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Synthèses rédigées par les étudiants du cours de Culture numérique

Le labyrinthe
Le labyrinthe

Le marché du livre numérique en France et en Europe

Et la place des bibliothèques dans cette économie

Elise Duffay, Morgan Carfantan, Camille Denis
Le marché du livre doit aujourd'hui faire face au développement des lectures numériques, notamment aux Etats-Unis et plus généralement dans les pays anglo-saxons ou les lecteurs ont massivement plébiscité la lecture sur écran. Si en Europe le phénomène reste plus marginal, les acteurs de la chaîne du livre - des institutions aux lecteurs en passant par les libraires et les éditeurs - doivent se positionner sur ce marché et ériger des règles : quel taux de TVA applique-t-on au livre numérique ? Est-ce un bien, une "exception culturelle" en France, au même titre que le livre papier ? Est-ce plutôt un service que l'on paie pour une durée déterminée ? Qu'est-ce que le livre numérique modifie du paysage économique du livre ? C'est à ces questions que nous proposons un éclairage dans cette synthèse.
(déposé le 2014-11-19 10:07:18)

Le marché du livre numérique en France et en Europe

En Europe, l'économie culturelle traditionnelle n'échappe pas au séisme que représente le numérique. Le marché du livre se redéfinit à sa lumière, comme la filière musicale qui a vu ces dernières années son chiffre d’affaire baisser de manière colossale. En France, selon une étude du Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP), le chiffre d’affaire est passé de 1302 millions à 493 millions d’euros entre 2002 et 2012, donc en dix ans. Cette baisse a une importante répercussion sur les acteurs de la création, de la production et de la distribution. C’est dans ce contexte culturel global que le marché du livre numérique s’inscrit et dont sont ici présentés quelques constats et questionnements.

Dématérialisation du livre ?

Dématérialisation du livre ?

Présentation du marché du livre numérique

Définitions

L'expression « livre numérique » est composée de deux termes : le "livre" comme objet physique, résultant d'un processus de production, et le "numérique" comme technologie transformant un signal en nombre. Selon la définition du dossier documentaire «Lectures numériques» sur le site Eduscol, le livre numérique est un «Ouvrage édité et diffusé sous forme numérique, destiné à être lu sur un écran». Selon une professionnelle du livre que nous avons rencontré, Annie-Rose Pichonnier, bibliothécaire à la bibliothèque d’Hérouville-Saint-Clair, le livre numérique se définit comme un «ficher texte téléchargeable sur un outil de lecture». 

La définition du terme “livre numérique” varie selon les acteurs, les représentations et les enjeux économiques soulevés. On trouve plusieurs acceptions de la notion : comme fichier, accès ou matériel. Ces acceptions sont trop larges prises indépendamment les unes des autres. Mais on peut faire le parallèle avec les trois dimensions du document selon le collectif Roger T Pédauque et Salaün : la forme (vu) , le signe (lu), le médium (su). La forme fait référence à l'objet matériel donc à l'appareil de lecture. Le signe est ce qui est porteur de sens, c'est l'objet sémiotique donc le fichier. Enfin, le medium, renvoie à la transaction sociale, c'est à dire à son accessibilité. Nous allons considérer ces trois dimensions mises en tension dans l'économie du livre numérique.

Le marché en chiffres dans le monde

Selon les chiffres du Ministère de la Culture et de la Communication, les ventes de livres numériques des éditeurs en France représente 81,8 millions d'euros hors taxes, c'est à dire 3,1 % du Chiffre d'Affaire des ventes de livres en 2012. En 2014, la part du numérique dans le chiffre d'affaire des éditeurs est de 4,1% selon le SNE.

Au Royaume-Uni, en 2014, le livre numérique atteint 15% du chiffre d'affaire de l'édition tandis qu'en Allemagne le chiffre d'affaire est de 2%. Pendant ce temps là, aux Etats-Unis, il représente 27%. Dans la plupart des pays anglo-saxons, l'absence d'un prix fixe sur le livre favorise l'expansion des ventes des livres numériques. Mais en Europe, l'avance anglo-saxonne peut être remise en question dés 2015, dans la mesure où la TVA qui s'appliquera au livre numérique sera de 20% au Royaume-Uni. 

Le taux de TVA en France sur le livre numérique est de 5,5%, le gouvernement le considère ainsi d'égal à égal avec le livre imprimé, afin de donner de l'élan à ce marché en France. « Un livre reste un livre, qu'il soit lu sous sa forme imprimée ou numérique », expliquait l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti devant l'Assemblée nationale, en octobre 2013. Mais cette conception du livre numérique crée des tensions au niveau Européen. Un autre pays est dans le collimateur de la législation européenne : le Luxembourg, qui applique lui aussi un taux réduit de 3% sur le livre numérique.

