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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

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Histoire du livre numérique

Les enjeux techniques, sociaux et culturels du livre numérique

Claire Karius, Solène Leblond, Céline Lemaître
(déposé le 2014-12-04 13:45:00)

Du livre au numérique ou du numérique au livre

Du livre au numérique ou du numérique au livre

Histoire du livre numérique

La transposition du livre dans le monde numérique constitue un bouleversement majeur dans le mode de production et de diffusion des livres. Le livre numérique ou e-book est un nouvel objet, formé par la transformation d’une œuvre textuelle sur des médias électroniques. Grande métamorphose du livre papier, le livre numérique le pérennise en réaffirmant paradoxalement l’importance du livre si l’on observe l’abondance des moyens mis en oeuvre pour le développer (numérisation et édition électronique). L’environnement numérique réinterroge la forme livre tout autant que son contenu et ainsi les pratiques de lecture qui en découlent. Si le livre imprimé présente une unité et une homogénéité comprise physiquement entre deux couvertures, comme l’observe Michel Melot, le livre numérique éclate cette unité en une myriade de pages qui deviennent presque indépendantes les unes des autres. Néanmoins, comme le livre imprimé, le livre numérique n’échappe pas à l'ambiguïté attachée au terme de “livre“ qui désigne tout aussi bien l’œuvre elle-même ("as-tu lu les livres de cet écrivain?“), que l’objet dans toute sa matérialité ("ce livre contient des annotations manuscrites"). La traduction du terme anglais de e-book hésite encore entre la désignation du support (lecteur de livres numériques) et celle du contenu. La dématérialisation du livre, nouvelle étape dans l’histoire du livre, soulève de nombreux enjeux à la fois techniques, sociaux et culturels. En effet, les potentialités du numérique, mises au service du livre, contribuent à former le livre numérique comme un super média. Ainsi, il convient de retracer l’histoire du livre numérique à la lumière des dynamiques qui le traversent. En reprenant le paradigme du collectif R.T. Pédauque dans “Le document à la lumière du numérique”, cette synthèse se propose d’envisager le livre numérique au regard de sa forme (le Vu), de son contenu (le Lu) et de sa médiation (le Su). Parallèlement à cette tripartition technique, sociale et culturelle, l’histoire du livre numérique est indissociable du développement du web durant les années 90 et du web 2.0 à partir des années 2000, comme le démontre Marie Lebert dans “Une courte histoire de l’ebook”. L’Internet permet un accès large au livre numérique et à sa diffusion.

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Vu - Les enjeux techniques du livre numérique (1971 - 1995)

Le livre numérique entre numérisation et édition numérique

Le Projet Gutenberg, lancé par Michael S. Hart en 1971, marque la naissance du livre numérique. Le premier livre numérique est l’eText #1 du Projet Gutenberg, créé en 1971 par Michael Hart, un étudiant de l’université de l’Illinois. Le 4 juillet 1971, jour de la fête nationale, il saisit «The United States Declaration of Independence» (signée le 4 juillet 1776) sur le clavier de son ordinateur et diffuse un message à la centaine de personnes que représente le réseau Arpanet de l’époque, pour indiquer où le texte est stocké. Le fichier de 5 kilo-octets est téléchargé par six personnes... Cette transcription numérisée est l’acte 1 d’un projet visionnaire dont l’objectif est de mettre à disposition de tous, par voie électronique, le plus grand nombre possible d’œuvres du domaine public. Une communauté de milliers de copistes essaie de rendre le domaine public accessible sous forme numérique. En 2012, le projet Gutenberg représente environ 1 million d'ouvrages.

Projet Gutenberg

Projet Gutenberg

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Parallèlement de 1971 à 1994, en France, est lancé le Trésor de la Langue Française. Ce projet repose sur la numérisation du dictionnaire de la langue française du même nom du XIXe et XXe en 16 volumes, par Analyse et traitement informatique de la langue française (Atilf).

Dès lors, la numérisation des livres constitue une démarche de conservation des textes ainsi que leur diffusion grâce à leur transformation en signal électronique. Au delà du défi technique, le langage et le support informatiques se mettent au service du patrimoine écrit. Dans cette optique, le projet de numérisation nommé Gallica et lancé par la Bibliothèque Nationale de France (BNF) concrétise également ce souci de mise en mémoire et de conservation des textes du patrimoine. Les ouvrages sont sélectionnés, indexés et traités. Ils font l’objet d’une numérisation automatique pour les ouvrages brochés et massicotés ou bien d’une numérisation manuelle pour les ouvrages fragiles.

