Chargement en cours

Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Photographe
Photographe

Banques d'images et photographie

Les banques d'images et leur impact sur la profession de photographe

Jérémie Rossetto (M2 GREEN)
La profession de photographe est-elle en train de péricliter? L'avènement du numérique exacerbe ce (re)sentiment au travers des mutations que subit cette profession. Parmi les incriminés, les banques d'images qui donnent à voir un certain aspect de la profession de photographe, marqueur d'un changement culturel qui l'englobe.
(déposé le 2014-11-13 14:17:53)

Les banques d'images et leur impact sur la profession de photographe

Avant toute chose, précisons que ce travail ne prétend pas être exhaustif en ce qui concerne la situation, au combien complexe, de toute une profession à savoir celle de photographe, mais tente d'apporter quelques éléments de savoir et de réflexion sur l'interaction entre cette profession d'une part, et la déferlante des banques d'images d'autre part.

Éléments de définition:

Photographe

Photographe

Manuel Lasnier
Licence : Creative commons by-nc-sa
Le photographe est désigné comme celui qui « prend » une photographie avec un appareil photographique. En réalité, La prise de vue au sens strict représente moins de 10 % des emplois du secteur de la photographie, et la plupart des photographes professionnels exercent en réalité dans les laboratoires photos. Le métier de photographe est un métier très hétérogène et peut être représenté par les différents statuts juridiques permettant d'exercer cette pratique en respectant le cadre légal que son: salarié, auteur de l'édition, artiste, auteur-photographe, artisan, autoentrepreneur. Ils seraient autour de quatorze mille depuis quelques années selon l'INSEE (L'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques).

Les banques d’images (ou photothèques, micro stocks), sont des banques de données regroupant un grand nombre de fichiers numériques de types photographies (RAW, JPEG par exemple), images vectorielles (format SVG par exemple) etc. Les principaux utilisateurs sont les graphistes, les agences de communication, les agences de publicité, les directeurs artistiques ou les professionnels du marketing et les principaux contributeurs sont des photographes ou des graphistes professionnels pour les plus grandes banques d’images (ex : Getty image)  mais également des particuliers avec certaines banques d’images comme le « micro stock » Fotolia.

Fotolia logo

Fotolia logo

Éléments d'histoire:

Dès le IV ième siècle avant J.C., Aristote découvre que la lumière entrant dans une pièce sombre par un petit trou projette, sur le mur d’en face, une image inversée des objets qui sont placés devant l’orifice. C’est la création de « la camera obscura ».

Illustration de la

Illustration de la "camera obscura"

Au Moyen-âge, certains alchimistes constatent que les sels d’argent exposés à la lumière noircissent. Ces sels serviront à la création des films ou des pellicules photographiques.

En 1515 Leonard De Vinci adapte la « camera obscura » d’Aristote à un appareil portatif, c’est le début de l’appareil photo (sans pellicule). Il s’agit d’une boite fermée appelée chambre noire ou la lumière entre par un petit trou avec le sténopé et les rayons lumineux qui dessinent sur un des côtés l’image inversée.

En 1540 Jerôme Cardan rajoute à ce dispositif une lentille et un miroir.

En 1568 Daniel Barbaro rajoute un diaphragme.

1839 est l’année de naissance de la photographie avec l’enregistrement et la conservation d’images photographiques rendues possible grâce aux inventions des frères Claude et Joseph Nicéphore Niepce, de Henry Fox Talbot et de Louis Jacques Mande Daguerre. Joseph Niepce réussit à enregistrer une image positive à l’aide d’une plaque de zinc en duite d’asphalte. Daguerre rendit les images enregistrées durables en les fixant avec du sel de cuisine. William Talbot développa la technique négatif - positif, que nous connaissons aujourd’hui dans le matériel photo classique et qui rend possible le tirage d’un grand nombre de reproductions à partir d’une photo prise une fois.

Daguerre, Niepce, Talbot

Daguerre, Niepce, Talbot

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, une longue série d’améliorations des procédés voit le jour. Cette période (milieu/fin du XIXe siècle) accouche d’une pratique émergente et qui se professionnalise à savoir le métier de photographe.

En 1888 George Eastman produit le premier appareil à pellicule.

Premier appareil à pellicule G. Eastman 1888

Premier appareil à pellicule G. Eastman 1888

Licence : Creative commons - by

En 1903 les frères Lumières inventent l’ « autochrome » qui donne des photos en couleur.

