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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Caméras
Caméras "capteur" dans les stades

Le marché de la donnée sportive

En Amérique du Nord et en Europe

Ines DOUSSET, Laetitia CHIRLIAS (Master 2 - Management du Sport, Université de Caen)
La société évolue au rythme de nos évolutions technologiques permettant l'accroissement et l'utilisation de certains outils: le parfait exemple de la donnée sportive qui ne cesse de s'exporter sur de nouveaux territoires. La donnée sportive une véritable ingénierie!
(déposé le 2014-11-16 07:52:20)

Le marché de la donnée sportive  

En Amérique du Nord et en Europe

Un monde modélisé : l’ère des données numériques ?

Oui. Aujourd’hui, on ne peut consulter les médias sans obtenir des références immédiates aux données et statistiques de l’Institut National de la Statistique et des EtudesEconomiques (INSEE), Prévention Routière, Police Nationale ou encore de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et bien d’autres encore. Ces sources aussi bien privées que publiques sont parties prenantes dans notre société évolutive par leur présence dans nombre de domaines d’activités. Celui du sport en possède une utilisation considérablement accrue.

Le sport s’est emparé  d’un poids économique pantagruéliques, devenu un facteur clé par sa croissance et sa valeur sûre aux secteurs qui lui sont adjacents.

Cette étude vise à mettre en lumière un marché existant depuis des décennies, discret et pourtant doté d'un impact et d'un intérêt pécuniaire de plus en plus fort en Europe et Outre-Atlantique: le marché de la donnée sportive, communément appelée "big data" en matière sportive.

Mais qu’est-ce-que le big data ?

Au sens large, ce terme peut être expliqué par le fait que les évolutions technologiques dans notre société - qui nourrissent régulièrement la culture numérique -  amènent à la collecte d'une masse colossale d'informations via une grande diversité d'appareils connectés de haute technologie. Ces innovations technologiques, à l’image de notre société, ne cessent de se transformer à une vitesse exponentielle, conduisant nos réflexions sur ce sujet à une obsolescence prématurée. Néanmoins, ces paramètres contribuent au phénomène du big data.

Pour être plus technique, il faut pouvoir croiser les chiffres bruts afin d’en faire des flux et en extraire des enseignements. Par conséquence, le big data a été définit par trois aspect : le volume - quantité de données collectées - la variété - formats de données très différents- et la véracité - qualité de l’information dans l’intérêt qu’elle peut avoir pour un certain nombre d’acteur.

Ce constat amène à s'interroger sur l'intégration du big data dans le monde du sport de haut niveau touchant également à la notion du "sport-spectacle".  

Au travers de grandes institutions positionnées sur le marché de la donnée sportive nous étudierons précisément le processus du big data. Aussi, par des exemples et illustrations, nous montrerons les effets de ces informations tant au niveau du jeu produit, qu’au sportif lui-même. Par ailleurs, il semble essentiel de noter qu'ici, l’important n’est pas tant de comprendre les termes spécifiques de chacun des sports, et le mode de calcul appliqué. L’idée est d’assimiler le processus et la traçabilité des chiffres publiés ainsi que leur impact à l'élite sportive: Normalisation, échanges et usages : la donnée sportive, qu’en est-il en Europe et en Amérique du Nord?

Partie 1: Les données physiques et techniques

L’objectif est d’examiner le cheminement de la donnée sportive de sa collecte à sa diffusion sur le marché via deux multinationales majeures. Nous chercherons à déterminer les acteurs économiques en position d’offreurs et de demandeurs de ces transactions. Par ailleurs, dans cette partie, nous nous intéresserons uniquement aux données qui analysent les performances individuelles et collectives des sportifs en situation de jeu. Ces dernières devant fournir une meilleure compréhension du jeu.

1. Processus du big data : Le cas de Stats et d’Opta

Les deux sociétés Stats et Opta sont les éléments majeurs de recueil et de distribution de données sportives sur le marché international.

Alors qu’Opta a été créée en 1996 à Londres, Stats a vu le jour une dizaine d’années auparavant, à New-York.  Ainsi, l’une détient une culture nord-américaine, l’autre européenne. En revanche, Romain Fabre dans une interview, explique que pour se développer, la société Opta a benchmarké les américains pour leur culture et leur état d’esprit très avancé dans le domaine des statistiques en amont et en aval du match. Opta et Stats collectent des données converties ensuite en statistiques techniques et physiques. Ces premières étant relatives aux actions de jeu (ex : tacles, dunk, home run) et ces dernières aux actions qui leur sont adjacentes (ex : distance parcourue, accélération). Par ailleurs, Opta a fait le choix de se spécialiser dans le domaine du football à 80%: elle couvre en grande majorité le football européen, mais est aussi présente à moindre échelle sur celui de l’Asie, de l’Amérique du nord et de l’Océanie (Australie).  Les 20% restant,  concernent d’autres sports, tels le rugby, le handball, le cricket et le basket. Pour sa part, Stats, exerce pour quinze disciplines sportives, mais est spécialisée dans le football et le basketball.

Présence de Stats dans le monde

Présence de Stats dans le monde

Pays et disciplines couvertes
Stats
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Source : Stats.com
 

En situation de concurrence, ces deux sociétés proposent des services et produits pour l’essentiel similaires, parfois pour les mêmes clients.

Ces deux multinationales travaillent pour divers secteurs d’activité. Principalement les médias pour la fourniture de statistiques sportives en support de retransmission. Ce secteur est subdivisé en quatre segments majeurs : La télévision, les services internet, la presse et la radio. Pour ce premier, accroître l’audience est une opportunité non négligeable d’où l’intérêt pour les chaînes TV d’être client de sociétés de statistiques reconnues. Pour illustrer ce propos, on remarquera la nouvelle émission « Data Room » de Canal+ France, présentée par David Wall, rédacteur en chef d’Opta. Elle a pour objet la diffusion totale de statistiques sportives sur les derniers matchs de football joués.  

Canal Plus - Data Room
Canal Plus - Data Room (Vidéo)

Pour ce qui est des services internet, leurs offres proposent le suivi de compétitions en direct, l’accès aux bases d’informations sportives et le développement d’applications. Ce segment est essentiel puisque dans nos sociétés modernes, l’accès à internet est devenu une quasi-banalité. Ainsi, l’information disponible sur ce segment est accessible pour une grande proportion de particuliers et de professionnels. Concernant la presse, même si cette branche est en crise du fait justement de la croissance des services internet et de leur gratuité, elle reste un segment dans lequel nombre de grands quotidiens publient des informations chiffrées sur le sport. Quant à la radio, format de diffusion peu conséquent dans notre société actuelle, elle reste un support que l’on ne peut négliger puisqu’elle est partie intégrante de ce secteur économique.