Numérisation de masse à la BNF
Numérisation de masse à la BNF (Vidéo)

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Si le livre numérique naît en juillet 1971, il ne prend réellement son essor qu’au milieu des années 1990, parallèlement à celui du web, avec une accélération sensible à partir des années 2000 comme le montre l’ouvrage de Marie Lebert, “Une courte histoire de l’ebook” datant de 2009. En effet, l’internet est devenu l’outil incontournable pour se documenter, pour communiquer et pour élargir ses connaissances.

Lectrice

Lectrice

Le livre numérique, loin de se cantonner à la simple numérisation des livres, concerne également le domaine de l’édition. De nombreux livres sont nativement numériques et n’existent que sous le format électronique. En mai 1998, Jean-Pierre Arbon lance la première maison d’édition en ligne, 00H00 (zéro heure) avec pour ambition de prendre part à la révolution électronique à l’oeuvre dans le monde du livre. Pour Jean-Pierre Arbon, «La forme de transmission des textes n’a jamais cessé d’évoluer : d’abord orale, puis manuscrite, puis “industrielle” grâce à l’imprimerie. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans l’ère du numérique». Par ailleurs, le choix du nom de cette maison d’édition 00H00 souligne l’idée d’un nouveau départ rendu possible par l’Internet qui est devenu un média privilégié pour l’information et la culture.


Formats et Supports

L’histoire du livre numérique suit corrélativement l’évolution technique des formats de fichiers textes électroniques. Le .ePUB et .Pdf sont les formats les plus couramment utilisés pour numériser des textes et des ouvrages. La diversité et la multiplicité des écrans rend nécessaire une harmonisation des formats et du codage informatique des textes. Ceci permet  l’intéropérabilité, c’est-à-dire la lecture d’un même livre numérique quelque soit le support de lecture : ordinateur / tablette / liseuse / ordiphone.

Les formats d’encodage des textes n’offrent pas les mêmes possibilités de publication, ni la même maniabilité.

Le format .Pdf constitue l’équivalent de l'imprimé. Le .Pdf reprend les règles de structuration des livres imprimés papier et ainsi induit une lecture linéaire de type traditionnelle. Le .Pdf est facile de réalisation et rend la publication de document rapide. En ce sens, il hérite du savoir-faire des typographes de l'imprimé. Le .Pdf suit une logique visuelle, correspondant à la page papier. Il a initialement été pensé pour échanger des fichiers tout en préservant la mise en forme d'origine et sert aujourd'hui de base à l'impression. En revanche, ce format est difficilement compatible avec tous les appareils. Il est également difficile d'y ajouter des éléments multimédias ce qui le rend relativement statique.

Le format .ePUB (electronic publication) représente un format libre et ouvert qui s’est rapidement spécialisé pour les livres numériques. Il fonctionne sur tous les supports hormis le Kindle. ll s'appuie notamment sur le XHTML ou le XML, des langages de balisage utilisés pour créer des sites web. Cette ouverture technologique a un impact très important pour les éditeurs comme pour les lecteurs. Les éditeurs peuvent maîtriser leur chaîne de fabrication et la qualité de leur production. Les lecteurs, de leur côté, ont à leur disposition de nombreux outils de lecture. Différentes applications, libres ou non, gratuites ou payantes, sont disponibles sur le marché pour afficher leurs fichiers, les classer, les administrer.

Le format ePUB3 est une version actualisée du .ePUB et permet l’enrichissement du livre numérique. Le .ePUB 3 permet notamment une amélioration de la mise en page (multi-colonnage, mise en forme des titres, etc.), la possibilité d’utiliser n’importe quelle police de caractère, la prise en charge des éléments multimédias (audio et vidéo), des images au format SVG ( format de données conçu pour décrire des ensembles de graphiques vectoriels, basé sur XML. ). Ce format permet aussi de redimensionner les images et d’y ajouter des zones réactives, la synchronisation des textes et de l’audio (pour la synthèse vocale), la prise en charge de nombreuses langues et de leurs spécificités (écriture verticale, caractères spéciaux…) ainsi que les scripts pour ajouter de l’interactivité. Le livre devient interactif et dynamique.

Procédés techniques liés à la numérisation.

L’évolution des procédés de numérisation renvoie à une diversité de techniques employées. Le projet Gutenberg reposait sur la copie manuelle des ouvrages au moyen du clavier d’ordinateur et sur une communauté de copistes à l’image des moines copistes du Moyen-Age. On assiste aujourd’hui à une automatisation de l’acte. On transforme le format de l’image, de la photographie ou du scan du livre par un procédé d’océrisation, le terme, dérive de l'abréviation OCR : Optical Character Recognition, c'est-à-dire en français : reconnaissance optique des caractères. On peut ainsi numériser le livre non plus comme image mais véritablement comme un texte. Il existe également des dispositifs de reconnaissance des articles de presse (OLR). Ces deux traitements proposent une consultation améliorée des contenus et permettent la recherche plein-texte.

