui, la lovotique permet à ces robots, en plus de prendre des initiatives, de penser et d’aimer à notre place. A la fois fascinante et effrayante, la machine prend une position prédominante dans notre société au point qu’elle pourrait dépasser les capacités humaines. Une autonomie absolue des robots sera-t-elle possible dans un avenir proche ? Et qu’engendrerait-elle alors ? Avec la lovotique, on ne demande pas une totale indépendance de la robotique. Ce qui est réellement en jeu avec ce nouveau dispositif, c’est surtout la capacité d’adaptation de la machine à l’Homme, à ses exigences, à ses humeurs. Pourtant, on continue à se poser de nombreuses questions sur les possibilités de contrôle qui leurs sont attribuées.  Le concept de la lovotique peut en effet effrayer les populations. En leur offrant un accès à notre mémoire affective, on pourrait éventuellement se défaire de cette chose sombre à laquelle nombre de gens et nous même ne pouvons comprendre totalement. Si le robot lui, en est capable, jusqu’où ira-t-il ?

Humains VS Ordinateur

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Qui sera le plus intelligent ?
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       La société actuelle encourage cette mystification du robot, comme quoi l’Homme sera bientôt capable de créer une machine totalement autonome, un objet qui n’aura plus besoin d’être commandé, programmé, ce qui n’est pourtant pas le cas ici lorsqu’on parle de lovotique. En attendant, le sujet n’est pas clos. Lorsqu’on observe le travail des scientifiques qui ne semblent plus avoir de limites, l’appréhension du futur et d’une nouvelle espèce nous inquiètent.   Pour Jean-Claude Heudin, scientifique spécialisé dans l’Intelligence Artificielle, la machine est dans l’impossibilité de prendre la place de l’humain, malgré les responsabilités et les états affectifs qui lui sont confiés. Ils resteront nécessairement dans une phase d’imitation et l’homme reviendra toujours de ses illusions, prenant conscience qu’il ne s’agit que d’un objet modélisé pour le satisfaire.

     D’autre part, l’université de Cambridge a créé un centre de recherche pour prévenir les risques de la technologie: Le CSER. De son nom anglais Centre for the Study of Existential Risk, ce centre a établi plusieurs études au sujet de la menace d’une révolte des robots contre l’Humain. C’est justement l’objectif de ces chercheurs : empêcher la robotique de dépasser les performances humaines et de prendre le contrôle. On pourrait d’ailleurs prendre l’exemple d’un petit robot qui lui semble avoir atteint un niveau important d'intelligence. Des scientifiques japonais des laboratoires Ishikawa Oku ont mis au point un automate capable de reconnaître sans faillir le symbole auquel pense l’adversaire lorsqu’il joue au célèbre jeu “Pierre-feuille-ciseau”. En détectant  le signe que son concurrent va jouer, le robot anticipe et gagne inévitablement. De fait, il semble annoncer ce phénomène que beaucoup semblent craindre : une machine capable de reconnaître les intentions humaines.

Robot qui gagne à tous les coups à pierre-feuille-ciseau
Robot qui gagne à tous les coups à pierre-feuille-ciseau (Vidéo)

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Robot qui gagne à pierre-feuille-ciseaux
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     Ainsi, il ne va pas sans dire que ces questions sont au centre d’importantes préoccupations, craintes qui ne cesseront pas d’évoluer. Il faut cependant savoir distinguer ce qui relève de la science-fiction de ce qui est réel. Notre réalité actuelle n’admet toujours pas une autonomie complète des robots. Même si certains scientifiques et chercheurs tentent d’envisager cette indépendance, pour l’instant la caractéristique type de la machine est qu’elle est inévitablement programmée. On a étudié précédemment le fonctionnement de la lovotique et on a surtout observé que l’on n’apprend pas aux robots à penser par eux-mêmes mais on les programme pour la reconnaissance de certains traits d’émotions. En attendant, on remarque aussi qu’ils restent incapables de pressentir certains évènements que nous humains sommes au contraire tout à fait habilités à anticiper. Finalement, la technologie nécessite encore le travail et l’analyse de l’Homme.

    Sur ce point, Isaac Asimov, auteur de science-fiction du XXe siècle, a exposé dans ses oeuvres les trois lois de la robotique selon lui, qui sont :

1) Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.

2) Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.

3) Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.   

Pour Asimov, ces trois lois doivent être universelles pour les robots, ceux-ci ne peuvent les enfreindre sans violer la supériorité de l’homme sur la machine. Cela montre bien que même si les machines étaient capables de reproduire des sentiments similaires à ceux des hommes, ceux-ci gardent le contrôle sur leurs créations. Les machines sont donc incapables de sentiments véritables, ceux-ci seront nécessairement paramétrés, et donc non spontanés.