En 1943 E. Land invente le principe de la photographie instantanée.

En 1981 invention de la photographie numérique.

La photo numérique

La photo numérique

Licence : Tous droits réservés -- Copyright

Ce procédé va rapidement se démocratiser et connaitre l'engouement que l'on connait encore aujourd'hui, et qui est même exacerbé depuis quelques années avec l'attribution d'un appareil photo intégré aux téléphones portables notamment.

Éléments de savoir et de réflexion:

L'avènement du numérique:

Le marché du numérique qui s’est développé très fortement et s’est généralisé au travers des équipements micro-informatiques aussi bien professionnels que domestiques dans les années 1980, puis le développement de l'internet dans les années 1990, suivi par l'apparition des outils mobiles dans les années 2000, est en développement continuel et induit de nombreuses mutations sociétales qui transparaissent dans le secteur de la photographie par exemple.

L'ère du numérique, à l'école
L'ère du numérique, à l'école (Vidéo)

Vidéo

Nous sommes entrés dans l'ère du numérique, c'est indéniable. N'y a t-il que du bon à y trouver? Le gouvernement français semble avoir (déjà) fait son choix. Vidéo sur le numérique à l'école.
Licence : Tous droits réservés -- Copyright

En dix ans, 44% des entreprises de photographie (labos et boutiques) ont disparu.

Des métiers, liés au traitement numérique entourant la photographie comme photographe postproduction qui s'occupait auparavant du traitement physique ou chimique des images et qui s’occupe désormais principalement de retouches via des logiciels informatiques, émergent.

Tirage argentique : épreuve dont l’image sur négatif ou positif a été exposée sur un support photographique par projection ou contact. En laboratoire, cette opération se fait essentiellement par le moyen d’un agrandisseur, suivi du développement. Un tirage argentique est intrinsèquement une épreuve unique même si tirée à plusieurs exemplaires car « la main de l’homme », imparfaite mais subtile, lui donne du relief et la rend vivante.

Tirage argentique : épreuve dont l’image sur négatif ou positif a été exposée sur un support photographique par projection ou contact. En laboratoire, cette opération se fait essentiellement par le moyen d’un agrandisseur, suivi du développement. Un tirage argentique est intrinsèquement une épreuve unique même si tirée à plusieurs exemplaires car « la main de l’homme », imparfaite mais subtile, lui donne du relief et la rend vivante.

Diamantinolabophoto
Licence : Tous droits réservés -- Copyright

D’autres utilisent le travail des photographes et l’adaptent à de nouveaux métiers numériques comme designer ou graphiste avec l’utilisation de photographies ou d’images vectorielles issues parfois de photographies principalement à caractère illustratif.

Ici un exemple de retouche photo en accéléré:

Retouche photo en accéléré sous photoshop
Retouche photo en accéléré sous photoshop (Vidéo)

Vidéo

La retouche photo fait désormais partie intégrante du travail du photographe et représente même plus de temps de travail que la prise de vue.
Licence : Tous droits réservés -- Copyright

L’avènement du numérique passe également par sa démocratisation, et la disponibilité d’appareils photos numériques (APN) ou de téléphones portables comportant la caractéristique « appareil photo intégré », et ce de façon de plus en plus performante. Cette démocratisation est/ a été dénoncée par une partie de la profession qui voit ce développement comme une réelle concurrence. Cet argument développe l’idée que le particulier peut réaliser ses propres photos et n’a plus recourt au professionnel, pire même, il pourrait mettre en vente ses clichés.

Le rôle des amateurs comme tourment dans la profession, pointé du doigt pendant un temps par une partie des photographes, est certes une des conséquences de l’avènement du numérique puisqu’il y a bien démocratisation de l’objet et de la pratique amateur liée à cet objet. Mais il n'en n’est pas le pendant principal. La dématérialisation du support numérique à ouvert la brèche à l’apparition des banques d’images (ou photothèques). « Cette transformation [l’avènement du numérique] a quatre conséquences majeures. Elle modifie de façon radicale les conditions de l’archivage des documents, désormais intégrables à des bases de données numériques, ce que je caractériserai par leur indexabilité. Elle préserve la capacité de modifier les photographies après-coup, créant une continuité entre la prise de vue et la post-production, soit une nouvelle versatilité. Elle facilite leur télécommunication instantanée, les faisant accéder à une forme d’ubiquité. Elle permet leur intégration aux contenus diffusables par internet, et consacre ainsi leur universalité ».http://culturevisuelle.org/icones/500

Elle s’avère d’une « redoutable efficacité » selon les termes d’André Gunthert, qui nous dit que le nœud du problème réside dans la nouvelle gestion de la recherche des photos (L’indexation devient entièrement automatique (Google Images, 2001) ou bien réalisée par les usagers (Flickr, 2004)), redoutablement efficace donc, et surtout gratuite.