La Reconnaissance des Entités Nommées (REN) est une sous-tâche de l’activité d’extraction d’information dans les corpus documentaires, la REN consiste à rechercher et identifier un certain nombre d’objets textuels (un mot ou un groupe de mots) présents dans les textes.



 

Lu - Les enjeux sociaux de l’accès aux textes et au savoir (1995 -2005)

Projet social et politique au coeur de la numérisation de masse

Les projets de numérisation les plus importants comme celui mené par Google (le projet Ocean) ou encore celui de la Bibliothèque Nationale de France (Gallica) sont sous-tendus par un ensemble de valeurs et de principes. Portés par des valeurs, ces projets ne relèvent pas uniquement de la question du défi technique de la numérisation de masse, mais construisent bien un projet à la fois social et politique d’accès aux textes et au savoir. Selon les projets, on oscille entre la démarche humaniste, universelle et démocratique et la démarche davantage commerciale et exclusive comme Google nous en donne l’exemple.

Le projet Gutenberg, initié par M. Hart en 1971 prend appui sur l’action conjuguée de milliers d’individus et perdure encore aujourd’hui. La démarche qui est à l’oeuvre, se caractérise par la collaboration, la participation et la mutualisation d’efforts individuels et particuliers afin de copier le plus grand nombre d’ouvrages issus du domaine public. L’ambition de ce projet réside dans la volonté de rendre accessible et de diffuser le plus largement possible, via l‘Internet, des ouvrages du patrimoine. Le choix du premier texte numérisé s’inscrit bien dans cette ambition. Il s’agissait de «The United States Declaration of Independence» du 4 juillet 1776.  Ainsi, les valeurs de l’universalisme et de l’humanisme portent ce projet, qui à travers son slogan « brisons les barrières de l'ignorance et de l'illettrisme », prend une tonalité politique et sociale. Baptisé “Gutenberg”, ce projet compte bien s’inscrire dans l’héritage de la démarche de Johannes Gutenberg lui-même,c’est à dire, mettre la technique au service de la diffusion et de l’accessibilité aux livres.

En 1997, est initié le projet Gallica, mené par la Bibliothèque nationale de France (BnF). L’ambition du projet est de se constituer comme “la bibliothèque virtuelle de l’honnête homme”. Véritable bibliothèque en ligne, totalement gratuite, accessible par tous, elle répond à des valeurs politiques, démocratiques et humanistes de la diffusion des textes dans le but de contribuer à l’édification de l’Homme et à la formation des citoyens de la Nation. A travers la numérisation, Gallica offre un accès à tous types de supports : imprimés (monographies, périodiques et presse) en mode image et en mode texte, manuscrits, documents sonores, documents iconographiques, cartes et plans. Tous les documents qui s’y trouvent, sont issus de la numérisation des collections de la BnF, libres de droits - ou dont les droits ont été négociés avec les ayants droit. Les usagers peuvent également y trouver les collections d’autres bibliothèques publiques partenaires de la BnF. Gallica considère “Les oeuvres numérisées comme des témoignages du patrimoine écrit français et de son rayonnement en Europe et dans le monde.” Ce projet se veut humaniste et a pour ambition de “constituer une bibliothèque encyclopédique et raisonnée, représentative des grands auteurs français et des courants de recherche et de réflexion par delà les siècles”. Le projet de Gallica s’inscrit bien dans la même volonté que le projet Gutenberg. L’un est conduit par une institution culturelle alors que l’autre est davantage collaboratif et prend appui sur la somme des actions individuelles.

Google books, originellement le projet secret “Ocean”, est une démarche de numérisation menée par l’organisme commercial international Google. Il avait pour but de réaliser le plus vieux rêve de l'humanité, en concentrant en un seul et même endroit - en l'occurrence virtuel - une bibliothèque universelle, accessible à tous et en tous lieux. De séduisant, ce projet pharaonique est devenu, en peu de temps, l'équivalent du "cerveau du monde" cher à H. G. Wells. En décembre 2004, Google révèle son «intention de numériser 15 millions de livres provenant des bibliothèques pour créer un catalogue virtuel complet de tous les livres et dans toutes les langues». Son programme de numérisation est lancé en mai 2005. Moins de six ans après sa première annonce, en mars 2011, ce chiffre de 15 millions de livres numérisés est atteint. Google Books a ensuite été freiné par la justice américaine suite à une plainte déposée par l’association des auteurs américains, après que plus de 20 millions de livres eurent été numérisés sans autorisation, les institutions et pouvoirs publics ayant fini par comprendre qu'on ne parlait pas ici d'une bibliothèque universelle accessible à tous, mais bien d'une librairie commerciale exclusive et mondiale, tentative de monopolisation des ouvrages numérisés. A la même époque, la justice américaine a mis un coup d'arrêt au projet de Google de mettre tout le savoir en ligne via la numérisation de tous les livres, en rejetant un accord conclu entre le géant de l'internet et des auteurs et éditeurs américains.