Les chiffres clés et les pratiques de lecture en France en 2013
Observatoire de l'économie du livre
Licence : Licence inconnue -- D.R.

La demande

Lecteurs : pratiques et profils

L'étude établie par l'Observatoire de l'économie du livre de mars 2014 (consultable sur le site du ministère de la Culture et de la Communication) montre que 15 % des Français de 15 ans et plus ont déjà lu un livre numérique et 7 % envisagent de le faire. C'est donc une pratique encore marginale en France.

L'analyse Hadopi a dressé trois principaux profils de lecteurs de livres numériques:

-les « multi-accès convaincus » : ce sont des lecteurs confirmés qui lisent principalement sur support tablette et ordinateur, ayant des compétences numériques leurs permettant de trouver toute sorte d'ouvrages sur le web, ils consacrent un certain budget au livre numérique.

-les « généralistes pratiques » : ils privilégient le support liseuse et le genre roman, leurs pratiques sont parfois illicites (piratage), mais ils utilisent aussi des plateformes d'achat, et sont satisfaits du format numérique.

-les « sélectifs critiques » : ils font un usage du numérique seulement pour les ouvrages pointus, et sont globalement moins satisfaits par l'offre numérique.

Le poids de la longue traîne dans l'économie numérique.

L'expression est conceptualisée en 2004 par Chris Anderson, journaliste américain dans un article de Wired. Les ouvrages les plus populaires ne représentent pas la majorité du chiffre d'affaire des sites de vente en ligne. En effet, cette zone, qui contient la majorité des produits culturels à basse audience, a un intérêt culturel fort en rendant visibles les travaux de recherche et possible la libre expression. La longue traîne a un intérêt économique restreint, parce que les bénéfices associés à chaque unité de production sont insignifiants. Cependant, une plateforme comme Amazon profite de la longue traîne pour affirmer sa position dominante sur le marché en attirant les lecteurs sur la base de la diversité culturelle. 

L'économie de la longue traîne

L'économie de la longue traîne

Abscisse : Nombre de produits culturels Ordonnée : Fréquence d'utilisation du produit culturel

source : http://docs.abondance.com/question123.html

Le consentement à payer.

Une nouveau facteur est à prendre en considération lors du prix fixé : le consentement à payer du lecteur. Il s'agit de ce que le consommateur estime être prêt à débourser pour un bien ou service. Sont en jeu ses représentations du produit dématérialisé. Concernant le livre numérique le consentement à payer baisse grandement, par rapport au livre papier. Une étude réalisée par le groupe GFK (institut d'étude international) établie qu'un français est prêt à payer un livre numérique 6 euros, contre 26 euros pour sa version papier.

L'offre

Le SNE (Syndicat National de l'Edition) nous apprend qu'en 2014, de nombreux éditeurs français ont intégré le numérique à leur catalogue à hauteur de six éditeurs sur dix. 60 % des livres numériques sont des ouvrages de fonds et le reste concerne la nouveauté. De plus on compte aujourd'hui environ 120 000 livres numériques français disponibles. Le paysage éditorial du numérique est dominé par ceux qu'on appelle les Pure players. Ce sont des commerces qui se sont développés sur le web sans proposer de magasin où le client peut se déplacer physiquement. Nous pouvons citer Feedbooks qui se décrit comme une « libraire 100% numérique connectée à un large écosystème de systèmes de lecture et de réseaux sociaux». Le géant Amazon est un Pure Player et son poids économique dans la vente de livre numérique est important : selon The Global eBook Report, Amazon est le premier lieu d'achat d'ebooks pour 67 % des Américains et pour 72,4 % des Anglais à la fin de l'année 2013.

L'augmentation de la commercialisation de livres numériques en ligne provoque un changement d'intermédiaires de la chaîne du livre qu'on appelle parfois à tort "désintermédiation". En effet, de plus en plus d'acheteurs achètent sur des plateformes comme Amazon, de nouveaux métiers se créent alors autour de la gestion des plateformes et de la typographie des livres numériques. Cela se fait au détriment des librairies et des petits éditeurs.

De plus, la vente de livres numériques se couple avec la vente du matériel : liseuses et tablettes principalement. En 2007, le géant Amazon lance la liseuse Kindle aux USA. Elle fait son apparition sur le marché français avec sa version internationale le 19 octobre 2009. Elle permet de faire décoller le marché des liseuses en France, tandis que la Fnac lance la liseuse Kobo qui est commercialisée en 2011. Cette liseuse a été vendue jusqu'aujourd'hui à 18 millions d'utilisateurs. Le géant Apple est quant à lui un marchand de matériel avant tout. Sa stratégie consiste à vendre ses livres numériques à bas prix et en format fermé afin de contraindre le lecteur à n'utiliser que son matériel (ipad, iphone).