L’autre secteur est celui des clubs et organisations sportives (Ligues et Fédérations sportives) où le service consiste en la captation de données en temps réel et à l’utilisation d’outils d’analyses. Pour la part des opérateurs de paris sportifs, la diffusion des statistiques sportives permet d’attirer le client et de le fidéliser. En effet, pour le parieur, ces sites revêtent la promesse d’opportunités sans pareil via la consultation d’articles de pronostiqueurs que l’on trouve dans les différentes branches des Médias : la statistique est devenue un outil qui peut accroître la probabilité de chance de succès financiers, notamment. Ceci ouvre le champ à un tout autre marché en plein expansion, celui du pari sportif. On a observé ces six dernières années une émergence considérable des sites de paris sportifs en ligne. Pour illustration, le PMU (Pari Mutuel Urbain), propose la formule la plus populaire pour le pari hippique et est un des acteurs de ces doux rêves.  En effet, quand on estime qu’un Tiercé a pu rapporter 32 060€ à un parieur, qu’un Quarté+ 113 887€ et qu’un Quinté+ peut faire gagner entre 1 million et 10 millions d’euros chaque jour, il est humble de comprendre la raison pour laquelle les entreprises de paris en ligne deviennent une clientèle conséquente pour les sociétés de données sportives. 

Afin que la donnée sportive puisse être normalisée, échangée et utilisée dans les différents secteurs d’activité vus ci-dessus, il est essentiel d’étudier son fonctionnement.

De la collecte des données sportives à leur distribution: un véritable processus

Quel procédé utilisent ces sociétés pour la distribution des données sportives? Il est vrai que tout amateur de sport porte régulièrement et de manière désinvolte un intérêt aux statistiques d’une équipe ou d’un sportif. Derrière cet intérêt à priori banal pour ces informations chiffrées, existe en réalité une industrie méconnue du plus grand nombre.

L’enjeu de cette partie est de comprendre l’organisation interne de ces grandes entreprises ; de la collecte à la distribution. Pour comprendre la réalité de ce processus, nous sommes parvenues à contacter par messages électroniques, le responsable du plan de développement de Stats : Federico M.Winer. A partir de cette source interne mais également via les sites internet des sociétés, nous avons pu effectuer une analyse.

De prime abord, notons que les analystes collectent trois types d’informations : l’action, l’endroit où elle a eu lieu sur l’aire de jeu, et sa minute exacte. Ces analyses peuvent s’orienter au niveau collectif (statistiques d’une équipe) et individuel (statistiques d’un sportif). Les sociétés disposent de deux méthodes de collecte de données. La première quelque peu caduque consiste à envoyer dans les stades et arénas des techniciens du métier (deux relèvent les données et un live checkers vérifie le travail réalisé en amont). La seconde, qu’Opta et Stats utilisent de plus en plus est le visionnage des rencontres sportives en direct face à un écran avec l’appui de logiciels spécialisés (ils permettent de saisir les informations du terrain et comptent 260 catégories d’actions distinctes et très détaillées).

Collecte des données en direct à partir des images télé

Collecte des données en direct à partir des images télé

Opta
Licence : Tous droits réservés -- Copyright

Ici, l’intérêt est que les experts puissent recourir aux gros plans et aux ralentis, afin de décomposer l’action. Cette dernière méthode permet d’obtenir des données très précises. Pour Opta, cette précision est prouvée au football, avec 1600 à 2000 données collectées par rencontre. A titre d’exemple, sur les douze derniers mois, Opta a recensé 139 297 buts de football, 79 466 cartons jaune, 5589 cartons rouge, 18 827 guichets de cricket, 3 549 essais de rugby à XVIII, etc. Egalement, sont récemment utilisés en période d’entraînement des « caméras capteur », positionnées à chaque coin de la surface de jeu pour obtenir plusieurs angles d’analyse. En revanche, lors de compétitions européennes, les analystes ne peuvent pas user de cette nouvelle technologie, car elles ne sont pas encore homologuées par les institutions sportives (Ligues et Fédérations) à l’inverse de l’Amérique du Nord.

Caméras

Caméras "capteur" dans les stades

Par ailleurs, il paraît important de notifier qu’Opta et Stats disposent de partenariats avec d’autres grands acteurs de l’analyse sportive. Ces approches collaboratives assurent à leurs clients le maintien d’un ensemble de données cohérentes tout au long du processus analytique. Pour exemples, depuis 2008, la branche OptaPro collabore avec l’agence Stratbridge localisée à Boston. Pour sa part, Stats détient un partenariat avec SportVu. Une fois les données collectées, le travail est transféré à un second groupe d’agents qui procède à la validité des données retenues par le premier. En d’autres termes, ils ont la mission de s’assurer de leur l’intégrité et de leur conformité. Elles sont numérisées et sauvegardées dans les logiciels propres aux entreprises, appelés le backup feeds.

Suite à cette seconde étape, les informations chiffrées sont transmises dans des centres de données pour être traitées. On passe de l’état brut à des flux de données. Dès lors, le processus de data-visualisation est très utilisé. Par cette notion, on entend le fait de donner aux chiffres une lecture descriptive et visuelle par des graphiques, des cartographies, des chronologies, des infographies ou des photos.

Enfin, la dernière étape du cheminement de l’analyse chiffrée de Stats et Opta, consiste en la distribution de ces flux afin de les rendre visibles et disponibles. La destination peut prendre plusieurs voies, celle des professionnels et celle des particuliers. En effet, les amateurs de sport apprécient d’avoir le chiffre qui apporte du sens à une rencontre sportive. Selon la nature du client, les services et les produits peuvent être différents ; on parle d’offre de données. En revanche, les supports de diffusion (cf. les quatre segments de média) sont les mêmes. De plus, Opta et Stats s’adaptent en fonction des innovations technologiques permettant  la mise en place d’une multiplateforme : le demandeur peut accéder aux informations via la télévision, un ordinateur portable, un appareil mobile, et plus récemment une tablette android/ipad. Pour les sociétés de statistiques, cette multitude d’appareils technologiques surnommés les «second screens companions» (second écran) leur permet de développer une large gamme de produits, qui en réalité forme un marché dans lequel une économie se crée.

