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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Facebook influence nos émotions
Facebook influence nos émotions

Les réseaux sociaux : une mine d'expériences sociologiques

Steven LANGLOIS, Agathe LA ROQUE, Matthieu LEROY - M1 EMT
(déposé le 2014-11-26 09:48:27)

Réseaux sociaux

Réseaux sociaux

Bargeo.fr
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En mai 2012, le réseau social phare Facebook fait son entrée à la bourse de New York, ce qui sonne comme le paroxysme de sa puissance financière et démontre, une fois de plus, son influence grandissante dans le monde. A l’instar de Facebook, de nombreux médias sociaux se sont développés rassemblant des millions d’utilisateurs sur le web : Instagram, Twitter, ou Youtube parmi les plus célèbres. Sur ces réseaux, les utilisateurs -- individus ou organisations -- peuvent interagir entre eux. Une volonté de contact, de communication et de partage constant semble animer les utilisateurs des médias sociaux.


Avec les réseaux sociaux, microcosmes modernes, on touche au fonctionnement même de la société contemporaine. On parlera volontiers d’étude sociologique concernant les réseaux sociaux. Dans cette perspective, certaines expériences sociologiques ont été menées afin d’identifier le rapport entretenu entre les réseaux sociaux et les individus, membres de la société. Ces expériences ont pour but de jauger, de mesurer l’effet de l’utilisation des réseaux sur les individus qui la composent. Quelle influence de ces médias sur les individus et plus largement sur les rapports sociaux?  

Quelques expériences de sociologie

Les expériences sociales semblent aujourd’hui se multiplier face à la notoriété grandissante des réseaux sociaux. On va donc, pour commencer, lister et analyser quelques exemples de la toile.

OkCupid

Logo du site de rencontre Okcupid

Logo du site de rencontre Okcupid

Okcupid.com
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Source : Okcupid.com

On peut tout d’abord mentionner l’interview qui a été faite avec Christian Rudder, qui se trouve être l’un de co-créateur du site de rencontre américain OkCupid. Ce dernier a en effet réalisé différentes expérimentations sur son site internet afin d’évaluer les échanges entre les utilisateurs. Il a, en premier lieu, décidé de masquer, pendant quelques heures, les photos de profil des internautes. Cette première expérience a permis de montrer que les utilisateurs d’OkCupid accordaient une certaine importance à l’apparence. En effet, Christian Rudder a pu constater que le pourcentage de conversations avait augmenté, que les échanges étaient visiblement plus aisés et peut être même plus sérieux. Cependant, après avoir fait apparaître de nouveau les photos de profil des interlocuteurs, une fois conscient du physique de leur partenaire, toutes ces conversations entamées se sont complètement arrêtées. Comme l’exprime Christian Rudder dans l’interview d’Huffingtonpost :

“C'était comme si on avait rallumé les lumières dans un bar à minuit."

Ils ont également analysé les notes que les utilisateurs peuvent attribuer aux autres, et cette seconde expérimentation a permis de montrer, qu’avec ou sans texte descriptif, les notes sont semblables, ce sont donc bien les photos de profil qui priment.

On pourrait comparer cette expérience d’OkCupid, à celle que facebook avait fait auparavant sur ses utilisateurs en modifiant volontairement les flux, ou fil d’actualité, afin d’analyser la réaction des internautes. Facebook s’en était d’ailleurs excusé. Contrairement à Facebook, Christian Rudder adopte une toute autre attitude et revendique même qu’il faut être conscient, qu’en tant qu’internaute, nous somme tous des cobayes, et déclare s’être servis de ces informations afin d’améliorer le site internet au profit de ses utilisateurs

Facebook - Contamination des émotions

En ce qui concerne l’étude réalisée par Facebook sur la “contagion émotionnelle”, elle n’est en aucun cas profitable à ses utilisateurs. En effet, Facebook a mené une expérience sur près de 700 000 utilisateurs afin d’analyser la réaction de ces anglais face aux émotions exprimées sur Facebook.

Facebook influence nos émotions

Facebook influence nos émotions

Il s’avère que ces manipulations ont montré qu’il existait une “contamination des émotions”. En effet, l’équipe de Mark Zuckerberg, cofondateur de Facebook,  a réussi à rendre les utilisateurs plus ou moins joyeux ou tristes. Avec l’aide du Facebook Manipulator Mood, une extension aussi utilisée par Google Chrome, ils ont pu modifier le flux de posts positifs dans le fil d’actualité des utilisateurs, ce qui, à la suite, a influencé l’humeur de ces derniers.