Kindle Fire

Kindle Fire

Kindle Fire d'Amazon

En Allemagne, la place du leader Amazon sur le marché des liseuses a été remise en cause en 2014 par la marque Tolino : le revendeur allemand se positionne avec 45 % des parts du marché contre 38 % pour Amazon. En Allemagne comme dans en France ou au Royaume-Uni, le site Amazon est critiqué par les acteurs du livre numérique qui lui contestent son hégémonie ou dénoncent les conditions de travail de ses salariés.

Les enjeux soulevés par le livre numérique

Cadre juridique et institutionnel

Il n'y a actuellement aucun texte juridique qui définisse clairement ce qu'est un livre numérique et les lois qui l'entourent. De nombreux débats agitent les acteurs de la chaîne du livre, des éditeurs aux diffuseurs.

Arnaud Nourry, PDG d'Hachette, interviewé au sujet du livre numérique sur BFM Business
Arnaud Nourry, PDG d'Hachette, interviewé au sujet du livre numérique sur BFM Business (Vidéo)

Un livre est défini comme un ensemble contenant des écrits, illustré ou non, reproduisant une œuvre de l’esprit d’un ou plusieurs auteurs en vue de l’enseignement, de la diffusion de la pensée et de la culture, quel qu’en soit le support : sous forme papier, audio ou numérique. Rappelons aussi que le livre est soumis au prix fixe en France, instauré par la loi Lang de 1981 afin d'aider le secteur culturel du livre à se pérenniser.

Le 26 mai 2011, une loi relative au prix du livre numérique est votée, elle assure “une rémunération juste et équitable aux auteurs”. De plus, dans une nouvelle version du code de la propriété intellectuelle prévue pour décembre 2014, la législation autours des contrats d'édition inclut l'édition en numérique comme suit :

Article L132-1 : Le contrat d'édition est le contrat par lequel l'auteur d'une oeuvre de l'esprit ou ses ayants droit cèdent à des conditions déterminées à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l'oeuvre ou de la réaliser ou faire réaliser sous une forme numérique,  à charge pour elle d'en assurer la publication et la diffusion.

Selon la Commission Européenne, la définition du livre numérique reste encore floue. Cependant, elle s'attache à définir le livre numérique comme un service ce qui aujourd'hui soulève de nombreux questionnements, notamment sur son taux de TVA.
 

La question des prix

Le taux de TVA du livre numérique est source de débat à l'échelle européenne.  Les livres papiers bénéficient d’un taux de TVA réduit en France, cela afin de favoriser le secteur culturel. Avec l’apparition du livre en format numérique, faut-il appliquer le même taux de TVA réduit à la version numérique ? La dernière modification de la définition fiscale du livre date de 2005 et affirme que les livres numériques “demeurent passibles du taux qui leur est propre”, un ouvrage devant être “constitué d’éléments imprimés”.

Il faut attendre 2011 en France pour que la loi  applique le taux de TVA réduit aux livres numériques sous réserve que ceux-ci “ne diffèrent des livres imprimés que par quelques éléments nécessaires inhérents leur format numérique.” Ainsi, tout livre numérique incluant une vidéo ne bénéficie pas du taux réduit de TVA selon la loi. Dans les faits, il faut attendre le 1er janvier 2012 pour que les livres numériques aient un taux de TVA de 5,5%.

L’application d’un tel taux fait très vite polémique, notamment parce qu’il permet aux entreprises du web (comme Amazon) de progresser sensiblement sur le marché. La Commission Européenne affirme en 2011 que « Les biens et services similaires devraient être assujettis à un taux de TVA identique et le progrès de la technologie devrait être pris en compte, de façon à résoudre le défi de la convergence entre les environnements en ligne et physique »,  considérant le livre numérique comme un service et à ce titre, non éligible à un taux réduit. Elle invite rapidement l'Etat français à revenir sur sa mesure, au même titre que le Luxembourg qui applique lui un taux de TVA réduit de 3%. Malgré cela, l'Etat français continue globalement de défendre l'idée d'une homogénéité des taux entre des biens similaires, le livre imprimé et le livre numérique répondant aux mêmes besoins.

Amendement Isabelle Attard

Isabelle Attard, députée Europe Ecologie les Verts

Isabelle Attard, députée Europe Ecologie les Verts

Isabelle Attard
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En novembre 2013 la députée Isabelle Attard soutenue par l'Association des Bibliothèques de France propose à l'Assemblée d'appliquer un taux de TVA réduit pour les livres numériques ayant un format ouvert, et un taux plein pour ceux ayant un format fermé (Kindle, ibook). Sa proposition permettrait alors de ne pas déposséder les lecteurs de leur livre numérique même s'ils changent de matériel et de décourager les formats fermés. Néanmoins sa proposition ne sera finalement pas retenue.