Second screens companions

Second screens companions

Stats
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La consommation à distance: multiécran

La consommation à distance: multiécran

Licence : Licence inconnue -- D.R.

Les données et statistiques sportives en Amérique du Nord constituent un outil marketing visant à fidéliser les fans. C’est ce qu’expose le docteur Rich Campbell, spécialiste en la matière aux États-Unis,  lors d’une conférence au MIT Sloans, l’école de management de la prestigieuse MIT (Massachusetts Institute of Technology). D’après lui, les statistiques contribuent à améliorer la Fan Experience. Terme de plus en plus repris tel quel en français, il désigne le produit intégral au-delà du jeu, vendu aux fans, ces derniers considérés à part entière comme des clients que l’on veut satisfaire pour par exemple les faire revenir aux matchs. On s’adapte donc à la consommation du fan de plus en plus exigeant, dont l’ère est au second écran ; ce qui change considérablement ses attentes et comportements. D’où l’intérêt de développer des logiciels capables d’effectuer toutes sortes d’analyses en direct du jeu. D’ailleurs, le fan d’aujourd’hui regarde le match au stade ou à distance, accède à des informations complémentaires via un accessoire annexe. En d’autres termes, cet éventail de supports lui offre un relai au premier écran, dans l’idée où il peut suivre une autre rencontre sportive quel qu’elle soit, notamment via un système de notifications. En outre, les fans commentent instantanément sur les réseaux sociaux les phases de jeu, ainsi que les statistiques associées. Selon le Docteur, à chaque évènement, les fans plébiscitent les statistiques et collaborent donc, avec les ligues en les promouvant constamment sur tous les espaces sociaux.

Processus de la donnée sportive: de la collecte à sa distribution

Processus de la donnée sportive: de la collecte à sa distribution

Chirlias L. et Dousset I.
Licence : Domaine Public

Stats et Opta demeurent des sociétés primordiales pour les différents secteurs étudiés et surtout pour celui des médias, sans quoi le data journalisme n’est envisageable. Même si la nationalité de ces sociétés diffère, le principe méthodologique du traitement de la donnée est équivalent. Cette étude démontre à quel point le processus est précis et ingénieux pour que la donnée puisse être traitée et distribuée. Le big data est devenu incontournable dans le monde du sport de haut niveau: explications et conséquences.

2. L’impact du big data dans le domaine sportif

Le big data a tout d’abord contribué à l’observation et l’appréciation plus accrue de certains sports. Cette fonction première a très vite dérivé et est maintenant de plus en plus au service des sports qu’il observait auparavant. Altérant parfois très profondément leur fonctionnement, les statistiques ont transformé la nature même de certaines disciplines sportives étant porteuses de tactiques nouvelles.

Usage des analyses chiffrées dans le sport

Commençons par le sport premier, celui pour lequel la statistique faisait partie de son histoire avant même l’apparition de l’ordinateur ; ce sport auquel la statistique ne peut lui être dissociée car elle prend part à l’essence même du jeu : le baseball. Pour preuve, dès le plus jeune âge, les enfants collectionnent les cartes, présentant au recto une photo de leur idole et au verso toutes les statistiques de jeu qui lui sont propres. Le baseball, sans être une exception, reste néanmoins la pratique la plus régie et la plus adulée pour ses statistiques. En revanche, nombre de sports nord-américains, tels que le basketball, le football américain ou encore le hockey sur glace sont imprégnés de cette culture de la statistique.

Dès 1951, Turkin et Thompson, précurseurs de la statistique, retranscrivaient, dans le Barnes Baseball Encyclopedia, les 1.800 données qu’ils avaient fait relever de manière manuscrite à chaque match de la saison. Aujourd’hui on compte plus d’un million de données enregistrées par match, soit à peu près 2,4 milliards sur la saison de la Major League Baseball. Chaque mouvement, chaque geste de joueur est décortiqué pour créer une statistique physique. Le logiciel Pitch f/x ; capable entre autres d’indiquer et d’enregistrer en temps réel la trajectoire de la balle; a nécessité sept années de développement ainsi qu’un investissement de 7 millions de dollars. Cependant d’autres outils complémentaires se développent. C’est le cas du logiciel Field f/x capable de déterminer jusqu’à la difficulté d’une réception de balle, de calculer la probabilité qu’a un joueur de terrain de réceptionner un jet ou encore le temps de réaction d’un joueur, sa vitesse, trajectoire, etc. En parallèle, la technologie Kina Trax va encore plus loin en permettant de capturer le mouvement squelettique d’un joueur en plein jeu.

La technologie Kina Trax
La technologie Kina Trax (Vidéo)

Vidéo

Kina Trax
Licence : Domaine Public

L’analyse est à son comble et les résultats qui en résultent peuvent être utilisés par la suite pour établir des entrainements spécifiques, des tactiques de jeu adaptées, etc. Comme vu ci-dessous, les statistiques associées au résultat de chaque match peuvent de prime abord paraitre très complexes.

Résultat Cardinal - Giants

Résultat Cardinal - Giants

Major Baseball League
Licence : Domaine Public

Mais cette complexité n’est rien si l’on compare cela aux statistiques complètes des joueurs très largement prises en compte dans le processus de recrutement des sportifs.

Statistiques annuelles du joueur Altuve

Statistiques annuelles du joueur Altuve

La National Football League (NFL) n’est pas en reste. Utilisant principalement la technologie de Catapult ClearSky alliant un émetteur GPS ; Optimeye ; à un logiciel très performant ; OpenField. Les coachs bénéficient ainsi d’un troisième œil. Les données sont enregistrées et génèrent aussitôt des statistiques qui réinterprèteront ce qui se passe effectivement sur le terrain et la façon dont les joueurs réagissent à certaines variables. Cela permettant de créer des plans de jeux ajustés ou des entrainements spécifiques. Cette technologie permet véritablement d’établir des objectifs de jeu. Poussée par l’excellence de l’analyse, la NFL possède sa tablette officielle en partenariat avec Windows. Chaque coach et membre de staff peut à présent avoir accès en direct à chaque donnée et statistique générée au cours du match ou de l’entrainement.

Des applications ont même été développées spécialement pour le coaching de tous les sports populaires nord-américains. C’est le cas d’iScoutPad, qui quantifie les forces et faiblesses de potentielles recrues sous forme de statistiques. GameChanger, grâce aux analyses chiffrées enregistrées permet quant à lui, d’effectuer des comparaisons ou de quantifier des progressions. Il y a également, Coach’s eye, Coachbase ou encore FirstDown qui répondent aux mêmes besoins.