    Facebook joue alors un rôle sur notre humeur du jour, en fonction de ce qui s’affiche sur la page principale. Suite à ces déclarations, la majeure partie des utilisateurs sur lesquels l'expérience a été faite se sont indignés devant une telle manière d’être utilisés comme de vulgaires cobayes / sujets d’expérience de sociologie. Cependant, devant l’apogée de sa notoriété, Facebook n’a perdu aucun de ses membres suite à cette révélation.

Facebook - Honnêteté absolue

Véritable théâtre d’expériences sociales, Facebook a aussi été utilisé par Antoine Garrot, étudiant à Rennes de 26 ans, pour une expérience de sa propre initiative. Ainsi, en l’espace de 24 heures, ce jeune infirmier s’est livré à un déballage de ses opinions sur les photos ou les statuts de ses “amis” facebook.

Antoine Garrot n'y va pas de main morte

Antoine Garrot n'y va pas de main morte

ledailybéret.fr
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Il est rare de voir ce genre de réactions spontanées sur les réseaux sociaux. Face à son indélicatesse totale, plus de la moitié de ses amis l’ont supprimé, ce qui traduit une certaine hypocrisie grandissante sur les réseaux sociaux mais aussi certainement dans la société moderne.

Ce qu'impliquent les expériences sur internet 

A la suite de tous les exemples présentés ci-avant, nous allons voir comment les données récoltées par tous les tiers existant sur internet sont exploitées, quel usage ils en ont, et ce que cela implique. Si nous avons pu en effet voir à quel point tout ce que nous faisons sur internet, et plus précisément nos données personnelles, est tracé et recueillit, on est en droit de se demander pourquoi ? Pourquoi de plus en plus, des sociétés (même hors internet) sont prêtes à payer pour recevoir ces quelques lignes d’informations à notre sujet ? Si, depuis les années deux-mille, nous pouvons affirmer être dans une époque de la statistique abondante, alors internet peut bien se targuer d’être le roi en matière de récolte. En effet, si nous parlons bien ici d'expériences sociologiques, on ne peut pas ignorer que celles-ci nécessitent des informations en tous genres, et de plus en plus, récoltées par et sur internet. Notre progression devrait nous permettre de voir comment.

Google publie les statistiques de recherches - on voit bien à quel point il en est féru !

Google publie les statistiques de recherches - on voit bien à quel point il en est féru !

Google
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Quelques chiffres

Ainsi commencerons-nous, en guise d’introduction, par quelques chiffres significatifs. Dans un article de Lesechos.fr, publié en Mars 2013, on peut lire, par exemple, qu’en moyenne sur internet, les coordonnées d’une personne peuvent se trouver dans 400 fichiers d’archive. Première chose à noter, qui ne va pas forcément de soi, ces 400 fichiers ne représentent pas le nombre de fois que nous avons entré ces fameuses coordonnées, qui en réalité est bien inférieur, d’où l’énormité de ce nombre. De même, par tous les moyens possibles qui nous font entrer des données sur le net (smartphone, ordinateur, tablettes etc.), une étude du Boston Consulting Group a calculé que la vie personnelle d’un Européen aurait aujourd’hui une valeur moyenne de 600€. Sans forcément le savoir, nous sommes tous, utilisateurs d’internet, des produits qui se vendent.

La publicité et les métadonnées

Mais si nous sommes des produits, nous sommes aussi des consommateurs, et là encore nos données se font assurance. Assurance de quoi ? Assurance d’un affichage de publicités qui nous correspondent. C’est en effet l’exemple le plus simple à comprendre, le plus connu, et donc celui par lequel nous commencerons.