Film documentaire de Ben Lewis réalisé en 2013

Film documentaire de Ben Lewis réalisé en 2013

Au niveau européen, le projet Europeana a été instauré en 2008. C’est une bibliothèque numérique européenne qui donne accès à plusieurs millions de documents numérisés représentatifs du patrimoine historique et culturel de l’Europe. Aujourd’hui, on a un accès en ligne à plus de 20 millions de documents numériques (textes, images, sons, vidéos), provenant de 1500 institutions culturelles européennes telles que les bibliothèques, les centres d’archives, les musées et les institutions audiovisuelles. La BnF est l’un des membres fondateur d’Europeana, créée avec le soutien de la Commission européenne, qui apporte aujourd’hui son appui à divers projets, visant à l’ enrichir en contenus et en fonctionnalités.

En parallèle, le projet Europeana Newspapers, a été lancé en février 2012 pour une durée de 3 ans. Il s’agit de donner un meilleur accès aux collections numérisées de la presse européenne via son portail numérique. Les collections seront visibles à partir de janvier 2015 Les 18 partenaires du projet ont pour ambition le traitement et l’agrégation des journaux libres de droits issus des grands titres de la presse européenne. Ces travaux permettront un accès en ligne à  environ 18 millions de pages via deux sites culturels majeurs : Europeana et la Bibliothèque européenne (TEL, The European Library). Ces points centralisés européens permettront également l’accès à la vie culturelle européenne ainsi qu’aux grands évènements historiques du continent.

Le lectorat du livre numérique

En parallèle des projets de numérisation de masse, on assiste dans les années 90 à la création d’un marché du livre numérique, dont l’expansion dans les années 2000 et 2010 a conduit à une augmentation du nombre de lecteurs. Une nouvelle génération de e-readers est née après avoir adopté la lecture sur support numérique. Depuis Juillet 1995, Amazon, première grande librairie en ligne, est considéré comme l’acteur principal de ce marché du livre numérique. Il domine le secteur à travers sa commercialisation en ligne et ce faisant amorce l’ère du cybercommerce.

Le livre numérique au service du nomadisme et de la mobilité

Le livre numérique au service du nomadisme et de la mobilité

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A mesure que le marché de l’édition et de la vente du livre numérique se développe, on observe la progressive émergence de l’appareillage technique des livres sous format numérique. Le livre numérique se voit enrichi de widgets ( gadget ) ou applications. Développé par l’entreprise belge Kidimedia, Bookwidgets permet en quelques clics de créer, à partir d’un ordinateur, plus d’une vingtaine de widgets, tels qu’un bloc-notes, une carte heuristique, un quizz avec rétroaction instantanée, un module permettant la prise de photo à même le livre, un graphique interactif utilisant les formules mathématiques et plusieurs autres.

Avec la plasticité des typographies, la possibilité d’agrandir les caractères, le zoom, la lecture se trouve facilitée. Certaines personnes, en raison de leur âge ou d’un handicap, n’avaient accès qu’à certains ouvrages à gros caractères. Le livre numérique leur permet d’accéder à des publication plus nombreuses et des ouvrages récents. En juin 2013, a été adopté, par une conférence diplomatique, le traité de Marrakech visant à faciliter l’accès des déficients visuels et des personnes ayant d'autres difficultés de lecture à des textes imprimés et aux oeuvres publiées. Le Traité garantit la publication de livres, dans le cadre du droit d’auteur, dans des formats tels que le braille, l’impression en gros caractères, l’e-books et le livre audio. Ces livres s’accompagneront d’outils de navigation spéciaux et pourront être disponibles au-delà des frontières, non seulement au sein de l’Union Européenne, mais aussi entre l’Union Européenne  et des pays tiers.