Ces caractéristiques d’indexabilité, de versatilité, d’ubiquité et d’universalité, apparaissent, et nous pouvons le voir dans ce schéma récapitulatif qui recense les marchés de la photographie

Les marchés de la photographie

Les marchés de la photographie

Présente les rapports multiples et complexes qu'entretien le photographe avec son réseau professionnel.
Licence : Tous droits réservés -- Copyright
et donc les interactions entre le photographe et son milieu, comme caractéristiques des nombreuses photothèques présentes sur le marché et avec lesquelles les photographes vont travailler.

http://fr.fotolia.com/

http://www.gettyimages.fr/

Ce partenariat fait dissensus entre ceux partisans de ce qui est vu comme une innovation technologique qu’il faut incorporer professionnellement pour coller à une mutation culturelle qui émerge, et ceux qui refusent cette mutation en voyant une évolution qui va les desservir.

Banque d’images et vente d’images :

A ce titre, les banques d’images engendrent une modification du processus de vente d’une photo de la part de son auteur (qu’il soit amateur ou professionnel !). En effet, traditionnellement, une photo se négocie considérant les coûts qu’elle à nécessité pour être réalisée avec par exemple le prix du matériel (photographique, de retouche, de développement), mais aussi celui passé à l’indexation des images par exemple. Cette transaction s’effectue dans un cadre légal très précis avec un usage spécifié  des photographies, délimité dans le temps (durée) et dans l’espace (zone géographique) comme l’oblige la loi française et européenne. Exemple de tarifs appliqués lors d’une vente :

« Pour les cessions de droits d’usage à caractère commercial, j’applique un tarif minimal de 50 €. Pour les cessions de droits à usage non commercial hors web, j’applique un tarif minimal de 30 €. Pour les cessions de droits à usage web non commercial, je négocie un lien web (souvent gratuit) » Cédric Girard.

 Avec les « micro stocks », cette contractualisation s’effectue sous forme de forfait avec une somme dérisoire associée à la vente d’une photo (ex : 0,74€ chez Fotolia),

Prix d'une photo chez Fotolia

Prix d'une photo chez Fotolia

Licence : Tous droits réservés -- Copyright
que multiplie le nombre de photos vendues pour arriver à la rémunération liée à une photo. La législation encadrant ces ventes d’images, tant du côté du vendeur que de l’acquéreur est également floue avec une utilisation qui n’est pas limitée dans le temps ni géographiquement et une législation Américaine qui s’applique pour Fotolia par exemple, même en France.

Pour le vendeur, il est donc impossible de savoir ou et pendant combien de temps sera utilisée la photo, mais il lui est également impossible de vendre cette photo ainsi que celles de la même série.

Pour l’acquéreur, les Conditions Générales d’Utilisation précisent (Ici encore Fotolia) que Fotolia ne garantie pas les photos, et donc leurs propriétés et usages, disponibles sur son site, ce qui peut amener l’acquéreur à se retrouver en situation d’infraction sans le savoir. Ces éléments sont bien repris dans le rapport Lescures Partie 2 Les droits des photographes confrontés à la circulation des images: http://www.upp-auteurs.fr/DATA/documents/rapport%20Lescure001.pdf

Ici, plusieurs cas sont révélés dans des actions de communication publique: http://thebaultmarc.expertpublic.fr/2013/10/27/quand-la-compublique-fait-sauter-la-banque-%E2%80%A6-dimages/

Et dans la campagne présidentielle de F. Bayrou en 2012:

Photo de campagne de F. Bayrou issue de Getty Images

Photo de campagne de F. Bayrou issue de Getty Images

La photo utilisée par F.Bayrou lors des élections présidentielles de 2012 provenait de la banque d'image Getty Images et représentait des anglo-saxons lors du tournage d'une publicité...pas des militants du Modem !