A l’heure où la publicité joue un rôle capital dans l’économie des entreprises, celle-ci ne peut pas se permettre de rater son coup. Alors on cherche des solutions, et on trouve. Cette solution, c’est évidemment la récolte de nos informations. Lorsque l’on est neophyte sur internet, les publicités que l’on y voit ne nous atteignent qu’aléatoirement, quand par chance nous tombons sur des affiches qui nous intéressent. Puis, allant de plus en plus sur les sites commerciaux, y faisant des achats, et vaquant sur le web, nous nous mettons à voir que toutes les publicités affichées sont étrangement très pertinentes à notre propos. Ceci, c’est l’effet d’une utilisation sans limites de nos cookies. Pour faire simple, on appelle “cookies” des informations sauvegardées par des sites internet lorsque nous les visitons. Toutes nos entrées, les pages visitées, les liens sur lesquels nous avons cliqués etc., tout ceci peut être sauvegardé afin de, plus tard, être revendu aux tiers dont nous parlions. Leur activité étant quasiment entièrement automatisée, des statistiques se créent alors sur chacun, pour que leurs soient envoyées, par exemple, des publicités pertinentes. La preuve la plus évidente que tout le monde peut voir de ceci est sur Facebook, où l’on y voit sans cesse des annonces que l’on a consultées récemment, ou d’autres qui y sont liées, par la boutique, ou l’objet cherché.

Les propositions de google : résultat d'une expérience ?

On pourrait ensuite, avant d’entamer une partie plus sociologique, qui nous intéresse plus précisément ici, trouver un entre-deux avec cet exemple. Quand on fait une recherche sur Google, et qu’on y tape “jules”, ce n’est pas par magie que Google nous propose pour la suite “Verne”, “Ferry” etc. Ce sont en fait les recherches les plus fréquentes commençant par Jules. On peut y voir en effet une somme d’experimentation et d’utilitarisme. En effet, alors que les robots de google récupèrent les statistiques de recherche des utilisateurs, ils s’en servent pour proposer des contenus qui, statistiquement, ont le plus de chance d’être ce que nous nous attendions à trouver. Or, qui oserait dire que la sociologie, moderne ou non, ne s’est jamais au maximum entourée de statistiques en tout genre pour proposer des théories ? Ici c’est une sorte de sociologie utilitaire qui naît : on utilise les statistiques récoltées sur des ordinateurs pour proposer aux utilisateurs de ceux-ci des contenus plus susceptibles de les intéresser.  Un peu plus récemment, Google s’est aussi mit à utiliser nos propres recherches pour nous proposer des résultats plus pertinents, de la même façon que pour les pubs. Il s’agit là d’une utilisation des données enregistrées depuis les entrées des internautes, pour pouvoir proposer des contenus plus “statistiquement valables”.

Propositions lors des recherches google

Propositions lors des recherches google

Google.com
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Mais les données seules et leur utilisation commerciale n’est qu’un infime constituant de notre problème. En effet, ces mêmes informations sont aussi utiles “sociologiquement”, de sorte que des personnes travaillent avec ces données ou informations pour tâcher de mettre en avant des problématiques toutes aussi grandes à propos des médias sociaux. En effet si la sociologie s’intéresse contemporainement aux groupes sociaux, alors les réseaux sont la poule aux oeufs d’or dont ils pouvaient rêver. Le seul hic, encore une fois, c’est que ces relations inter-personnelles sont censées être privées.

Les réseaux comme objets d'expériences

On a par exemple vu comment Facebook, avec l’expérience menée par Antoine Garrot, peut devenir un lieu d’expérience. Cette expérience lui a, rappelons-le, fait perdre la moitié de ses amis sur le célèbre réseaux social. Sans la rappeler, on peut en effet y voir l’utilisation de données écrites dans un cadre expérimental, à savoir, en l’occurrence, utiliser les données enregistrées par des personnes, “contre” elles mêmes. Cette expérience peut donc se rapporter en quelque façon à ce que nous disions sur l’utilisation des données personnelles, à savoir que notre activité sur internet finit par être nocive; cette expérience, même si au fond ce n’est pas son sujet, en est une bonne démonstration. En revanche, sociologiquement parlant, cette expérience démontre un intérêt certain, comme l’affirme la sociologue Blanche Martinot, en pouvant s’appuyer sur les résultats obtenus pour confirmer l’hypocrisie surabondante des réseaux, et peut être donc de la société moderne dont la vie en réseau est un gros constituant, et qui sans nul doutes peut déteindre sur la vie “réelle”, comme en atteste l’utilisation de plus de plus en récurrente de terme originairement informatiques tels que “lol” ou “mdr”.