La promesse de l’accessibilité aux textes grâce aux numérique et ses applications se double d’une dérive de la surveillance et du contrôle. Ce que l’on connaît sous l’appellation de “social reading“ et qui caractérise les différentes applications d’accompagnement de la lecture rend possible une certaine surveillance du lectorat et de ses pratiques de lecture. Ces widgets permettent la transformation, en données quantitatives, des choix de lecture, du temps de lecture, des manières de lire d’un lecteur de livre numérique. A travers le DRM (Digital Rights Managment) ou le dispositif de gestion du droit d’usage, Adobe récupère des données personnelles comme le type de lecture, le temps de lecture, la manières de lire à des fins stratégiques d’influence du lecteur numérique. En dehors du fait que les DRM relèvent d’un choix politique de fermeture, afin d’empêcher la circulation et le partage des livres hors circuit marchand, ces DRM soulèvent la question du contrôle qui accompagne désormais le livre numérique. Il s’agit en quelque sorte d’un traçage du lecteur et de ses habitudes.

DRM ou Le livre verrouillé

DRM ou Le livre verrouillé

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Astreint à demeurer au sein d’un circuit d’échange marchand, le livre numérique n’est ni partageable, ni transmissible à un tiers. Se pose alors la question des communautés épistémiques construites autour du partage et de l’échange  de lecture commune. A travers les DRM, la lecture numérique s’atomise. Car derrière le terme de partage, cher au réseaux sociaux et aux widgets de l’ebook, apparaît une expression équivoque qui tient davantage de la publication, du montrer à autrui que du véritable partage. Qu’en est-il alors de la circulation et de la diffusion des ouvrages numériques? La possibilité technique de multiplication et de duplication des textes se trouve dorénavant entravée par une restriction des droits d’usage.

Transmission?

Transmission?

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Dématérialisation des bibliothèques

Suite au mouvement de numérisation des livres, les bibliothèques se dématérialisent à leur tour, en proposant un service de bibliothèque en ligne. Les bibliothèques numériques reprennent les principes de la bibliothèque physique en y ajoutant les possibilités d’interactivité entre l’homme et la machine.

Bibliothèque “numérique“ Star Wars épisode III

Bibliothèque “numérique“ Star Wars épisode III

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Le mouvement de dématérialisation des bibliothèques est lancée en 1993 avec la naissance de la première bibliothèque numérique francophone “Abu”, en référence à Aboulafia, petit ordinateur qui joue un rôle essentiel dans le roman d'Umberto Eco "Le pendule de Foucault". L'Association des Bibliophiles Universels (ou ABU) est une association, suivant la loi de 1901, fondée en Avril 1993. N’importe qui peut y apporter sa contribution et envoyer sa propre numérisation ou restranscription d’un texte afin qu’il soit mis à la disposition de  tous  en ligne. Elle a pour objectif “le développement et la promotion des supports numériques permettant la libre manipulation de l'information, l'application de ces techniques à la diffusion des travaux de recherche des membres et d'informations du domaine public”. ABU se propose de maintenir sur ce réseau un corpus, le plus vaste possible, de textes numérisés en français du domaine public, représentatifs de la culture francophone. Cette première ébauche de bibliothèque virtuelle n’est plus en activité aujourd’hui, le dernier texte a été mis en ligne en 2002. Les documents sont toujours accessibles via le site internet.

A partir de 1996, La médiathèque intercommunale A. Malraux de Lisieux (Calvados) propose un service de bibliothèque numérique accessible en ligne. Cette bibliothèque électronique propose une collection de textes littéraires et documentaires du domaine public de langue française. Numérisant de manière artisanale les ouvrages et contribuant modestement à l’enrichissement de l’offre littéraire et documentaire disponible sur le web, la bibliothèque électronique peine à incarner autre chose qu’un simple réservoir de textes.

Sans revenir ici sur l’ensemble du projet Gallica de la BnF, nous pouvons évoquer la plateforme collaborative encadrée par Gallica et issue du projet CORRECT. L’objectif de ce projet est d’expérimenter la correction collaborative des documents numérisés provenant de Gallica. La plateforme a pour double ambition de faciliter la correction par la collaboration. Pour cela, elle met à disposition des utilisateurs des outils intuitifs permettant de corriger facilement les documents et s’appuie sur un réseau social dédié pour favoriser l’entraide et soutenir l’organisation de la collaboration au sein de petits groupes de correction.