Application Game Changer

Application Game Changer

GC
Licence : Domaine Public
Source : https://gc.com/

Cette ferveur qu’ont les américains pour la statistique n’est pas étrangère outre-Atlantique. La mondialisation a fait migrer depuis quelques années, cette appréciation de la statistique à grande échelle. Non pas que la statistique n’existait pas en Europe avant l’influence américaine, mais sa popularisation et son appréciation n’était pas tant accrue ; elle est aujourd’hui en pleine expansion.

Prenons l’exemple du football, qui est en Europe ce qu’est le baseball aux États-Unis. La discipline regroupe nombre de championnats et de compétitions européennes. On observe cependant que l’accès aux données relatives à un match ou à un joueur est bien plus fort lors de matchs de championnats. C’est chez les anglais, avec la Barclays Premier League, que l’on trouve probablement le plus grand nombre de données communiquées. Là aussi, cet accès aux statistiques semble infini. Chacun peut effectuer des classements de joueurs ayant marqué le plus de buts, tiré le plus au but, fait le plus de centres, ou encore écopé du plus grand nombre de sanctions (cartons jaunes ou rouges). Quant aux joueurs eux-mêmes, ils possèdent une quantité d’analyses chiffrées très variées. C’est d’autant plus vrai pour chacun des matchs passés, pour lesquels le fan peut visualiser comme bon lui semble des données très précises. D’ailleurs, récemment Arsenal et Chelsea se sont rencontrés pour la 7ème journée de championnat et nous avons identifié la position moyenne de chaque joueur sur le temps réglementaire et additionnel de jeu ainsi que les passes réussies ou non d’Özil et de Hazard, deux joueurs de classe mondiale.

Analyse du match Arsenal - Chelsea

Analyse du match Arsenal - Chelsea

Arsenal
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Par conséquent, si tous les clubs anglais de première ligue disposent d’un département performance, dont l’une des principales activités recouvre l’analyse des statistiques récoltées pendant les rencontres de football, en France, les entraîneurs, les joueurs, les présidents à s’y intéresser restent rares. Seuls le LOSC, l’OL et le PSG  sont réellement concernés depuis 2012 notamment par l’instauration de GPS à l’entraînement. Pour certains, ce phénomène s’explique par le manque de moyens de la majorité des clubs de Ligue 1, pour d’autres, il est question de génération et de culture.

En revanche, si c’est au sein du plus grand championnat européen que l’utilité des statistiques techniques et physiques sont les plus imprégnées dans les mentalités, il n’est pas possible d’ignorer que la sélection allemande, la Mannschaft, fut la première à reconnaître l’influence des datas sur la modification profonde de son style de jeu. Oliver Bierhoff, joueur retraité, explique que ces données ont révolutionné l’équipe en misant sur des joueurs plus techniques et vifs que physiques. Par les datas, ils ont su montrer que la qualité technique et le mouvement finissent par créer des espaces, car l’adversaire est submergé par une trop grande quantité d’informations à traiter. D’ailleurs, le constat le prouve : entre 2004 et aujourd’hui, les joueurs de la Mannschaft sont passés d’un temps de contact avec le ballon de 2,6 secondes à 1,1.

Simon Kuper, journaliste au Financial Times explique qu’« observer le football, c’est désormais regarder dans les datas pour mieux comprendre quelles sont les exigences du foot de haut niveau ». Parallèlement, Chris Anderson a su démontrer à travers ses travaux universitaires, que les statistiques permettent d’améliorer d’environ 5% les performances d’une équipe ; non négligeable dans l’univers ultra concurrentiel du sport de haut niveau.

Malgré le fait qu’une comparaison entre les sports nord-américains et européens ne puisse avoir lieu au regard de la disproportion de l’ampleur des statistiques, de leurs degrés de complexité ou encore des moyens mis en œuvre pour les récolter ; un constat succinct peut être établi: les données et statistiques communiquées, c’est-à-dire accessibles au public, sont de natures très différentes. Le nord-américain consulte des analyses au format composé de chiffres très fournis et complexes (souvent à décimale). De son côté, l’européen a plutôt accès à des analyses schématiques (data visualisation) ou à des données chiffrées plus simples, même s’il est vrai qu’elles vont en se complexifiant.

Comme vu précédemment, pour la majorité des sports collectifs, les statistiques jouent un rôle dans les dispositifs de recrutement, mettent en lumière des forces et faiblesses et permettent d’établir des tactiques de jeu pour les compenser. Comme l’expose Loïc Ravenel (chercheur au CIES), « le développement durable d’un club, c’est à la fois des éléments qui optimisent la composition de l’effectif, d’autres qui établissent la contribution des joueurs aux performances de l’équipe et, enfin, une étude des profils à recruter […].C’est un modèle théorique, basé sur des recherches statistiques, pour rendre la réalité mesurable : la corrélation de ces éléments doit permettre une planification du succès ».

Dans d’autres sports individuels, le stockage de données et de statistiques disponibles en temps réel ont modifié la façon même dont les sportifs appréhendent la performance. C’est l’illustration typique du cyclisme. Outre l’évolution technologique des vélos et celle des apports nutritionnels, les sportifs ne courent plus de la même façon. On l’observe très nettement lors du Tour de France et cela pour une seule et bonne raison : les données dont les vingt-deux équipes en lice disposent peuvent être communiquées à l’instant t à leurs cyclistes. A titre d’exemple, les coureurs savent s’ils peuvent « décrocher » ou conserver le maillot jaune, vert ou blanc pour les moins de vingt-cinq ans. Excepté pour ceux qui tiennent à remporter les étapes, l’enjeu n’est presque plus de battre son adversaire, mais d’être au-devant de cette ligne maintenant matérialisée par les données qui déterminent leur position au classement général. Etablies en direct, les statistiques sont un réel assistanat à leurs performances.

Rappelons que pendant longtemps, la plus grande évolution dans cette discipline fut la généralisation du dérailleur, en 1937. Cette époque est bel et bien révolue.

En Europe comme en Amérique du Nord, la donnée sportive occupe une place prépondérante dans l’appréciation de l’exploit sportif lié au jeu. Il est forcé d’admettre que si son usage est en plein essor en Europe, la donnée et la statistique sont d’ores et déjà normalisées dans le sport nord-américain. Paradoxalement, le processus de la collecte à la distribution du big data expose de grandes similarités sur les deux territoires, lequel évolue au rythme des avancées technologiques. Ces mutations constantes altèrent profondément la conception du jeu, la vision des organisations sportives ; jusqu’à celle de l’humain.