La question de l'interopérabilité des formats

Lorsque Amazon sort la Kindle, seuls certains format de livres numériques sont pris en compte : le format propriétaire d'Amazon AZW, le format TXT et le format de livre-audio de la société Audible.com. Cependant elle ne supporte pas le format ouvert EPUB, majoritairement utilisé pour les éditions de livres numériques. De même, le format PDF ne peut être lu.
La sortie de cette liseuse qui ne supporte qu'un certain format de fichier soulève le débat de l'interopérabilité des livres numériques car pour l'édition de livres en numérique, il s'agit d'opter pour un format unique. Or l'arrivée sur le marché de nombreux appareils destinés à la lecture de livres numériques met en lumière le problème de la diversité de formats à la portée des éditeurs.

En effet, lorsqu'un éditeur propose un livre dans un format numérique, la question du support se pose, comme pour le support papier. Cependant, le souci du papier utilisé, de l'encre, de la taille du livre se porte alors vers le domaine informatique. L'éditeur doit penser au formatage de l'ouvrage pour qu'il puisse être lu par le support. Mais l'avantage du livre numérique réside dans la possibilité justement d'être lu par plusieurs supports : sur un ordinateur, une tablette et une liseuse. Dès lors, il faut penser à un format de document numérique qui permet sa lecture par ces différents appareils qui eux, ne sont pas formatés de la même façon. C’est ce qu’on nomme l’interopérabilité.

Il n'est pas seulement du rôle de l'éditeur de penser à cette problématique. Elle se pose au niveau du diffuseur de livres numériques : Quel format privilégier ? Quel support le lecteur possède-t-il ? Quelle liseuse ? Comment être sûr de l'interopérabilité de l'opération ?

Le format ouvert EPUB est proposé dans l'optique de permettre l'interopérabilité des formats. Il a été créé par l'organisation IDPF (International Digital Publishing Forum). Il est devenu en 2007 le format officiel standard pour les fichiers de livres numériques. Cet enjeu de "lecture" du livre numérique est source de conflit pour les géants que sont Amazon, Apple et Hachette.

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Apple propose en 2012 sa première version de son logiciel iBooks Author. Il permet à tout un chacun de créer son livre numérique. Cependant, ce système impose une lecture uniquement sur les matériels d'Apple. Ils sont lisibles dans le format iBooks et, dans le même esprit qu'Amazon, donne donc l'avantage à ses produits commerciaux.

L'interopérabilité des formats est boycottée par les géants comme Apple et Amazon : les enjeux économiques d'un tel système sont importants. Ils privilégient les formats fermés afin d'orienter les clients vers leurs matériels. Ils développent de même un esprit de communauté, qui donne aux deux enseignes un poids marketing fort. Leurs stratégies autour des livres numériques sont écrasantes pour les éditeurs.

En 2011 la maison d'édition Hachette est accusée de concurrence déloyale en s'entendant avec Apple sur les prix des livres numériques dans le but d'empêcher Amazon de vendre les livres numériques à moins de 10€.

Arnaud Nourry, PDG d'Hachette :
Arnaud Nourry, PDG d'Hachette : "L'édition, la seule industrie culturelle qui profite du numérique" (Vidéo)

Vidéo

De retour de la Foire du livre de Francfort, Arnaud Nourry, le PDG de Hachette Livre, numéro trois mondial de l'édition, revient sur toutes les polémiques autour d'Amazon. Hachette Livre veut participer au mouvement mondial de consolidation.
Le Figaro
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En 2013, Hachette se dresse contre Amazon. La plateforme fait en effet pression sur la maison d'édition (en rallongeant les délais de livraison ou en ne proposant pas de prévente)  afin qu'elle baisse ses prix sur les livres numériques pour augmenter ses marges. Cette rivalité s'est terminée par un accord en novembre 2014 dont les termes sont tenus secrets.

Protection et confidentialité des lecteurs

L'une des différences fondamentales entre un livre papier et un livre numérique, c'est sans doute la limitation des droits d'usage et d'accès portés sur l'essentiel des livres numériques par les Digital Rights Management ou DRM (en français « Gestion des droits numériques »). Selon le journal officiel, il s'agit de la « mise en œuvre des différents procédés destinés à protéger les droits afférents à la diffusion de contenus sur supports numériques ». Les DRM permettent par exemple de restreindre ou d'empêcher la copie privée, le partage ou le piratage, dans le but de préserver les droits commerciaux et intellectuels des ayants droit des œuvres concernées. Techniquement, les DRM sont des données ou de petits programmes inclus dans le document lui-même. Dans le cas des livres numériques, les DRM peuvent limiter la consultation d’un document à une marque de tablette de lecture ou à un programme particulier.