La Bibliothèque municipale de Lyon (BML) qui se trouve être la seconde plus grande de France en terme de collections - la première étant la BnF - a lancé sa propre bibliothèque numérique, Numelyo, en 2012. Elle est le fruit d’un partenariat, débuté en 2009, avec le géant Google qui a entreprit de numériser tous les ouvrages libres de droits jusqu à 1920 de la bibliothèque. Soit 450000 volumes au total. A cela s’ajoutent des estampes, des enluminures, des incunables, des photographies, des affiches… Les manuscrits numérisés les plus vieux datent du Vème siècle Cette association a été l’objet d’une polémique assez vive puisque tous les fichiers numérisés par Google lui appartiennent. De plus, l’accord commercial comprend une licence d’exploitation par Google d’une durée de 25 ans pour tous les ouvrages. Les gestionnaires de la bibliothèque perçoivent la chose comme la mise à disposition pour tous - en libre accès et de manière totalement gratuite -  du patrimoine culturel français. Dans la même optique de diffusion des oeuvres, la bibliothèque est participative puisque les internautes peuvent aider à déchiffrer les documents anciens mis en ligne et apporter leurs propres documents pour enrichir les collections. A la différence de Google books, Numélyo n’est pas un réservoir de livres mais constitue bel et bien une bibliothèque à part entière. En effet, la plateforme numérique propose une contextualistation des ouvrages, une mise en perspective des oeuvres ainsi qu’un parcours de découverte. De même qu’une bibliothèque physique le fait sur ses murs, Numéliyo propose des expositions virtuelles. L’accès est gratuit et l’usager à la possibilité de se constituer sa propre bibliothèque personnelle car il peut sauvegarder ses recherches et télécharger les documents dont il a besoin. Numélyo fonctionne sur tous les supports ( tablette, smartphone, ordinateur) et la lecture des ouvrages est assistée avec les mêmes fonctionnalités que les liseuses. Aussi, l’application “les guichets du savoir” a été créée. Les internautes, par le biais de cette interface, peuvent poser des questions aux bibliothécaires de la BML qui leur répondront sous un délai de 72h.

Image tirée du film documantaire “Le livre selon Google“

Image tirée du film documantaire “Le livre selon Google“

Nous pouvons constater à travers ces différents exemples de bibliothèques numériques que la numérisation des collections a pour but premier de mettre à disposition du public des oeuvres qu’il n’était plus possible de consulter de manière physique dans un souci de conservation. Ces bibliothèques sont au service d’une large diffusion des textes et de l’accès au savoir et au patrimoine culturel.


 

Su - Les enjeux culturels. Ce que le numérique change au livre (2005 - aujourd’hui)

Evolution de la lecture et de l’écriture

Au début des années 2000, la  lecture devient possible sur les premières liseuses et les ordinateurs. Les lecteurs acceptent de lire sur les écrans, ce qu’ils rejetaient auparavant. Dès 2010 apparaissent les tablettes (notamment avec le lancement de l’Ipad par Apple) mais leur grande taille ainsi que le rétroéclairage des caractères rend la lecture difficile et fatigue rapidement la vue. Elles sont également trop lourdes pour être réellement nomades. C’est dans cette optique, que sont créées les mini-tablettes ainsi que les liseuses pour lire sur un écran dont la taille équivaut à celle d’un livre et sur lesquelles les pages se tournent comme avec le livre imprimé.

Liseuse

Liseuse

Grâce à ces mini-tablettes la lecture sur livre numérique se développe. Ce sont alors de véritables bibliothèques que nous pouvons transporter partout " dans notre poche". Les liseuses disposent d'une vaste capacité de mémoire et avec l'internet, nous pouvons directement acheter ou  télécharger des livres numériques depuis chez nous. Fini l'embarras du choix  lorsque nous préparons nos valises qui s'en trouvent ainsi allégées.

De la bibliothèque à la lecture

De la bibliothèque à la lecture

On observe alors une mutation des pratiques de lecture au regard de la mobilité, des supports technologiques utilisés et de la multiplication des écrans. Les pratiques culturelles, prises au sens le plus large (information, divertissement, médias, culture) évoluent elles aussi. Les modalités de lecture sur supports numériques sont aussi diverses que variées : zapping, émiettement, papillonnage, immersion, etc.  Le polymorphisme de l’activité de lecture se retrouve à travers la lecture professionnelle (ou scolaire), la lecture plaisir/loisirs, la  lecture de consultation, etc.

La lecture numérique sur tablette tactile est-elle en train de devenir une pratique culturelle, « c’est-à-dire qu’un milieu humain associé s’ordonne autour d’un nouveau dispositif technique » (Giffard, 2009 : p. 194) ? Au contraire, s’agit-il d’une « simple tendance technologique » au sens de André Leroi-Gourhan tel qu’il aborde la question de la technique dans son ouvrage Le Geste et la parole. La tablette serait alors un prolongement technique du corps, comme l’outil celui de la main.