Partie 2 : Les données physiologiques

Alors que la densification de la donnée se prêtait particulièrement au jeu, à présent elle considère tout autant le recueil d’analyses numériques relatives à l’Homme. La fluctuation des données sportives amène à étudier, évaluer, analyser et transformer les facteurs physiologiques et biologiques du sportif, en flux de données. Dans cette situation, l’humain est lu comme une variable mathématique où la résolution d’un problème est calculée sans considération de l’affectif. Cette modélisation systématique de l’humain peut être remise en cause.

1. Les instituts de la haute performance sportive : Le cas INSEP et TeamUSA

Par données physiologique on entend toutes données qui ont pour nature l’étude interne au corps du sportif.

Grâce aux avancées technologiques et scientifiques, des méthodes plus ou moins matérielles ont été mise en place pour mesurer les performances physiologiques à partir des données physiques des sportifs de haut niveau. Ces datas recensent l’analyse énergétique, musculaire, et psychologique du sportif. Chiffrer leur performance interne est primordial car cela permet d’évaluer et d’anticiper la progression mais aussi de considérer les risques encourus. Par ailleurs, nous verrons que ces méthodes constituent une avancée énorme pour les préparateurs physiques. En effet, ils sont amenés à évaluer leurs sportifs, mesurer les actions, comprendre le lien entre les efforts et les blessures, suivre la charge des entraînements. L’ensemble de ces éléments permettent à l’entraîneur d’analyser et de déployer des stratégies sportives pertinentes et quasi sur-mesures. 

L’étude des données physiologiques est approfondie au sein de structures sportives qui forment de jeunes promus. Ces établissements peuvent être privés, telles les sociétés sportives par nature commerciales mais également publics. Ici, un focus tout particulier entre l’institution française et américaine du sport de haut niveau, INSEP et TeamUSA, a été établi.

L’Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance (INSEP) a été créé en 1975 à Paris sous la tutelle du ministère des Sports.

Pour atteindre l’excellence sportive dans nombre de disciplines, l’INSEP dispose de scientifiques (15 chercheurs et 3 ingénieurs de recherche) en interaction avec le sportif lui-même et son entraîneur. Ils peuvent évaluer et proposer des solutions à partir de matériels de recherches adaptés aux différentes mesures des données physiologiques. D’ailleurs pour l’année 2014-2015 ces scientifiques doivent remplir trois missions majeures :

  • Mission 1 : Identification et optimisation des paramètres physiologiques et psychologiques des paramètres liés au stress d’entraînement, de compétition ou de carrière sportive.
  • Mission 2 : Identification des déterminants et des conséquences physiologiques et psychophysiologiques de la récupération en sport.
  • Mission 3 : Identification des caractéristiques neuromusculaires, neurophysiologiques et mécaniques du geste sportif et des facteurs d’amélioration.

La connaissance attachée aux données physiologiques est essentielle. Les ingénieurs de recherche disposent d’une multitude d’outils pour établir ces données et créer des statistiques physiologiques.

L’INSEP compte notamment onze plateformes de forces intégrées installées, entre autres, dans le revêtement de la piste d’athlétisme et dans le laboratoire afin d’effectuer des expériences et des expertises. Plusieurs sports en ont l’usage, tels le badminton, le judo, la lutte, le taekwondo, la boxe, l’escrime, la gymnastique, etc.

Evaluation type de la force intégrée: Equipés d’électrodes de surface qui permettent d’enregistrer l’activité électromyographique (EMG) de 16 muscles des membres inférieurs, les sportifs réalisent plusieurs gestes spécifiques à leur discipline, imposés par l’entraîneur et les médecins. Ces analyses effectuées sur ces plateformes permettent d’enregistrer les forces appliquées au sol  et les niveaux d’activité musculaire. Ensuite, les « insépiens » réalisent des tests de force maximale sur ergomètre isocinétique (appareil utilisant la plus récente technologie dans le but d’évaluer les déficits au niveau de la force musculaire dans différentes positions et vitesses variables) au sein de plateau technique, en conservant les électrodes. Ce travail permet d’avoir une connaissance précise des qualités musculaires des athlètes et d’identifier des profils individuels. Selon les résultats, l’entraîneur pourra améliorer les gestes techniques et formuler des préconisations en termes de renforcement musculaire.  Ces mesures biomécaniques sont donc déterminantes pour la performance puisqu’elles rendent compte de l’intensité et de la qualité des efforts que fourni le sportif sur le sol. Couplée à une vidéo, la plateforme renseigne de manière pertinente sur l’efficacité de la technique gestuelle utilisée. D’où l’intérêt de disposer d’une salle consacrée à l’analyse des mouvements, avec les caméras VICON infrarouges. Le sujet est reconstruit entièrement grâce à la présence de cibles émettrices sur les parties du corps étudiées. L’ordinateur mesure les paramètres mécaniques du geste directement à partir du déplacement des marqueurs.

27 Cibles émettrices

27 Cibles émettrices

INSEEP
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A côté, sont disponibles des analyseurs de gaz K4b2, lors d’épreuves d’effort. Cet outil permet de mesurer minutieusement l’endurance de l’athlète. L’analyseur d’échange gazeux portable gère complètement les données : gestion de la base de données des patients, affichage en tableau et/ou graphique en temps réel (data-visualisation), détection automatique ou manuelle du seuil lactique (énorme fatigue), mesure du débit cardiaque etc. Par ailleurs, ces évaluations permettent une détection des anomalies cardiovasculaires. On liste également des accéléromètres qui affichent les qualités musculaires dans un modèle force et puissance versus charges. L’évaluation peut ainsi se faire dans le contexte habituel de manipulation de charges dans la salle de musculation. 

Les Etats-Unis possèdent la suprématie en termes de performances olympiques. Avec 84 médailles aux Jeux de Londres et 33 à ceux de Sotchi, les Etats-Unis représentent la nation la plus médaillée notamment en quantité de médailles d’Or, au nombre de 45. Derrière cette hégémonie sportive, se dissimule une institution, Team USA,  fonctionnant à peu de choses près comme l’INSEP. A contrario, cet établissement Etats-unien n’est pas sous la tutelle publique du ministère des Sports puisqu’aucun équivalent n’y existe. Ainsi, l’USOC, Comité Olympique des Etats-Unis, dispose de cette responsabilité.