Les DRM d’un éditeur ou d’un vendeur ne sont souvent pas compatibles entre eux. Ainsi, les DRM d'un livre numérique acheté sur Amazon empêche sa lecture sur une liseuse Kobo, vendue par la FNAC. Ainsi, comme le souligne Alain Jacquesson dans Du Livre enchaîné aux DRM, « l’utilisateur qui veut se construire une collection numérique personnelle devra jongler avec les DRM de nature différente, en provenance d’éditeurs différents, de diffuseurs, de vendeurs de tablettes. Elle sera encore plus difficile pour les bibliothèques, qui devront gérer tous les formats et tous les types de DRM ».

Adobe est le principal fournisseur de DRM sur les livres numériques. Mais en octobre 2014, on apprend qu'Adobe s'en sert pour collecter de nombreuses données sur les habitudes de lecture des utilisateurs (titres et genres lus, durée de lecture d'un livre, pourcentage du livre lu…), ce qui lui permet de dessiner des « profils de lecteurs » et potentiellement revendre ou utiliser ces informations, ce qui pose un problème éthique de confidentialité des données indéniable.

L'espionnage des données par les DRM

L'espionnage des données par les DRM

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L'auto-édition : un nouveau marché du numérique ?

L'auto-édition est le fait qu'un auteur prenne lui-même en charge l'édition de son ouvrage sans passer par une maison d'édition. L'essor du livre numérique a permis à cette pratique de se démocratiser et de nombreux internautes produisent aujourd'hui eux-mêmes leurs livres. Amazon a développé une économie autour de l'auto-édition en proposant la vente les livres auto-édités en format numérique, lisibles sur la Kindle. Amazon se place ainsi en spécialiste de l'auto-édition prenant le dessus sur les autres ventes. En 2013, cinq des livres numériques du top 10 des ventes d'Amazon sont issus de l'auto-édition. Le livre Un palace en enfer auto-édité par Alice Quinn vendu à 2,99€ se place numéro 1 des ventes devant 50 nuances de Grey. de E.L. James.

Ouvrage auto-publié, numéro 1 des ventes Amazon

Ouvrage auto-publié, numéro 1 des ventes Amazon

Alice Quinn
Amazon
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Françoise Benhamou qualifie l'auto-édition d'Amazon de « vrai phénomène qu'il faut prendre au sérieux ». L'auto-édition permet de plus de pointer les nouvelles exigences des auteurs vis-à-vis des éditeurs. Elle se place aujourd'hui comme un segment économique du marché du livre numérique. Certains ouvrages parus dans un premier temps en version numérique ont pu être édités par la suite. Cela permet à certains auteurs de se faire connaitre en étant plébiscités par les internautes. C'est le cas de l'auteure Amanda Hocking qui a d'abord publié ses fictions en livres numériques. L'engouement des internautes lui a permis de se faire remarquer et de se faire publier. L'auteure française Agnès Martin-Lugand s'auto-publie sur la plateforme d'Amazon en 2012 avec son roman Les gens heureux lisent et boivent du café. Plébiscitée par les lecteurs, elle est abordée par l'éditeur Michel Lafon et se fait éditer en papier en 2013.

D'autre types d'auto-éditions existent : les internautes auteurs de fanfictions sont parfois remarqués par les éditeurs et deviennent ensuite des bestsellers : c'est le cas de 50 nuances de Grey, à l'origine sur l'univers de Twilight et du Labyrinthe, basé sur l'univers de la trilogie Hunger Games. Ces exemples illustrent pleinement la place croissante de l'auto-édition dans l'économie du livre numérique ayant un impact sur le marché du livre papier.

Le labyrinthe

Le labyrinthe

Fanfiction auto-publiée et devenue un succès. Sortie en film en 2014.
PKJ
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Les bibliothèques dans cette économie

Bibliothèques et livres numériques

En France, on constate une hétérogénéité des situations des bibliothèques dans l’acquisition des livres numériques ; certaines se font l’avant garde de leur promotion, d’autres - la plupart - sont quasiment ou complètement exclues de ce marché, puisque 98,5% des bibliothèques françaises ne prêtent pas d’ebook. En effet, même s’il est moindre que pour les livres papier, le coût des livres numériques est relativement élevé pour les bibliothèques, budget jugé trop important au regard d’une faible demande. Les bibliothèques doivent également composer avec une autre difficulté : de nombreuses nouveautés n'existent pas en version numérique.