L’écriture est elle bouleversée par le numérique, le rapport des auteurs avec le livre change. On passe tout d’abord du manuscrit au tapuscrit. L’auteur peut modifier ses écrits à l’infini lors de sa rédaction. Les phrases s’allongent. La machine sert aussi à publier. En un seul clic on peut rendre nos écrits publics. La nécessité d’avoir un éditeur ne se pose plus. Le numérique permet à tout un chacun de publier sur le web et ainsi bouscule durablement les différents maillons de la chaîne du livre. L’auteur à succès Stephen King s’est d’ailleurs lancé dans l’aventure de l’édition numérique en auto-éditant au printemps 2000 en épisodes de « The Plant », un roman épistolaire inédit. Ce roman raconte l’histoire d’une plante carnivore qui s’empare d’une maison d’édition et lui promet le succès commercial en échange de sacrifices humains. Le premier chapitre est téléchargeable dans plusieurs formats - PDF, OeB, HTML, TXT - pour la somme d’un dollar, avec paiement différé ou paiement immédiat sur le site d’Amazon.

Des innovations technologiques  

Diverses innovations techniques ont rendu la lecture sur écran beaucoup plus agréable et “naturelle”. L’encre numérique ou e-ink est une technique d'affichage sur support souple (papier, plastique), modifiable électroniquement, cherchant à imiter l'apparence d'une feuille imprimée et qui, comme le papier, ne nécessite pas d'énergie pour laisser un texte ou une image affichés. Contrairement aux techniques d'affichage classiques qui nécessitent un rétro-éclairage ou l'émission de photons, le papier électronique est purement réflectif et utilise la lumière ambiante de la même manière que le papier classique. Un papier électronique doit pouvoir afficher du texte et des images indéfiniment, sans consommer d'énergie, que ce soit pour l'affichage ou pour un éventuel système de traitement de données, et permettre le changement de ce qu'il affiche. Il a été développé dans le but de surmonter certaines limitations liées aux écrans d'ordinateurs classiques. Par exemple, le rétro-éclairage de certains écrans peut être agressif pour l'œil humain, alors que le papier électronique reflète la lumière tout comme une feuille de papier classique le ferait. Ainsi, il est très facile de lire sur du papier électronique, quel que soit l'angle sous lequel on le regarde.

En terme de support, les liseuses, elles aussi, ont grandement évolué. Le futur nous emmènera bien loin des Kindle commercialisés par amazone en 2007. Les techniciens tentent d’appliquer les vertus du papier aux machines.  Ainsi les liseuses flexibles, fines comme du papier ont été créées. Les géants des nouvelles technologies sont entrés dans une véritable course à l’innovation technique. En 2011, le designer taïwanais Hao-Chun Huang imagine le  Flexbook pour le Fujitsu Design Award 2011. Cet ordinateur portable conceptuel a la particularité d’être pliable non seulement au niveau de l’écran et du clavier. Il est donc possible de plier l’appareil en quatre pour qu’il occupe très peu d’espace. En mais 2012, la marque chinoise Wexler annonce la sortie du Flex One, un ebook reader (liseuse) flexible et très résistant. Ce dernier est équipé d’un écran non tactile de 6″ avec une résolution de 1024×768 pixels, une capacité de 8Go, une autonomie d’une semaine, un port USB 2.0 et une compatibilité avec une multitude de formats le tout avec une épaisseur de 4mm et un poids de 110g. En octobre 2012, c’est au tour de Samsung de révéler le concept d’un smartphone dépliable qui se transforme en tablette et sera commercialisé en 2015.

Samsung amazing flexible display
Samsung amazing flexible display (Vidéo)

Vidéo

vidéo de présentation du prototype.
Samsung
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Enfin, en janvier 2013, l’américain Intel, la Queen’s university au Canada et l’entreprise britannique Plastic Logic dévoilent leur dernière invention : le prototype d’ une tablette flexible comme du papier, le PaperTab. Tactile et complètement flexible de 10,7 pouces, «aussi fine qu’une feuille de papier». Mais cette tablette ultra-mince  – mais peut-on encore appeler cela une tablette ? – est déjà qualifiée de révolutionnaire par ses créateurs. L’équipe de développement précise que son but initial était d’imiter la sensation du papier sur un produit solide, léger et flexible. Ainsi, pour envoyer un e-mail, il suffira de plier un coin de l’écran. Le PaperTab pourra aussi entrer en interaction avec ses congénères. Un simple contact entre deux tablettes permettra par exemple d’envoyer le contenu d’un appareil vers l’autre ou de mettre en place un système multi-écran.

 

Paper Tab
Paper Tab (Vidéo)

Vidéo

vidéo de présentation du Paper Tab
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En somme, le livre numérique est protéiforme. Il est nativement numérique ou il est le résultat de la numérisation d’une oeuvre physique.

L’histoire du développement du livre numérique est traversée par plusieurs logiques : celle d’un marché éditorial et commercial, actuellement en expansion, celle du défi technologique entre numérisation de masse, édition électronique et logique de développement des supports de lecture.