Fondé en 1894 et localisé à Colorado Springs, l’USOC est à la tête de la Team USA, regroupant les meilleurs sportifs du territoire. Le comité a la charge de les entrainer, de réguler l’admission de nouveaux athlètes au sein de l’équipe et de les financer. Trois centres d’entrainement ont été érigés pour que la Team USA ait accès aux meilleurs experts en nutrition, en biomécanique, en médecine, en physiologie, en force et conditionnement, en psychologie et performance de la technologie. Près de 22.000 athlètes s’y entrainent chaque année. De plus, 17 sites d’entrainements de type olympiques leur sont disponibles, ces derniers répartis dans 15 états.

Site d'entrainement de la Team USA

Site d'entrainement de la Team USA

Team USA
Licence : Domaine Public

Les athlètes ont très souvent accès aux dernières technologies pour accroitre leur performance. Pour illustrer ce propos, de récents procédés ont été relevés d’une façon non-exhaustive. C’est le cas avec l’installation d’un nouveau centre de la Science du Sport à Colorado Springs ouvert en Novembre 2014. L’espace est équipé d’appareils mesurant les réponses du cerveau et du corps des athlètes en situation de repos et d’entrainement. De nombreuses données seront communiquées à l’équipe de l’athlète permettant alors à celui-ci d’essayer d’autoréguler certaines de ses réactions.

Quant au Lakes Placid, on utilise depuis peu MegaLink system, sur l’aire d’entrainement de biathlon. Ce système peut détecter la position exacte de la balle et fournir électroniquement un ensemble de données au moniteur situé près de l’athlète ; ce qui lui permet de consulter instantanément les analyses de son tir.

On y utilise également, le tapis roulant LPOTC destiné aux skieurs. Comme on peut le voir sur la présente photo, l’athlète paralympique en ski de fond, Andy Soule, s’y entraine. Il peut voir en temps réel la vidéo analysée par le logiciel de son corps dans l’espace, ceci afin d’améliorer l’aspect technique de ses performances via l’expertise biomécanique. A titre indicatif, il peut ici avoisiner les 16 km/h avec une inclinaison du tapis de 10 %.

Technologies de l'USCO

Technologies de l'USCO

Team USA
Licence : Domaine Public

De façon plus globale, les centres de la Science du Sport définis comme des cellules d’étude de la performance sportive, sont déployés sur les trois centres de la TeamUSA. Les physiologistes qui y exercent, concentrent leurs attentions sur le système cardio-respiratoire ainsi que sur les facteurs métaboliques et musculo-squelettiques qui contribuent à la performance de l’athlète.  Par sa très haute technologie, le pôle biomécanique utilise un procédé de capture de mouvement, de force, de torsion et d’activité musculaire à l’aide de capteurs et d’appareils mesurant le temps. Ceci afin de modéliser mathématiquement et d’étudier les mouvements clés qui sont propres aux sports. Pour y pallier, les technologistes, quant à eux, disposent d’installations d’enregistrement visuel situées in-situ. Ils ont la possibilité d’évaluer la performance et la technique du sportif grâce à des vidéos très détaillées qui créent des statistiques instantanées sur des instants infimes de gestuelles décomposées. Les flux de données physiologiques sont stockés pour évaluer son évolution.

Tout ce système est onéreux pour l’USOC. En 2013, le support au sport paralympique et aux programmes de performance du sport ainsi que les centres d’entrainement, a coûté $63 millions (€49 millions), soit 32% de ses dépenses totales de l’année civile.

 De manière plus particulière, les dépenses uniquement consacrées au département Science du Sport dans les centres d’entrainements, se sont élevées à près de $1.169.000 (€933.000).

Bilan 2013 de l'USOC

Bilan 2013 de l'USOC

TeamUSA
Licence : Domaine Public
 

Par les institutions en charge de la performance sportive, nous avons pu constater qu’ils recensent de grandes similitudes alors même que les dimensions géographiques, quantitatives et financières sont incomparables. Par exemple, l’INSEP compte 630 sportifs alors que l’établissement national nord-américain en comprend 35 fois plus. Cet écart se retrouve en matière budgétaire : l’INSEP à une dépense annuelle approximative de €42 millions soit 5 fois moins que la Team USA.

Outre les ressemblances de ces deux systèmes nationaux, cette partie de l’étude permet d’exposer les méthodes de recueil des données physiologiques du sportif offrant des opportunités considérables au monde du sport de haut niveau et ce, quelque soit la discipline. Cette analyse approfondie constitue un réel outil de « management » du corps du sportif permettant d’atteindre de très hauts résultats parfois hors-normes. La volonté du dépassement de soi pour le résultat sportif et économique (corrélation) amène à des dérives au sein du monde sportif nécessitant son encadrement, largement discutable en matière de dérives.

2. Dérives

Le sport de haut niveau s’est largement ancré dans le domaine du spectacle, d’où l’expression « sport spectacle ». Evidemment, pour attirer et fidéliser le consommateur de ce spectacle, les organisations sportives espèrent détenir les meilleurs athlètes sur le marché concerné. Pour y parvenir les organisations sportives, générer le maximum de revenus notamment par la dépense sportive des ménages (recettes de billetterie, produits dérivés) mais également par la vente de la commercialisation des droits TV dans les cas où le système est solidaire (redistribution). Outre les statistiques de jeu, avoir connaissance des données physiologiques du sportif joue un rôle prépondérant puisqu’elles permettent une lecture précise de ses besoins, en amont. Ainsi, les acteurs de ce secteur sont incités à dépasser certaines limites, comme l’éthique de la dignité humaine plus que sportive.