La loi du 18 juin 2003 stipule pourtant qu’un auteur ou un éditeur ne peut s’opposer au prêt en bibliothèque d’un livre publié : “Lorsqu'une oeuvre a fait l'objet d'un contrat d'édition en vue de sa publication et de sa diffusion sous forme de livre, l'auteur ne peut s'opposer au prêt d'exemplaires de cette édition par une bibliothèque accueillant du public”. Mais rien n’oblige un éditeur à publier la version numérique d’un ouvrage publié en papier. Ainsi, une récente étude menée au Royaume-Uni montre que 85% de l’offre de livres électroniques n’est pas disponible pour les bibliothèques publiques. Comme l’affirme Michel Fingerhut au salon du livre de Paris en mars 2014, “on ne peut ignorer la réticence de grands éditeurs à fournir des livres électroniques aux bibliothèques publiques”.

Quelle est la place des bibliothèques publiques dans cette économie numérique ?

Quelle est la place des bibliothèques publiques dans cette économie numérique ?

Elizabeth Sutton
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En 2013, le ministère de la Culture et de la Communication confie à l’IDATE la réalisation d’une étude sur la question du livre numérique en bibliothèque. S'appuyant sur une analyse documentaire et sur près de quarante entretiens avec des professionnels et des experts des pays étudiés (France, États-Unis, Canada, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Suède et Pays-Bas), l'étude dresse plusieurs constats :

- Les bibliothèques françaises proposent peu de livres numériques malgré une offre éditoriale  plus large que dans les autres pays européens

- Dans les pays anglo-saxons les lecteurs sont plus équipés, ce qui engendre un développement des services de livres numériques en bibliothèque.

- Aucun modèle de diffusion du livre numérique  ne s'impose en bibliothèque

- Le nouveau facteur primordial pour la diffusion du livre numérique est le lien entre plateformes et livres numériques (les librairies sont exclues de la chaîne du livre)

Ce que révèle cette étude, c’est donc l’hétérogénéité des configurations pour le prêt en fonction des législations et spécificités nationales, et même bien souvent d’une bibliothèque à une autre. S’il est difficile de distinguer ce qui relève d’une demande et de pratiques de lecture ou de l’offre disponible, il convient de souligner de grandes disparités entre l’Amérique du Nord et l’Europe.

Le prêt numérique au Canada

Le prêt numérique au Canada

Le prêt de livres numériques est largement installé dans les bibliothèques canadiennes.

Aux États-Unis, neuf bibliothèques sur dix prêtent des livres numériques, souvent via la plateforme Overdrive mais 7% de leur budget d’acquisition leur est consacré contre 59% pour le livre papier, et le taux de circulation des livres numériques est loin derrière celui du livre papier. Ainsi, malgré une large offre en bibliothèque, les usagers plébiscitent encore et de loin le livre sous sa forme traditionnelle. Le Québec, qui a lancé en 2011 sa plateforme Pretnumérique.ca, rapporte une explosion dans la demande de livres numériques et une progression du nombre de prêts de l’ordre de 250 %. Néanmoins, les bibliothèques comme partout ailleurs doivent faire face aux mastodontes du livre numérique et à certaines complexités techniques de prêt pour l’usager.

On constate en effet de grandes variétés dans les modalités de prêt de livres numériques proposées par les bibliothèques, même si l’essentiel des pays européens semblent s’accorder sur la nécessité d’harmoniser nationalement les conditions de prêt. Ces dernières années ont ainsi vues l’émergence de programmes pilotes visant à sélectionner une plateforme de référence et à unifier les modes d’accès, comme le montre le Tour d’Europe du prêt numérique en bibliothèque.

Liseuse en bibliothèque.

Liseuse en bibliothèque.

Lila Meghraoua
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Bien ou service ?