Le livre numérique est l’objet de nombreuses recherches techniques et technologiques. Ces dernières ne cessent d’évoluer. La numérisation est de plus en plus pointue et de plus en plus respectueuse de la conservation des ouvrages. Le but de ces manoeuvres est pour les uns la course à la création : des liseuses toujours plus innovantes. Pour les autres, il est le souci humaniste de rendre un maximum d’oeuvres accessibles par un public de plus en plus large tout en conservant le patrimoine.

On assiste peu à peu à la dématérialisation du livre et des bibliothèques. Les livres ne constituent plus des unités  à part entière, mais ils sont fragmentés en pages. On peut alors se poser la question suivante :  un livre découpé est-il toujours un livre ?

Michael Gorman, président de l'American Library Association observe “qu’un livre est plus que la somme de ses pages”, c’est d'autant plus vrai avec le numérique que la technique permet aujourd’hui d’agrandir les caractères, de faire des recherches plein texte, d’insérer des liens vers des dictionnaires... Suite au Traité de Marrakech, le livre est désormais pleinement outillé, il est parlant et animé pour les personnes ayant des troubles de la vue.

L’avenir du livre ne réside-t-il pas dans des formes numériques hybrides : audio, visuelle, animée ?


“livre numérique“

“livre numérique“

Webographie:

  • 1971-2013, la saga du livre numérique: Une lente révolution inséparable de l’histoire de l’Internet

- Période de 1971 à 1996 http://www.culturemobile.net/cultures-numerique/1971-2013-saga-livre-numerique/1971-1996-etext-1-projet-gutemberg-amazoncom

- Période de 1996 à 1999 http://www.culturemobile.net/cultures-numerique/1971-2013-saga-livre-numerique/1996-1999-cylibris-riding-bullet-stephen-king

- Période de 2000 à 2005 http://www.culturemobile.net/cultures-numerique/1971-2013-saga-livre-numerique/2000-2005-gemstar-ebook-au-projet-google-livres

- Période de 2006 à 2013 http://www.culturemobile.net/cultures-numerique/1971-2013-saga-livre-numerique/2006-2013-sony-reader-1-au-papertab-annonce-aussi

- Formats : http://www.certam-avh.com/content/le-format-epub

- Formats e-pub :  http://www.interfacesriches.fr/2011/07/06/avec-epub3-les-ebooks-enrichis-sont-une-realite/

- Le livre : son passé, son avenir. Roger Chartier  http://www.laviedesidees.fr/Le-livre-son-passe-son-avenir.html

- Le traité de Marrakech : http://www.worldblindunion.org/French/News/Pages/Le-Trait%C3%A9-de-Marrakech-explications-.aspx

- Gallica : http://www.bnf.fr/fr/collections_et_services/bibliotheques_numeriques_gallica.html

- Européana : http://www.bnf.fr/fr/collections_et_services/bibliotheques_num_internationales/a.europeana_bib_num.html

- Europeana Newspapers : http://www.europeana-newspapers.eu/

- Europeana library : http://www.theeuropeanlibrary.org/tel4/newspapers

- Bm de Lisieux :  http://www.bmlisieux.com/

- Numélyo : http://numelyo.bm-lyon.fr/

- Lire dans un monde numérique, Claire Bélisle: http://www.enssib.fr/sites/www/files/documents/presses-enssib/extrait/belisle_num_intro2.pdf

- Gutenberg 2.0 : le futur du livre, 6 siècles après Gutenberg une nouvelle révolution va changer votre façon de lire…Soccavo, Lorenzo; M21 éditions; 2007

- La révolution du livre numérique, ouvrage collectif; Odile Jacob; 2008

- La grande numérisation, y a-t-il une pensée après le papier ?, Polastron, Lucien X; Denoël impacts; 2006

- L’édition électronique, Dacos, Marin; Mounier Pierre; La Découverte, 2010

 - Livre numérique: le flou artistique d’une définition, Nicolas Gary https://www.actualitte.com/usages/livre-numerique-le-flou-artistique-d-une-definition-30445.htm

- Livre numérique, Alexandre Frantelle : http://alexandre-frantelle.com/livre_numerique/definition.html

-  Documentaire Thema Arte. “Le livre selon Google” du réalisateur Ben Lewis http://www.dailymotion.com/video/xys9z5_le-livre-selon-google-arte-thema-p1-hd-2013_news



 

 

Documents associés complémentaires

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Notes de lecture

Une courte histoire de l'e-book

Une approche documentaire du web

Document: forme, signe et médium, les re-formulations du numérique.