De prime abord, donnons une définition de ce que peut-être l’éthique. Elle est une branche de la philosophie qui tente, depuis plusieurs siècles, de guider la conduite des hommes en société. Le foisonnement des réflexions met en évidence la grande difficulté à distinguer ce qui est éthique de ce qui ne l’est pas. Il n’existe pas de définition consensuelle : le concept oscille entre réflexion portant sur la notion de bien et énoncé de règles normatives (Mercier 2007, p. 808). Si chacun s’accorde sur la nécessité de l’existence d’une éthique nécessaire à la vie en communauté, il existerait une multitude d’éthiques particulières, qui tout en se nourrissant de principes globaux, prendraient en compte la spécificité de certaines activités. Il en est ainsi du monde sportif professionnel, qui serait, de par ses finalités, plus sujet à des comportements non éthiques touchant à l’humain à proprement parlé. Dans cette étude, nous n’aborderons pas l’éthique sportive en tant que telle, puisque nous sommes dans le champ du sport spectacle, secteur dans lequel l’éthique sportive n’est a priori pas la contrainte majeure. Enfaite, l’éthique sportive renvoie à un certains nombre de règles et de valeurs nécessaires à la vie du mouvement sportif. Par « éthique humaine », nous voulons nous éloigner de certains corollaires. Dans ce champ, seul le sportif et les raisons qui l’amènent à se surpasser nous intéressent. Nous l’avons vu, les données de nature biomécaniques  offrent de plus en plus la possibilité de mesurer de façon très précise et individuelle la marge de progression du sportif suivi,  son état physique (global), ses chances de succès et plus encore les risques de blessures encourus. En quelques mots, ces datas permettent d’analyser les forces et faiblesses de l’athlète. En termes d’éthique, prédire pour sélectionner les meilleurs (pour les préparer sur le long terme) et exclure les moins bons est une méthode de détection qui ne peut être remise en question au profit d’un suivi longitudinal en donnant la chance à tous d’accéder à l’élite. Néanmoins, cet argument logique peut être contré par des sportifs non détectés comme ayant un fort potentiel. Dès lors, on remarque que la mesure des données physiologiques constitue simultanément opportunités et limites. Outre la fonction prédictive de l’aide à la détection, un système plus égalitaire pourrait être instauré.

Au-delà de ses fonctions premières, le recueil de données physiologiques peut desservir de jeunes promus, ainsi que ceux qui constituent réellement l’élite sportive. Pour illustrer ce propos, il nous a semblé opportun de faire référence à l’Agence Mondiale Antidopage pour son intrusion à l’échelle métabolique du sportif.

L’Agence Mondiale Antidopage (AMA) créée en 1999 à Lausanne suite à une initiative du Comité International Olympique est une institution indépendante. Intégralement financée par le mouvement sportif pendant deux ans à hauteur de $18,3 millions (€14 millions) ; elle est à présent financée à parts égales par les gouvernements du monde entier et ledit mouvement. L’AMA a pour mission générale d’œuvrer en faveur d’un monde où tous les sportifs évoluent dans un environnement sans dopage. Loin de la réalité, cette vocation prend forme à travers son Code qui harmonise les règles, les règlements et les politiques antidopage à l’échelle internationale, le Code mondial antidopage.

Outre sa fonction première de lutte contre le dopage, l’organisation englobe plusieurs activités dont deux d’entre elles peuvent notamment s’avérer très intrusives et remettre en question plusieurs principes humains. Il s’agit de la gestion du passeport Biologique de l’Athlète (PBA) et du système d’administration antidopage (ADAMS). La collecte, l’usage et les résultats des analyses des données sportives de nature physiologiques sont volontairement limités par la loi et c’est dans ce contexte que ces deux procédés œuvrés par l’AMA doivent réussir à en limiter les dérives. En revanche, nous discuterons de l’usage des méthodes de cette entité internationale dont la légitimité peut souvent faire l’objet de débat en matière juridique.

Passeport biologique de l’athlète (PBA) et système de gestion et d’administration antidopage (ADAMS)

Dans le but de coordonner et superviser la lutte contre le dopage dans le sport, l’AMA a développé le PBA en 2007, un procédé qui identifie et cible les sportifs devant se soumettre à des contrôles réguliers antidopage. Ce passeport dresse le profil biologique de l’athlète. Partant de cette référence, on peut observer au fil du temps et des contrôles, les fluctuations de ses variables biologiques (hématologiques et stéroïdiennes) révélant alors de façon indirecte des effets liés au dopage. Pour un fonctionnement optimal, un outil complémentaire va soutenir cette innovation ; le logiciel ADAMS. Ce dernier a, entre autres, une vocation de pistage. Les sportifs concernés sont tenus d’y spécifier au quotidien, au moins un endroit où ils seraient présents plus de 60 minutes entre 6h et 23h. Cette exigence revue à la baisse était auparavant de 24h sur 24 et de 7 jours sur 7. La totalité des données enregistrées sous ADAMS peuvent être conservées pendant huit années.

Le dernier esclandre médiatique en date ayant mis en lumière ce système concerne le recordman du triple saut, Teddy Tamgho, en mi-juin 2014. Suite à l’incapacité des équipes de contrôle de le localiser à trois reprises et ce, malgré les indications sur Adams, il a été suspendu jusqu’en Mars 2015. Plus marquant, l’histoire de Kevin Van Impe, cycliste belge, contrôlé en 2007 dans le crématorium où il préparait la crémation de son bébé mort-né.

En sus de l’atteinte à la vie privée du sportif plusieurs fois dénoncée ; ce dispositif pose des questions d’éthique humaine et de considérations discutables.

Assurément, le réel problème soulevé est de savoir si le sportif est un humain considéré comme les autres lorsqu’il n’est pas en situation d’entraînement et de compétition ?

Dans ce contexte, non. Effectivement, une personne lambda ne possède pas un rapport numérisé faisant état du taux des composants métaboliques  propre au fonctionnement de son organisme. On ne contrôle pas de façon plus ou moins régulière, les fluctuations de certaines concentrations et secrétions métaboliques.

De façon évidente et comme cité auparavant, nombre de substances sont interdites aux sportifs, faisant de lui un être différencié de l’individu lambda aux yeux de l’AMA. Certaines substances dopantes, même utilisées hors compétition, s’avèrent lui être une aide considérable permettant de faire gagner des semaines, voire des mois d’entrainement. Cela justifiant donc le contrôle antidopage inopiné. De plus, les prélèvements sanguins ou urinaires effectués par des experts dressent un profil immédiat de l’athlète à un moment donné. Ce mécanisme est rétroactif car il permet de retrouver sur les huit années la composition métabolique de tel individu à tel instant. Le sportif n’a alors que très peu d’éléments confidentiels. Les substances interdites et répertoriées dans la Liste des Interdictions de l’année N de l’AMA sont donc détectables lors des contrôles. Cet ensemble explique le fait que la participation à un évènement international amène le sportif à prendre connaissance et à consentir aux modalités fixées par l’Agence Mondiale Antidopage.