Antoine Garrot ne craint pas d'expérimenter ses propres amis !

Antoine Garrot ne craint pas d'expérimenter ses propres amis !

Si on peut en effet voir en l’utilisation des données quelque chose de mauvais, on ne peut pas contester un certain intérêt expérimental. En effet, n’oublions pas que les expériences de sociologie se font généralement “sur le terrain”, entendons par là que les expériences se font sur des panels de personnes, que l’on expérimente en les suivant dans leur vie, en les questionnant, les observant etc. Il s’agit ici, sur les réseaux, de la même chose, à la différence que le panel d’expérimentation est extraordinairement riche et divers, facile d’accès, et d’avantage probant lorsque les personnes ne savent pas qu’elles sont l’objet d’expériences.


Mais si nous pouvons voir en ces expériences quelque chose de bénéfique, nous pouvons aussi nous interroger sur le droit que s’octroient ces tiers, que ce soit les entreprises qui usent de nos données pour cibler des publicités, ou bien nos recherches internet, ou ces scientifiques qui cherchent à accroître leurs connaissances en usant des médias sociaux comme d’un fonds expérimental.

Les outils de protection de la vie privée

S’attarder sur le problème des réseaux sociaux constitue un sujet particulièrement sensible dans la mesure où ce sont des individus, des identités qui entrent en jeu. Alors que la collecte et l’utilisation de données des utilisateurs sont devenues des éléments centraux du fonctionnement du web dans une visée bien souvent commerciale, il s’agit de poser la question des limites de ces pratiques et des possibles réponses à apporter aux différents problèmes soulevés par ces expériences sociologiques.

Une réponse de l’Etat ?

Dans une société où la disparition de la sphère privée semble en marche, les réponses d’ordre éthique pourraient intervenir sur un plan étatique avec une intervention des institutions pour combler ce que l’universitaire Julie Rieg nomme, dans l’article L’éthique des TICs, “l’oubli numérique”, empêchant une maîtrise satisfaisante de la gestion des données personnelles. Il s’agit dans ce cas de pouvoir combler ce vide juridique et d’apporter des outils aux utilisateurs. Dans une interview de février 2009 à Libération, Alex Türk, alors président de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés, évoque avec inquiétude la possibilité soulevée par Facebook de conserver à perpétuité les données personnelles des utilisateurs, même après leur départ du réseau social. Face à cela, il évoque la volonté des CNILs des pays membres de l’Union Européenne de proposer une norme commune, à mi-chemin entre la loi et le simple cadre informatif, afin de dégager les droits des utilisateurs face à l’usage abusif de leurs données personnelles. Pour Alex Türk, la difficulté de mettre en place un cadre juridique réside dans la vision proprement commerciale des données personnelles qui anime les réseaux sociaux : leur gratuité généralisée les incitant bien souvent à rechercher un usage marchand de ces données.

Si des mesures juridiques communes sont difficiles à mettre en oeuvre, -- notamment de part les différentes visions qui peuvent exister par exemple entre le Droit américain et le Droit européen -- un organe étatique comme la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés peut mettre en place des politiques d’information efficace en la matière. En cela, le site web du CNIL propose une documentation précise regardant la gestion des données personnelles avec un accent mis en particulier sur la définition et l’usage des cookies ainsi que leur impact sur les données personnelles des internautes.

Conseils du CNIL

Conseils du CNIL

cnil.fr
Licence : Licence inconnue -- D.R.

Une réponse informatique

La réponse à la question du traçage et de la diffusion des données personnelles pourrait apparaître d’une manière tout à fait pertinente du côté de la technologie informatique elle-même avec notamment le développement de logiciels capables à la fois d’identifier, et mieux, de bloquer les cookies. Le site du CNIL propose par exemple le téléchargement libre d’une extension de navigateur internet, CookieViz, qui permet une analyse des interactions diverses entre l’ordinateur d’un utilisateur et les sites ou serveurs. Il s’agit de permettre à l’utilisateur d’identifier tous les phénomènes de traçage, particulièrement les mouchards et les cookies, qui peuvent survenir au cours de sa navigation sur le web. C’est en quelque sorte “l’envers du décors” de la navigation, avec tout le système de tracking, qui se dévoile à l’utilisateur et lui permet ainsi de prendre conscience que sa navigation peut être surveillée par bon nombre de systèmes de traçage. A travers le logiciel CookieViz, l’enjeu est ici de mettre en avant que la navigation sur le web n’a rien d’un acte neutre mais constitue au contraire un ensemble de connexions de liaisons susceptibles de servir plusieurs fins.