L’indétermination des conditions d’introduction du livre numérique en bibliothèque, et notamment de la politique d’accès aux ressources pour les usagers sont liées au débat sur la nature même du livre numérique, et de son prêt en bibliothèque. Ainsi, éditeurs et bibliothécaires ayant des intérêts divergents, ne s’accordent pas sur sa définition. D'après le document de référence de la Fédération Internationale des Associations de Bibliothèques (IFLA), le prêt numérique vise « la mise à disposition provisoire d'un ebook par une bibliothèque auprès d'un usager inscrit, pour une utilisation en dehors des limites de la bibliothèque ou dans son enceinte, selon le souhait de l'utilisateur ». Cette profession de foi semble pour l’instant décalée avec la réalité du livre numérique en bibliothèque. L’utilisateur a-t-il vraiment son mot à dire ? Pour le moment, les modalités de prêt semblent moins du ressort des utilisateurs que des bras de fer entre acteurs de la chaîne du livre. Si les définitions qu’en donnent les éditeurs sont diverses, on peut néanmoins considérer l’intervention d'Arnaud Nourry, PDG du géant Hachette au salon du livre de Paris en 2012, au sujet du prêt numérique:
Les bibliothèques ont pour vocation d’offrir à des gens qui n’ont pas les moyens financiers un accès subventionné par la collectivité au livre. Nous sommes très attachés aux bibliothèques qui sont des clients importants pour nos éditeurs, particulièrement en littérature. Alors il faut retourner la question : est-ce que les acheteurs d’ipad ont besoin qu’on les aide à se procurer des livres gratuitement ? Je ne suis pas certain que cela correspond à la mission des bibliothèques. Par définition, les gens qui ont acheté un Kindle ou un Ipad ont un pouvoir d’achat, là où les gens qui sont les usagers de ces lieux en manquent. - La position de Hachette aujourd’hui, c’est qu’on ne vend pas aux bibliothèques.”

De fait, si Arnaud Nourry l'affirme franchement, les éditeurs sont libres, comme nous l'avons vu précédemment, de ne pas produire la version numérique des livres qu'ils publient, et donc d'exclure de fait les bibliothèques de leur marché. Les éditeurs et les plateformes ont par ailleurs tout intérêt à limiter les droits attachés à l’e-book en bibliothèque : sa durée de prêt, son obsolescence programmée au bout d’un temps ou d’un nombre de lectures données, son mode d’accès.

Dans ce contexte, l'enjeu de déterminer si les bibliothèques sont acheteuses de collections ou de droits d'accès est au coeur des discussions autour des programmes pilotes qui visent à unifier les pratiques de prêt en bibliothèque. Puisqu'il existe autant de programmes pilotes que de pays ayant introduit le livre numérique dans son économie on peut considérer le cas de la France.

Le projet PNB

Pour tester la mise à disposition de livres numériques en bibliothèque, un projet national de prêt numérique en bibliothèque (PNB) a été instauré en 2011 autour de trois établissements, localisés à Aulnay-sous-Bois, Grenoble et Montpellier. Initiative interprofessionnelle lancée par Dilicom et  soutenue par le Centre national du livre (CNL), son programme pilote est testé depuis août 2014.

PNB

PNB

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PNB n'est ni une bibliothèque de livres numériques, ni un logiciel de gestion de prêt, mais plutôt une plateforme de gestion entre bibliothèques, éditeurs et libraires. Sa finalité est d’aider au développement d'offres de livres numériques pour les bibliothèques et s'inscrit dans la volonté de donner un cadre légal aux bibliothèques dans le marché du livre numérique. Si le cadre législatif dans lequel s'inscrit ce projet est toujours flou, il a le mérite d'intégrer à cette dynamique des librairies locales ; pour Grenoble il s'agit de la librairie Feedbooks, pour Montpellier de Sauramps, et pour Aulnay-sous-Bois de la librairie Le Divan (avec ePagine en prestataire numérique).

Présentation du PNB par François Rouyer-Gayette, responsable du pôle numérique au CNL
Présentation du PNB par François Rouyer-Gayette, responsable du pôle numérique au CNL (Vidéo)

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Néanmoins, ce projet est loin de faire l'unanimité, pour trois raisons essentielles : l'imposition des DRM aux lecteurs, son coût important pour le budget d'une bibliothèque, et la faiblesse de l'offre qu'elle propose. Ainsi, le collectif SavoirsCom1, associé à Actualitté, a montré par une infographie sur les coûts du programme PNB que au regard de l'offre de livres numériques proposée en France pour le grand public (chiffres de mars 2014 de Hervé Bienvaut: près de 150000), l'offre numérique du PNB est très faible (environ 9800 livres); autrement dit, il ne couvre que 6.5% de l'offre grand public. De plus, le coût moyen d'un livre numérique dans ce projet est de 17.55euros, sans même prendre en compte le rachat de licences imposé par la chronodégradabilité des livres. L'étude montre également qu'une bibliothèque d'une collectivité de plus de 100 000 habitants devraient débourser 9 millions d'euros pour acquérir une collection, alors qu'actuellement elle débourse en moyenne 33 300 euros par an aux ressources numériques.

Pour consulter les résultats de l'étude de SavoirsCom1 : http://www.savoirscom1.info/2014/12/pnb-ou-le-livre-numerique-inabordable-pour-les-bibliotheques/

Va-t-on vers la création d'un droit de prêt numérique ?