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/breve/2012/01/04/l-etrange-photo-du-site-de-campagne-de-francois-bayrou_1625407_1471069.html

Pour un photographe professionnel, s’investir dans la vente de photos via les banques d’images aurait plutôt tendance à relever d’une tentative d’adaptation à des mutations technologiques qui peuvent rapidement s’avérer contre productives pour les professionnels. C’est pour cela qu’une partie de la profession se refuse à cette pratique.

Cependant, la question s’intensifie avec d’autres éléments venant étoffer la problématique. En 2005, le journal Libération titre « Adobe se met des photographes à dos »: http://www.liberation.fr/medias/2005/06/06/adobe-se-met-des-photographes-a-dos_522425. Le géant Américain, qui propose de nombreux logiciels pour l’image numérique, très utilisés par les photographes ou les graphistes notamment, comme le célèbre Photoshop ou encore Illustrator, à proposé un lien (sur les dernières versions de l’époque) vers des banques d’images notamment Getty Images. L’Union des Photographes Créateurs (UPC)  au travers de Jorge Alvarez le secrétaire général, avait dénoncé  le geste en rappelant que «Les photos libres de droits ont déjà porté préjudice aux photographes. Avec l'intégration qu'Adobe met en œuvre, le phénomène ne peut que s'amplifier». Selon Jean-Luc Petorin, responsable Europe du marketing pour les professionnels de la création, le but de cette manœuvre était de simplifier l’action des utilisateurs en proposant du « tout intégré », ainsi que de récupérer une commission sur les photos « libres de droit » vendues, tout en assurant que les inquiétudes portées par l’UPC sont injustifiées. Récemment (mi décembre 2014), Adobe à annoncé l’achat futur (d’ici fin Février) de la banque d’images Fotolia pour l’intégrer dans Adobe Creative Cloud, un kit d’outils destiné aux graphistes et créateurs.

Adobe logo

Adobe logo

Ce lien direct entre le groupe Adobe et la banque d’image Fotolia verra s’exacerber la promotion et la valorisation de la banque d’image et de toutes les caractéristiques qui lui sont associées que nous avons vues précédemment (législation floue…).

Pour conclure...

Cette tendance est, comme nous l’avons rappelé plus tôt, le signe d’un changement culturel ou le numérique, sous toutes ses formes, explose et entraine des mutations dont les retombées, ici sur le plan professionnel en ce qui concerne les photographes, sont plus que discutables. Certains résistent et tentent d’exister en tentant de conserver une pratique dite plus conventionnelle et en s’adaptant au marché de la demande qui évolue, auquel il faut être attentif et dont il faut s’accoutumer pour continuer à exercer (selon eux). D’autres tentent de prendre le wagon du numérique en marche, un wagon qui promet de grande choses mais qui procure plus de désillusions que de satisfactions, et dont personne ne connait la gare d’arrivée.

L'avenir de la photographie...?

Annonce banque d'images et tutoriel photoshop
Annonce banque d'images et tutoriel photoshop (Vidéo)

Vidéo

Video2brain propose des images au sein de sa propre banque d'image, afin de les utiliser dans le cadre de retouches photo via photoshop, le tout décortiqué dans des tutoriels.
Licence : Tous droits réservés -- Copyright

Webographie:

http://culturevisuelle.org/icones/500

http://www.upp-auteurs.fr/DATA/documents/rapport%20Lescure001.pdf

http://thebaultmarc.expertpublic.fr/2013/10/27/quand-la-compublique-fait-sauter-la-banque-%E2%80%A6-dimages/

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/breve/2012/01/04/l-etrange-photo-du-site-de-campagne-de-francois-bayrou_1625407_1471069.html

http://www.liberation.fr/medias/2005/06/06/adobe-se-met-des-photographes-a-dos_522425

http://blog.aube-nature.com

http://www.itespresso.fr/adobe-acquiert-banque-images-fotolia-82019.html

http://fr.fotolia.com/

http://www.oezratty.net/wordpress/2013/photographes-revolution-numerique-1/

 

Documents associés complémentaires

Getty Images logo

Getty Images logo

Licence : Tous droits réservés -- Copyright
Fotolia logo

Fotolia logo

Extrait du rapport Gouvernemental Lescures avec la partie citée dans le travail sur la photographie et l'avènement du numérique.
Licence : Tous droits réservés -- Copyright
 

Notes de lecture