    Dans cette perspective, d’autres extensions de navigateurs web, ont fait leur apparition ces dernières années parmi lesquelles les logiciels Collusion ou Ghostery par exemple. Crée dans le but de faciliter la gestion de la vie privée sur internet, Collusion cherche, à l’instar de CookieViz, à identifier les pratiques de traçage qui sous-tendent la navigation web.  

Mozilla Collusion privacy tracking add-on for Firefox
Mozilla Collusion privacy tracking add-on for Firefox (Vidéo)

Vidéo

Ptésentation du logiciel Collusion
Lee Mathews
Licence : YouTube Standard Licence

Dans la vidéo ci-dessus, l’animation proposée par Collusion met en lumière le nombre de sociétés qui suivent l’utilisateur à la trace au cours d’une navigation web. Au fur et à mesure de la navigation, le graphe continue de se développer démontrant le très grand maillage de trackers divers que peut représenter le web. Encore une fois, c’est l’idée de dévoilement des systèmes de traçage parcourant notre navigation qui est au centre de ce logiciel.

Crée en 2009, Ghostery s’inscrit dans la lignée de Collusion et CookieViz par exemple. Cependant, à la différence de ces deux derniers, Ghostery offre la possibilité non seulement d’identifier mais aussi de bloquer mouchards, balises, services d’analyse et autres cookies. Une fois installée, cette extension empêche les éléments de traçage d’intervenir et de suivre le parcours des utilisateurs sur internet. Cette fois, il n’est plus seulement question de faire prendre conscience à l’utilisateur du traçage qui peut sous-tendre sa navigation mais de lui donner les outils, les moyens de limiter par lui-même les possibilités d’atteinte à sa vie privée, à ses déplacements personnels sur internet.

Une réponse participative

La réponse éthique à la collecte et à l’utilisation des données privées peut intervenir également au niveau de la participation des utilisateurs. Dans l’article L’éthique des TICs, publié par le cabinet d’études Chronos, Julie Rieg l’évoque en ces termes :

“L'expérience récente de Facebook en fait la preuve. Épouser les données personnelles des membres du réseau social, à perpétuité et sans envisager un éventuel effacement, tel était l'annonce. Cette proposition en avance sur son temps a été plutôt perçue comme un recul du point de vue des usagers. Ils ont d'ailleurs obtenu gain de cause en mutualisant leurs plaintes au sein d'un groupe virtuel de 130.000 membres. C'est la preuve que le poids des foules peut imposer sa sagesse dans une logique de démocratie participative.”

Face à la volonté d’utilisation pour un temps indéfini des données personnelles par un réseau social, en l’occurrence Facebook, Julie Rieg souligne la mobilisation spontanée des utilisateurs du web qui se sont organisés en un groupe virtuel. C’est la logique de démocratie participative, rendue possible par la connexion de milliers d’utilisateurs qui a finalement fait reculer le réseau social sur sa politique de gestion de données personnelles. Il s’agit ici, à travers cet exemple, d’identifier le potentiel d’une possible réponse démocratique, de mobilisation des utilisateurs représentant en commun leurs exigences face à des puissances industrielles.

Conclusion

Alors que les réseaux sociaux tendent à devenir des lieux d’expérimentation sociale à part entière, il s’avère que ces derniers se trouvent être une réelle source de données personnelles dont les tiers dont nous avons parlé précédemment se serviront à des fins marchandes, pour la plupart. Bien que les consciences s’éveillent peu à peu sur l’utilisation de leurs données internet, il n’en est pas moins que ces tiers continuent de s’en servir. Cependant, le nombre de logiciels ou “plug-in” commence à s’accroître, ce qui permet aux utilisateurs de surveiller leur navigation mais aussi de contrôler leur vie privée sur internet. Loin d’être complètement sous contrôle, est-il possible, alors, de se diriger vers un monde où la vie privée serait respectée ?

 
 

Notes de lecture

"L'éthique des Tics"

La ruée vers l'or des données personnelles