Isaac Asimov

Isaac Asimov

Livre Robot visions
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     3- Phénomène de société, une tendance, une mode

      L’apogée des compétences techniques de l’homme jusqu’à la création de robots anthropomorphes capables de nous comprendre est une utopie, toutefois presque entièrement réalisée, qui inspire bien des créateurs d’un tout autre genre. En effet, la robotique est quasiment devenue un phénomène de société, engrais de nombre d’oeuvres filmographiques. Le film Her, par exemple, met en scène un homme esseulé qui s’éprend d’un système d’exploitation nouvelle génération : une voix suave et féminine lui susurre des mots doux à l’oreille. Cette relation atteint une telle ampleur que les deux protagonistes “parviennent” à partager des moments ensemble et même à faire l’amour virtuellement. Le lien qui unit les deux personnages de Her pose parfaitement la question de la lovotique : Qu’est-ce-que l’amour ? Quelles en sont les frontières ? Comment les dépasser ? Dans la société actuelle, où tout un chacun est continuellement connecté, les technologies pourraient bien parvenir à ce type de situation novatrice.     

Her - Official Trailer (HD) Joaquin Phoenix, Amy Adams
Her - Official Trailer (HD) Joaquin Phoenix, Amy Adams (Vidéo)

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Bande annonce du film Her de Spike Jonze
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        Ce film n’est qu’un exemple parmi d’autres de la place de la robotique au sein de la société. Le concept de la lovotique paraît nouveau et pourtant, nombre de réalisateurs cinématographiques ont travaillé sur la capacité du robot à aimer. Ils fascinent, et développent notre imagination au-delà des frontières du possible.

        Une série télévisée a justement été réalisée autour de ces créations. Il s’agit de Real Humans série suédoise créée par Lars Lundström, réalisée par Harald Hamrell et Levan Akin, et diffusée depuis le 22 janvier 2012 sur la chaîne suédoise SVT12. Ici, on assiste à une cohabitation quotidienne avec des androïdes appelés “hubots”. Ces derniers assistent les Humains grâce à leurs différentes fonctionnalités. Ils sont dotés d’un port USB à partir duquel les Hommes peuvent les programmer à leur goût. Ils sont également en mesure de prendre certaines décisions et de développer des émotions ainsi que des sentiments. Dans cette série, des clones humains sont aussi mis en situation, clones auxquels on a attribué une mémoire. De fait, cette production cinématographique réunit toutes ces questions et ces peurs qui nous tracassent quant au possible contrôle des robots sur l’Homme développé ci-dessus.

Real Humans

Real Humans

Real Humans, série suédoise
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       Enfin, si nous évoquons ce sujet de la lovotique comme une mode c’est parce qu’elle inspire d’autres créations et pas seulement du domaine filmique. Elle ne touche pas essentiellement les chercheurs mais aussi une grande partie de la population: les jeunes en particuliers, cette génération qui se doit de progresser avec les innovations. Il existe un jeu en ligne intitulé “Amour sucré”, premier dating-game français. Pratiqué par de nombreux adolescentes, il consiste à jouer le rôle d’une jeune fille virtuelle et à draguer les garçons qu’elle rencontrent dans son école. On a donc bien affaire ici à une une histoire d’amour virtuelle. Même si il ne s’agit pas tout à fait de lovotique en soi, ce jeu pose les mêmes questions éthiques et utilise un concept similaire : au travers des avatars masculins, l’ordinateur est capable de donner une réponse au personnage principal en fonction de ce que le joueur  choisit de lui faire exprimer. Ce dating-game fait fureur sur le net et montre bien à quel point ces dispositifs technologiques attirent les populations.

Conclusion:

     Tout le phénomène de la lovotique repose sur le fait que les machines seraient capables de comprendre/ressentir nos émotions, pourtant elles font seulement preuve d’interprétation, à nous de savoir si nous faisons confiance à cette capacité. Les hommes n’ont pas à interpréter leurs émotions, ils les ressentent simplement. C’est la différence primordiale entre machines et humains, ce qui ne cessera jamais de les distinguer. Ce qui fait l’humanité d’un homme c’est la relation entre ses émotions et le langage, la machine peut comprendre certaines choses, mais ne peut que simuler les émotions, qui sont programmées en elles par leurs concepteurs.

    Pourtant, la lovotique ne va cesser de se développer et, avec elle, des inquiétudes et des interrogations.

“La différence entre l’être humain et le robot n’est peut-être pas aussi significative que celle qui oppose l’intelligence et la bêtise”  

Isaac Asimov


 

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Natacha Hemrajani
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  - Les romans de science fiction d'Isaac Asimov tels que Les Robots et Un défilé de robots

   - Frédéric Kaplan, Les machines apprivoisées: Comprendre les robots de loisir, Broché, 2005

  - Daniel Ichbiah, Robots: genèse d'un peuple artificiel, Minerva, 2005

 

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