Si les conditions de prêts sont négociées entre les différents acteurs, les éditeurs ont une position privilégiée dans ces négociations, comme l'atteste la chronodégradabilité des livres en bibliothèque. Les modalités de prêt sont diverses : prêt à distance ou en bibliothèque, téléchargement ou accès en streaming de la bibliothèque, mais la condition de prêt plébiscitée par ce projet est le téléchargement libre (en bibliothèque ou à distance) sur le support de son choix. En effet, comme l'explique Antoine Oury, rédacteur en chef d'ActuaLitté, les avantages sont nombreux : “Le téléchargement reste la principale source d'accès réclamée par les bibliothécaires et utilisée par les usagers : le fichier peut être téléchargé directement sur le catalogue de la bibliothèque par l'usager inscrit, y compris depuis son domicile, dans Adobe Digital Reader, le logiciel de lecture et de gestion des autorisations d'Adobe. Ensuite, une connexion de son lecteur numérique à l'ordinateur permet de transférer le fichier, qui sera alors prêté pour 30 jours, soit une durée équivalente à celle du prêt papier”.

Les limites du projet français semblent résider dans l'obligation de passer par Adobe et d'être soumis aux DRM, qui, sous couvert de garantir l'intégrité des fichiers, restreignent l'utilisation des fichiers par les usagers. La chronodégradabilité est le second inconvénient pointé du doigt pas les usagers et les bibliothécaires, puisqu'il restreint la liberté en matière de lecture.

Bibliothécaires contre les DRM

Bibliothécaires contre les DRM

En décembre 2014, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, la Fédération des collectivités territoriales et huit associations de bibliothécaires, d’auteurs, d’éditeurs et de libraires formulent douze “recommandations pour une diffusion du livre numérique par les bibliothèques publiques”. 

http://http://www.livreshebdo.fr/article/le-texte-de-laccord-interprofessionnel-sur-le-pret-numerique

L’étude de cas de la bibliothèque d’Hérouville-Saint-Clair

Dans le cadre de notre travail, nous avons rencontré Annie-Rose Pichonnier, bibliothécaire à Hérouville-Saint-Clair. Elle nous a éclairé sur les conditions actuelles d'expansion du livre numérique en bibliothèque et sur la situation concrète de cette bibliothèque quant à ces questions. Depuis février 2012, la bibliothèque a mis en place une politique de prêt de liseuses. La bibliothèque achète des collections numériques chez un libraire, et devient donc propriétaire de son acquisition. Mais ces pratiques mettent en désaccord les éditeurs.

Les mesures actuelles encouragées par le gouvernement (PNB), volonté de création d’un terrain d’entente entre tous les acteurs de la chaîne du livre, tendent à faire du livre numérique un service plutôt qu'un bien : la bibliothèque achètera bientôt des droit d’accès à des livres chronodégradables.

Les emprunts de liseuses dans cette bibliothèque sont réalisés par des personnes ayant des problèmes de vue (argument:confort de lecture), des gros lecteurs (argument:côté pratique, transport) et enfin les curieux. La démarche à suivre pour emprunter est simple : le prêt de liseuse est compris dans l'abonnement gratuit, l'usager suit une petite formation où on lui explique le fonctionnement, les recommandations (ne pas télécharger de livre numérique) et les précautions à prendre avec ce type d’outils. Il existe deux sortes de liseuses : l'une contient les livres classiques tombés dans le domaine public et  l'autre, les livres numériques achetés par la bibliothèque ou acquis avec l’achat du livre papier. Les liseuses acceptent tous les formats ouverts, les formats Epub et PDF sont privilégiés. Au retour, la bibliothèque met en place des questionnaires de satisfaction afin de recueillir les avis des usagers sur ce dispositif. Selon les statistiques de prêt de la bibliothèque, une liseuse est empruntée environ 15 fois dans l’année, avec une durée de prêt de 3 semaines (comme pour les livres).

Enfin, les bibliothécaires entendent de nouvelles demandes de la part de lecteurs : ils ont  leur propre support (tablette, liseuse) et souhaitent emprunter un fichier gratuitement à la bibliothèque. Ceci n’est pas encore possible, mais le sera peut-être à l’avenir avec le PNB. Des bornes de téléchargement de livres numériques se mettront probablement en place.

Conclusion

Le livre numérique est devenu un enjeu majeur pour les acteurs de la chaîne du livre puisqu'il s'intègre progressivement dans les pratiques de lectures. Mis à part dans les pays anglo-saxons, la place du livre numérique sur le marché progresse mais reste marginale. La question de sa nature est encore en suspens et l'absence d'homogénéisation législative à l'échelle européenne rend difficiles les initiatives des acteurs et des institutions publiques comme les bibliothèques.

 

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