Cependant, plusieurs substances comme les drogues sont interdites lors des périodes compétitives alors même qu’elles sont acceptées en dehors. C’est le cas du cannabis. Cette substance n’est pas reconnue pour ses vertus dopantes. Cependant elle est interdite dans le cadre de la compétition car elle remet en cause l’esprit sportif véhiculé par le CIO et les autres grandes instances sportives. En d’autres termes, la consommation de la drogue n’est pas interdite dans la vie quotidienne des sportifs, mais reste décelable lors des contrôles antidopage.  Parce qu’il est autorisé en compétition, le cannabis fait partie des tests effectués par défaut sur chaque échantillon prélevé. Un fumeur régulier est donc facilement identifiable sur la banque de données ADAMS où sont saisi, enregistré et transmis les données.

L’accessibilité de ces données est autorisée au mouvement sportif et à quelques organisations corolaires majeures: CIO, AMA, organisations nationales antidopage, Comité National Olympique (CNO), fédérations internationales et nationales, et d’autres grandes instances etc.

Le consommateur de cannabis fait l’objet d’une exposition quasiment publique en interne des organisations citées ci-dessus. Cette transparence est préjudiciable pour le sportif, car rappelons le, elle est rétroactive sur huit années.

Outre le cannabis, des drogues non interdites hors compétition, sont mesurées et sauvegardées dans la banque de données ADAMS, telles que les narcotiques et les stimulants. Il en est de même pour l’alcool.

On peut s’interroger sur la légitimité de quantifier et de répertorier des substances non interdites par l’AMA et consommées par l’athlète avant tout citoyen ainsi soumis aux textes législatifs de son pays.  Dès lors peut être soulignée la perversité de cette pratique institutionnelle au regard de la législation de certains Etats, prohibant la consommation de ces substances.

Cette démarche généralisée et déléguée à plusieurs instances par l’Agence Mondiale, omet la dimension humaine de l’athlète. Considéré comme un être aux capacités hors-normes, le sportif incarne le fantasme de l’Homme dénué de tout plaisir controversable.

CONCLUSION 

En guise de conclusion, à travers cette étude il a été montré qu’il existait un réel marché de la donnée sportive plus ou moins marchand sur les deux rivages de l’Atlantique et particulièrement aux Etats-Unis et en Angleterre. L’impact de la donnée sportive lié aux actions du jeu produit est considérable car il a créé une sphère économique non négligeable où divers acteurs se rencontrent sur le marché de l’offre et de la demande. Quant à la donnée physiologique, elle correspond davantage à un marché où la recherche prime. Néanmoins, on ne peut parler de « dénégation de l’économie » puisque les recherches scientifiques et leur adoption, ont un coût.

On l’a compris, la donnée sportive constitue un outil phénoménal dans le secteur de l’élite sportive permettant une prise de décision minutieuse en amont. Néanmoins, l’erreur est possible, raison pour laquelle « l’œil » est toujours prépondérant.

De parts et d’autres, le big data se développe simultanément aux nouvelles technologies et devient un domaine d’activité considérable dans le monde sportif et ce, dans sa globalité. Effectivement, outre le professionnalisme du sport, la vulgarisation de la donnée engendrée par les innovations technologiques sans précédent, rend possible son usage au grand public. En d’autres termes, d’abord réservée au sport de haut niveau, la statistique sportive s’est étendue au monde amateur permis par la création de divers systèmes pour le recueil de données physiques et physiologiques. Les joggeurs et les cyclistes furent les premiers types de sportifs lamba concernés, notamment par des traqueur GPS, déterminant la distance parcourue.

Aujourd’hui, la pratique s’est largement démocratisée. Chaque personne peut créer facilement sa base de données et effectuer des statistiques personnelles : le quantifyed self. On assiste à une explosion de la donnée personnelle. C’est le parfait exemple des montres intelligentes et des applications mobiles gratuites ou payantes  pour disposer de fonctionnalités plus précises. En outre, plusieurs versions d’applications sont disponibles selon le sport pratiqué.

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Samsung & Runtastic
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De plus, on constate une évolution du public cible pour l’utilisation de ces matériels. On passe des sportifs réguliers aux sportifs ponctuels, à de simples personnes soucieuses de leur état physique et de leur santé.

L’attractivité croissante de ces nouveaux objets correspond à l’image de notre société valorisée sur la performance et la compétitivité et est rendue possible par la technologie associée aux outils de recueils ludiques, connectés et en synchronisation constante avec des appareils annexes. Désormais, les particuliers peuvent comptabiliser leurs efforts sportifs, et les modéliser afin de créer une satisfaction personnelle, source de motivation intrinsèque.  

Les stratégies marketing associées aux Smartphones ne cessent de populariser le procédé visant à quantifier ses données. L’exemple le plus parlant est l’Iphone 6, Smartphone le plus rapidement vendu de l’histoire ; avec près de 10 millions de ventes en deux jours. En effet les ingénieurs ont su surfer sur la vague en proposant ce sport publicitaire ventant exclusivement une application via laquelle on peut stocker des données personnelles.

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Vidéo

Apple
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Big data, le nouveau souffle  de notre société connectée?

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BIBLIOGRAPHIE

Sites consultés dans leur globalité 

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2) Instituts nationaux de la performance sportive

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http://www.stats.com

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Revue STAPS

http://www.cairn.info/revue-staps-2007-3-p-49.htm

INSEP

http://www.insep.fr/FR/telechargements/INSEPinfos/INSEP%20INFOS%2043.pdf

Maddyness

http://www.maddyness.com/prospective/2013/10/16/football-et-datavisualisation-lanalyse-statistique-decouvrira-t-elle-le-nouveau-messi/

L'equipe

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L’équipe, 2014, 20 Juin. Le champion du monde du triple saut Teddy Tamgho est suspendu un an.

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Libération. 2014, 21 Octobre. L’IPhone 6 dope les profits d’Apple.

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Autres sites

Hoffert, Josh. 2014, 5 Mars. Catapult ClearSky: Wearable Athlete Tracking Applied Indoors. Sport Techies

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Sportvision, Field f/x

http://www.sportvision.com/baseball/fieldfx

Sportvision, Pitch f/x

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Lahman, Sean. 2013, 4 Août (Baseball in the Age of Big Data) http://www.seanlahman.com/2013/08/baseball-in-the-age-of-big-data/?wpmp_switcher=mobile

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Documents associés complémentaires

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Licence : Licence inconnue -- D.R.
 

Notes de lecture

How Analytics and Big Data are impacting the Evolution of the Fan Experience

Agence Mondiale Antidopage

La data révolution

Opta et Stats: 5 secteurs d'activité

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